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[Dossier] Le loup garou et sa représentation selon le genre

femme avec yeux jaunes

Malgré la prolifération de films de loup garou, c’est un sous genre souvent considéré comme mauvais. Pourtant il soulève (de manière plus ou moins habile j’en conviens), des problématiques liées au corps qui sont intéressantes.
Comment le loup garou homme et femme est représenté? Quelles différences et points communs? Vous saurez tout (ou presque) en lisant ce dossier. Bonne lecture!

Attention SPOILERS! Vous pouvez consulter la liste des films évoqués à la fin de l’article.

Sur presque 30 films vus, le nombre de films représentant des loups garou homme et/ou femme, est quasi similaire. On a souvent la représentation qu’un loup garou est un homme, alors que ce n’est pas le cas.
Le loup garou représente la marginalité. Mais ce corps qui se transforme, fait référence aussi à celui de la femme. C’est parti pour l’analyse de la représentation du loup garou.

SOMMAIRE

1-La lune

2-Le loup et l’humain

3-L’apparence du loup garou

4-Le loup garou, bouclier contre les violences sexistes?

5-L’amour, élixir de la malédiction

6-Sexualité bestiale

7-Les meutes de loup

8-Conclusion: le loup est en toi

Dans mon article sur la saga Ginger Snaps j’avais déjà rédigé une partie sur la mythologie du loup garou.
Je ne reviendrai donc pas dessus, n’hésitez pas à aller lire cette 1ère partie avant de continuer.
En revanche, je vais m’attarder sur la lune, élément souvent évoqué quand on parle loup garou.

Les Bonnes Manières

1-La lune

C’est l’écrivain et homme politique Gervais de Tilbury qui est à l’origine du rapprochement du loup garou qui se transforme lors d’une nouvelle lune (et non pas d’une pleine lune comme on le représente maintenant). Il l’écrit dans son Livre des Merveilles au 12ème siècle.

La lune est un satellite qui a une place importante dans nos croyances, qu’elles soient anciennes ou non.
D’ailleurs, elle est très présente à travers des expressions du quotidien: être dans la lune, décrocher la lune, être mal luné-e, voire même être belle comme la lune…

Elle porte plusieurs symboles:

Séléné

Si on se penche sur son côté plus scientifique, elle n’est pas dénuée d’intérêt non plus. On peut noter:

2-Le loup et l’Humain

Avant d’aller dans le vif du sujet, il est intéressant de noter que le sous genre du film de loup garou a la réputation de proposer beaucoup de (très) mauvais films. Et je ne vais pas aller contre cette idée reçue, qui est plutôt vraie (même si on trouve quelques perles).

Ce qui m’a questionnée en revanche, c’est pourquoi? Car les sous genres de l’horreur mettant en scène des animaux plus ou moins monstrueux sont courants dans le cinéma de genre. Et si tout n’est évidemment pas réussi, cela n’empêche pas d’avoir de très bons films allant d’Alien, en passant par Cujo, The Thing ou La Mouche, qui abordent pour certains, une transformation de l’humain.

Il reste très compliqué de représenter la transformation d’un humain en un animal qui nous est proche et connu. D’autant que l’humain n’a pas grand chose à voir avec un canidé, morphologiquement parlant. Il s’agit donc d’un tour de force de parvenir à faire évoluer un corps humain vers un corps de loup. Surtout si on doit représenter le corps qui redevient humain. Il y a un côté un peu absurde et rigolo finalement. Comme un déguisement.
C’est précisément ce que fait remarquer John Landis, le réalisateur du Loup Garou de Londres:

Par contre, le lien entre homme et loup est très ancien. Ce sont 2 espèces qui se sont rapidement entendues. Elles sont sociales, fonctionnent en meute, se nourrissent de mets similaires (ce qui explique leur affrontement à propos du bétail, même si on sait qu’il y a plus de chiens qui le tue, que des loups).
Le loup et l’Homme sont également attachés à la notion de territoire à défendre, à le marquer, à le conquérir.

