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[Critique] Revenge: me too rageur

femme avec arme

Malgré son pitch très classique de rape&revenge, Revenge renouvelle la manière de le mettre en scène. Dans une réalisation maîtrisée, le film porte un amour de la série B décomplexée.

Après son viol, Jennifer prépare et exécute sa vengeance.
Attention spoilers!

Revenge de Coralie Fargeat,
Avec Mathilda Lutz, Kevin Janssen,
Scénario et dialogues Coralie Fargeat,
Photographie: Robrecht Heyvaert,
Montage Coralie Fargeat, Bruno Safar et Jérôme Eltabet

Musique Robin Coudert

L’absurde séance qui a lieu au Katorza à Nantes, nous a fait le plaisir de projeter en avant première Revenge.
Revenge propulsé par l’actualité #metoo et autre #balancetonporc, a bénéficié d’une visibilité qui lui a apporté succès à l’étranger, mais pas en France.

Me too

Les coupables déjà désignés

Comme toutes les critiques que j’ai pu lire sur Revenge, j’évoquerai le parallèle avec Grave, de Julia Ducournau. Mais pour noter que si on en arrive à rapprocher les deux films qui n’ont absolument rien à voir, parce qu’ils sont réalisés par deux femmes, c’est dire le manque de visibilité des réalisatrices dans le cinéma de genre.

En plein me too, Coralie Fargeat déploie sa position féministe lors de la promotion du film.
Elle présente son film comme une métaphore de l’empowerment (la prise de pouvoir par une personne victime).

Revenge fait s’inscrit clairement dans le cinéma américain de divertissement, tant au niveau du décor à la Mad Max, que dans le grand guignolesque sanguinolant. Le film utilise des ressorts fantastiques pour porter une histoire réaliste. Le scénario et les dialogues tiennent sur deux lignes, c’est vraiment son traitement qui en fait un film à part. Parce que si le rape and revenge est un genre largement exploré, et qui a pu être vu comme féministe, il est questionné aujourd’hui dans sa manière d’être voyeur sur le viol.
Cependant, il faut noter que ce sont des films qui ont toujours été réalisés par des hommes. Alors est-ce que Coralie Forgeat change un peu la donne?

La culture du viol illustrée

Chupa Chups

Oui et non.
Non parce qu’on est dans un classique rape&revenge. Je l’évoque dans mon article sur la représentation des femmes fortes dans le cinéma de genre, mais c’est problématique de montrer un personnage féminin qui se bat, à travers l’unique ressort scénaristique du viol. Comme si elle avait besoin de ça pour se révéler. Et surtout, le viol ne peut être une idée de scénario utilisée de manière récréative. Mais j’apporte aussi des nuances, dans ce même article, si cela vous intéresse.

Par ailleurs, Jennifer parle très peu, voire plus du tout une fois que sa résurrection a lieu et qu’elle chasse ses agresseurs. On l’assimile donc plus à une forme d’animalité, qui évolue dans un décor hostile. Pas vraiment à une femme qui exprime et s’impose en termes de point de vue.
Jennifer correspond par ailleurs, totalement aux normes du canon féminin. Blonde, sexy, avec un corps de rêve. Un cliché de plus sur le viol, qui concernerait davantage des femmes jolies.

Oui, parce que là où Coralie Fargeat a eu une idée merveilleuse (que je n’attendais plus à vrai dire), c’est de positionner son héroïne, Jennifer, comme une femme qui aime séduire, et s’amuser. Qui a le contrôle sur son corps et sur le désir qu’il provoque. Une femme visiblement à l’aise avec sa sexualité.
Dans la première partie, Fargeat joue à fond tous les codes de la super sexualisation du corps, en filmant de près les formes de Jennifer (même prénom que l’héroïne de I Spit on Your Grave),  s’attardant sur les regards des hommes. On est dans du male gaze. Mais je le trouve utilisé de manière intéressante ici, il montre la mécanique de la culture du viol qui rôde. Des regards d’objectivation des hommes sur Jennifer.
Evidemment, cela a ses limites car j’ai lu/entendu beaucoup de critiques du film qui voyaient là des images en contradictions avec le message du film.

Ce sont des scènes qu’on a tellement vu dans des films sexistes, que l’on est mal à l’aise. Fargeat nous force à faire face à notre slut shaming, car en tant que femme on sait que ce genre de comportement a toujours été risqué. Et en même temps, le problème est bien l’interprétation des hommes de l’attitude de Jennifer. Elle est libre de son corps, et de ses envies.
En 2016,  une enquête a révélé que 27% des français-e-s pense que l’auteur d’un viol est moins responsable si la victime portait une tenue sexy. C’est dire si la déconstruction sur ce sujet est à faire.

On est davantage dans un female gaze lors de la scène du viol. On suit le regard de l’héroïne qui implore un complice de ne plus l’être. La scène fait froid dans le dos, même si elle est éludée. L’effet est finalement beaucoup plus efficace, car c’est bien la détresse de la victime que l’on entend et comprend. Notre regard n’est pas parasité par autre chose.

On peut noter que contrairement à la plupart des rape&revenge, l’agresseur est une personne de l’entourage du compagnon de Jennifer. Même si elle-même ne le connait pas, ça reste une personne à qui elle fait naturellement confiance, dans la mesure où c’est un ami de son compagnon (mariée par ailleurs).

Catwoman en Tomb Raider

Telle une renaissance à la Catwoman, l’heroïne se mue en guerrière sanguinaire.
Le corps de Jennifer est toujours filmé de près, notamment lors de sa “mutation”. Mais là on voit des blessures, une hargne, un corps qui se prépare au combat (et un nouveau tatouage).  Jennifer se débarrasse d’un symbole phallique, son bout de bois qui la transperce. Le personnage devient mutique, on entendra plus le son de sa voix (sauf pour crier sa douleur). Déterminée, résistante (c’est le moins qu’on puisse dire!), Jennifer ne quittera plus l’idée de satisfaire sa vengeance.
J’ai lu des critique reprochant le fait que l’héroïne est toujours en petite tenue.
Le regard porté n’est plus du tout le même. C’est un corps qui lutte, qui se met en position de combat que l’on voit.

On passera sur les incohérences des distances, qui permettent en tous cas de faire avancer rapidement l’action.

Bain de sang

Où es tu vengeance?

Fargeat se fait un plaisir de nous faire grincer les dents à travers quelques scènes bien gore. On oscille entre dégoût et amusement, tant les scènes deviennent complètement folles.
Le final est particulièrement soigné, avec un plan séquence et une caméra qui suit de près l’agresseur, devenu traqué, nous embarquant dans un labyrinthe. De chasseur, il devient chassé, et cette impression est amplifiée parce labyrinthe dans lequel lui et le-a spectateur-rice se perdra.
Et pour une fois, c’est l’homme qui se retrouve nu pour cet affrontement final.

Le film a des défauts, comme des sauts scénaristiques, des personnages assez simples voire caricaturaux. Mais le but de Revenge est assumé: la rage, la hargne face aux diverses violences faites aux femmes: objectivation, rabaissement, violences verbales, physiques. Et le regard final en dit long sur la lutte à venir.


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