Mais on sait aussi que l’Homme est devenu le 1er prédateur du loup dès le Moyen Age, où leur extermination a réellement commencé. Les affrontements entre habitant-es des régions montagneuses et des loups font toujours rage actuellement. Le loup est donc une espèce protégée depuis 1990, ce qui n’empêche pas certains d’en tuer, exaspérés.
La situation s’amplifie avec le réchauffement climatique, qui pousse humains et animaux à vivre de plus en plus proches.
Pourtant cette cohabitation est ancestrale; nous avons juste perdu l’habitude de vivre en harmonie avec les animaux. Une habitude qu’on devra sûrement reprendre.
L’être humain qui doit vivre en paix avec les loups. De la même manière que le loup garou matérialise ce défi pour l’humain de vivre en accord avec son côté loup.

L’Homme est un animal comme les autres

L’Homme étant transformé en un (autre) animal, les films de loup garou questionnent souvent le rapport de l’Homme à son animalité. La manière dont l’aspect bestial prend le dessus, et les conséquences qui ont une répercussion sur sa vie.
Comme si on partait du principe que l’Homme n’était pas un animal, mais un être civilisé (même s’il faudrait définir ce qu’on met derrière le mot civilisé).
En effet, on sait que les différences génétiques entre les singes et les Hommes sont minimes. Par ailleurs, il faut savoir que l’homme est le seul de son espèce à frapper et à tuer sa compagne. L’anthropologue Françoise Héritier évoque ce sujet dans Sciences&Avenir.
Ainsi, il y a maintenant des anthropologues, qui ont tendance à mettre les Hommes et les animaux sur un plan similaire. Je vous conseille cette émission de France Culture sur le sujet.
La vidéo de Demoiselles D’Horreur sur Clarice dans le Silence des agneaux, évoque également ce pied d’égalité entre les humains et les animaux:

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3-L’apparence du loup garou

Visuellement, le loup garou propose peu de variations. La différence principale que l’on peut noter selon les films, est le choix de montrer une transformation progressive, partielle ou radicale.

Transformation progressive féminine

C’est la 1ère différence de traitement entre les hommes et femmes loups garou que l’on peut noter.
Dans la grande majorité des cas, on voit une transformation progressive de la femme. C’est à dire qu’on voit le visage du personnage évoluer; mais il garde son apparence humaine.
Quand je parle de transformation progressive, il s’agit de stades que l’on voit plus ou moins longtemps dans le film. Je ne tiens pas compte de la transformation progressive qui peut survenir juste avant la transformation totale.

C’est le cas dans la saga Ginger Snaps. On peut noter également une transformation progressive et partielle dans le magnifique film danois When animals dream.
Peu à peu, le visage de Ginger et Marie se rident, leur donnant une aspect acéré et pointu. La chevelure s’éclaircit, et le regard se fait plus incisif. Idem dans I Am Lisa.

Leurs visages rappellent le tableau de l’Allemand Ernst Ludwig Kirchner, Deux femmes dans la rue (1914).
Dans ce tableau, il représente deux femmes qui montrent leur nouvelle indépendance avec sensualité et assurance.
Les lignes angulaires, les hachures vigoureuses donnent une impression d’un mouvement vif et violent. Les lignes acérées et les masques des visages font référence au primitivisme que Kirchner apprécie beaucoup.
L’indépendance qui va avec leur maturité, c’est précisément ce qui caractérise Ginger et Marie. J’ai détaillé le cas de Ginger dans mon article sur la saga.

Deux femmes dans la rue

A noter que cette apparence fait aussi écho à une représentation assez courante de la vieille sorcière.
Longue chevelure claire, ongles longs et dents acérés, peau abîmée, avec parfois les yeux d’une couleur peu naturelle.
Cela renvoie aux sorcières présentes dans les mythes de pleine lune évoqués plus haut. Ainsi que les Déesses qui sont dotées de pouvoirs maléfiques, également lors de pleine lune.

Dans le fauché mais néanmoins partiellement intéressant I Am Lisa, on ne voit pas la transformation totale de l’héroïne. Il faut arriver à la fin du film pour voir une transformation partielle. Si le résultat n’est pas honteux, on s’éloigne d’une esthétique liée au loup. On est plus sur une représentation de démons.
Donc ici, on se situe davantage dans l’idée de pouvoirs maléfiques (comme les Déesses Grecques et Romaines, que j’ai évoquées plus haut).

Wildling

Wildling offre assez peu de séquences de transformation progressive, et d’ailleurs son état final est assez proche de l’humain (elle est plutôt à mi chemin entre un loup garou et un être humain “sauvage”)
En revanche, le film s’attarde sur les effets progressifs de cette transformation sur son psyché, ses relations avec le nouveau monde qu’elle découvre.

On voit majoritairement une transformation progressive de la femme, contrairement à l’homme

Finalement il n’y a que dans Wildling, et surtout She Wolf of London (mais quand on connait la fin on sait pourquoi), dans lesquels la louve garou garde une apparence relativement humaine.
A noter que dans le cas de ces 2 films, les protagonistes acceptent totalement leur condition. Dans le cas de Wildling, dans la mesure où elle a été privée de son corps pendant des années, elle en profite. Dans She Wolf of London, elle se soupçonne très vite d’avoir commis des meurtres la nuit et décide de s’isoler. Elle subit donc un gaslighting durant tout le film, alors que la menace est bien réelle, même si elle se trompe sur son origine.

She Wolf Of London

Transformation progressive masculine

Je l’ai dit, il y a rarement des transformations progressives de personnages masculins.

En revanche, il existe des représentations que je dirais partielles (c’est à dire qu’on ne voit pas de monstre loup à proprement parler). C’est à dire qu’on distingue toujours l’homme à travers sa transformation en loup garou.
C’est le cas dans Wolf, ou The Curse of Werewolf , Werewolf of London (1935) ou A werewolf boy. Mais leurs visages ne sont jamais défigurés. Ils sont surtout plus poilus !
De plus, cela a pour conséquence qu’on ne voit pas une potentielle douleur.

Quelles conséquences de ces transformations progressives?

Représenter ces transformations partielles agressent le visage (de la même manière que dans la représentation de la possession, ce sont les femmes qui ont le plus souvent le visage abîmé). Ce qui représente l’identité même, est touché. Ces femmes sont représentées sous un jour monstrueux, qui peut susciter un certain dégoût.
Par ailleurs, ces transformations progressives sont souvent douloureuses, physiquement ou mentalement. Le personnage doit s’adapter à ce physique qui évolue. Ce qui met ces personnages féminins en position de faiblesse, plutôt en train de subir cette transformation.

Au contraire, les hommes loups garou, connaissant rarement ce stade intermédiaire, ne vivent pas cet entre deux.
Pas de situations corporelles compliquées à vivre.
Ils sont le plus souvent montrés sous le jour d’une transformation complète. Ce qui assoit leur force et pouvoir, et provoque non pas du dégoût, mais plutôt de la peur. Et donc représente une domination.

Noter que cette différence peut paraitre anodine, pourtant il y a des recherches, notamment de Pierre Ancet dans son livre Phénoménologie des corps monstrueux qui démontrent le contraire. Il note que nous avons une véritable répulsion envers des corps difformes proches de l’humain (et donc de notre propre rapport au corps), contrairement à des absurdités végétales ou roches étranges. Qui plus est, si un sujet est perçu comme monstrueux, c’est d’abord parce qu’il est vu comme tel par autrui. On rejoint bien ici, l’importance de la notion du regard posé sur les femmes.

Par ailleurs, cela implique une notion d’attraction pour ce corps. En effet, ce corps étrange donne beaucoup de choses insolites à voir, donc on éprouve de la fascination (dont les femmes sont souvent l’objet dans le cinéma de genre).
Mais cette dualité attraction/répulsion font qu’on ne voit plus l’autre comme une personne à part entière. On ne la voit plus qu’à travers cette difformité. Ainsi, on retrouve ici la notion de femme comme objet.
Tout est détaillé dans l’émission La Saveur de La Finitude sur le body horror.

Vous voyez où je veux en venir? Cette défiguration des personnages féminins a une conséquence émotionnelle, ou un regard sur ces personnages, dont on a pas forcément conscience. D’autant plus si on est habitué-es à voir ces transformations progressives principalement sur un genre.
Et surtout, contrairement à la possession qui prend ses inspirations dans les manières de discréditer les femmes avec l’hystérie, je ne vois pas de raison à cette différence de traitement. Dans l’imaginaire collectif, le loup garou est un homme, donc peut être qu’on a voulu traiter les personnages féminins de manière différente. Peut être avez-vous des éléments de réponse?

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Transformation complète

Dans la plupart des films, on représente le loup garou (homme ou femme), sans étape intermédiaire, comme dans Wolf, Teddy, Trick Or Treat, Cursed, Le loup garou de Londres, Le loup garou de Paris, Les bonnes manières ou même Hurlements.
Cela n’empêche évidemment pas de lancer les classiques pistes de la transformation en marche, au public: les sens décuplés, l’appétit de viande, de sexualité…
Une parfaite égalité de traitement si je puis dire.
Sauf que, les transformations complètes les plus impressionnantes et sur lesquelles on insiste, concernent majoritairement les hommes. Même quand le film propose un loup garou masculin et féminin.

Dans La Compagnie des Loups, on a droit à 2 scènes saisissantes. La 1ère très graphique à base de sang et de de squelette, qui traduit la brutalité de l’homme devenu bête, et qui agresse son ancienne compagne.

L’autre plus en mouvement, avec un aspect plus charnel, qui correspond au “sous texte” de la sexualité concernant le Petit Chaperon Rouge.

Pourtant, un personnage féminin et l’héroïne se transforment à la fin. Sauf…que c’est suggéré (on n’oublie pas d’en mettre une nue par contre). Pour l’une, elle se change très discrètement dans le noir, et l’autre elle est découverte déjà métamorphosée.

Wolf propose 3 personnages de loup garou. Les 2 personnages masculins joués par Jack Nicholson et James Spader sont transformés. Mais pas Michelle Pfeiffer, dont la transformation est suggérée via ses beaux yeux qui évoluent.
Dans Le loup garou de Londres, Bad Moon on assiste à une (voire plusieurs) transformation(s) de manière frontale.

De la même manière que dans Hurlements, la transformation de l’homme est montrée de manière évolutive même si rapide. Il est intéressant de souligner que l’homme est sublimé pendant sa transformation à travers sa performance sexuelle. Quant à sa partenaire, elle est dos à terre, sans que l’on ait vu l’évolution de son visage.
Vous remarquerez aussi que l’homme conserve une tête assez proche de sa condition humaine, contrairement à la femme.

La fin du film montre surtout le changement d’état de l’héroïne à travers encore une fois ses yeux. Et surtout, quand on montre rapidement son état final (avant qu’elle ne se fasse tuer, contrairement aux loups garou masculins), elle ressemble à un caniche
C’est sans doute pour distinguer les protagonistes des antagonistes. Mais ça n’empêche pas de la représenter avec un peu plus de classe quand même!

Hurlements

Dans Bad Moon, le loup garou est l’antagoniste sans ambiguïté de cette histoire, dont le but est de montrer la puissance d’une famille monoparentale. Pour démontrer cela, le film montre la monstruosité du personnage dans sa psychologie (et sa manipulation), et à travers son physique. Ainsi on voit le loup garou dans sa totalité régulièrement dans le film; ce qui fait monter la tension petit à petit quant au danger qui menace la mère.

On peut oublier les représentations catastrophiques des transformations complètes de Julie Delpy dans Le loup garou de Paris (3 scénaristes pour autant de médiocrité ça fait beaucoup) qui sont anecdotiques.
D’ailleurs on peut noter que la mise en scène pense (un peu) la transformation du personnage masculin, en tentant de créer un climax avec la fontaine où il se cache juste avant d’apparaitre en trombe.

On s’attarde un peu plus sur celle de Judy Greer dans Cursed. Les effets visuels (déjà très moches pour l’époque) n’aident pas, mais surtout l’idée est de montrer l’apparition de la monstruosité physique de l’antagoniste que les protagonistes vont devoir affronter. Par ailleurs, on voit très peu l’antagoniste dans le film auparavant. Donc l’impact émotionnel est très différent que si ça avait été Christina Ricci.

Même si la représentation des transformations des femmes dans Trick Or Treat est sexualisée à outrance (j’y reviendrai plus loin), on peut noter quelques points intéressants. Il faut savoir qu’à ce moment, elles renversent le cliché du Petit Chaperon Rouge. Ce sont elles les louves prédatrices dont il faut se méfier. Elles se débarrassent de leur peau d’humaine, comme d’un costume, ce qui est une référence directe au conte. C’est une manière de jeter leur apparence qui font d’elles des potentielles victimes. La transformation n’est pas tout à fait complète, mais on s’en approche fortement. Le cas de ce film est un peu particulier car il se rapproche d’une narration de films à sketchs.

Le mauvais western Blood Moon montre une transformation complète en live j’ai envie de dire, d’un personnage féminin. L’unique séquence intéressante du film, où on sent le corps se décomposer, se déployer. Malheureusement comme aucun personnage n’est écrit dans ce film, cette transformation n’apporte rien (la séquence sort même de nulle part) . Ni à l’histoire, ni à l’évolution du personnage.

Les seuls films où la transformation complète est représentée de manière frontale, qui implique la volonté de montrer l’évolution finale du personnage, est dans Ginger Snaps 1 et 2 (écrits par des femmes je le rappelle!).

De manière générale, soit on met davantage en valeur par la mise en scène, la transformation complète d’un homme, soit elle nourrit le personnage ou l’intrigue.

4-Le loup garou, un bouclier contre les violences sexistes?

Quand le personnage principal est féminin, les enjeux sont souvent liés à l’idée de contrer une violence sexiste.

Pour revenir plus précisément sur le cas de Marie dans When Animals dream, l’apparition de sa réelle nature arrive au terme de son adolescence (vers 20 ans), contrairement à Ginger (sa transformation arrive au moment de ses règles). Elle est en quête de ses origines, et elle comprend que c’est héréditaire, sa mère étant frappée du même mal. Ici, le mythe du loup garou est utilisé pour survivre à la toxicité masculine. En effet, sa mère s’est retrouvée en fauteuil roulant; on l’a mise hors d’état de nuire. Elle avait tué des hommes qui l’avaient agressée. Pourtant, elle garde toute sa force quand il s’agit de défendre sa fille qui est aux mains de son père et du docteur.

When animals dream

Dès les 1ères images, on sait que ce dont va d’abord souffrir Marie, c’est le regard masculin posé sur elle. Elle est à moitié nue, chez le docteur (le même qui essaiera de la soigner malgré sa volonté).
Travaillant dans un environnement masculin, elle est bizutée par des hommes, plongée dans un bain de déchets de poisson. Elle est agressée sexuellement par 2 collègues.
Non seulement les hommes polluent l’environnement de ces femmes, mais en plus ils tentent de les faire disparaître car ayant peur de leur rébellion.

Cette volonté de s’écarter des thèmes traditionnels du loup garou (transformation corporelles totales, animalisation dans la forêt), passe à travers le décor. L’action de When Animals Dream se situe dans une petite ville portuaire. Pas de forêt, d’arbres ou de pleine lune, ici on est au milieu des poissons et des pêcheurs, sans autre perspective pour les protagonistes et antagonistes. Mais nous l’avons vu plus haut, la lune est liée à la mer.

Elle est présente de manière subtile. Des éléments qui font référence à la lune sont placés dans le même cadre que Marie:

La lune, comme on l’a vu plus haut est régulièrement associée au féminin.
Selon moi, cela appuie le fait que Marie est cernée par sa condition de femme (et par la mer), qui la place au centre de l’animosité des hommes de son village.
Ce que j’ai trouvé particulièrement pertinent dans ce beau film, c’est que Marie qui a le statut d’animal, n’est pas dépeinte comme mauvaise, diabolique. Contrairement aux hommes qui eux, sont considérés par le village comme êtres civilisés (car ils essaieraient de protéger le village de Marie et sa mère).

C’est aussi le constat que l’on peut faire dans le érotico horreur d’exploitation La lupa mannara, mais avec un propos pour sa part, très problématique. Ce qui montre qu’un même sujet ne raconte pas forcément la même histoire…
La lune est constamment associée à l’héroïne (qui par ailleurs n’est pas vraiment une louve garou, mais se rapproche plus d’une vampire).
Ainsi, le montage associe régulièrement la lune avec son visage. De plus, les phares des voitures sont fréquemment utilisés pour rappeler la lune. Je rajouterai même que, dans ce cas précis, la lune et les phares sont les symboles du regard masculin voyeuriste (notamment du réalisateur) sur l’héroïne. En effet, elle n’existe qu’à travers son statut d’objet de désir et de domination (la scène de viol est d’ailleurs très représentative du rape & revenge puant du cinéma d’exploitation des années 70).

Mais les propos sexistes dans la lupa mannara ne manquent pas. L’héroïne est dépeinte comme la sorcière maléfique (elle est représentée comme dans les légendes des sorcières qui dansent le soir de pleine lune, que j’ai évoqué plus haut). En effet, elle est mise en scène dans une communion avec les forces du mal, ou dans la nature avec un chaudron.

Elle devient aussi puritaine. Victime de viol dans sa jeunesse, elle a depuis en horreur la sexualité. Elle se met donc à tuer….des femmes qui sont sexuellement actives (elle ne tuera pas sa soeur, mais la punira en tuant son mari et en l’insultant). Et quand elle est à nouveau victime de viol, elle n’utilisera pas cette même force surhumaine pour se défendre. C’est son nouveau compagnon qui y laissera sa peau, en voulant la sauver. De plus, sa vie est dirigée par son père. Et malgré tout ce qu’elle a subi, elle mourra enfermée dans un asile.
La mise en scène qui sexualise à outrance les femmes, les abaissent qu’à un statut de corps. Alors oui, le but du film est d’attirer vulgairement le chaland masculin. Mais il me semblait important de pointer en quoi ce type d’oeuvre reste tout de même un problème.

Si Wildling se perd complètement en chemin, empêtré dans une ambiance à la Twilight, la 1ère partie du film est habile pour représenter le contrôle du corps de l’héroïne.
Anna est la rescapée d’une chasse au loup. Elle est recueillie (et séquestrée) par un chasseur qui n’a pas eu coeur de la tuer. Mais ayant en horreur l’espèce du loup garou, il la drogue dangereusement pour stopper ses règles, et donc sa croissance.
Il prend donc contrôle de son corps dès son enfance, qu’il tentera de reprendre à la fin du film. Il essaye de pratiquer une césarienne sur Anna, afin de récupérer (de nouveau), un enfant. On peut y voir un sous texte sur l’inceste et la pédophilie, mais aussi sur le massacre de la population Amérindienne.

Tout l’enjeu d’Anna entre temps est de retrouver son corps, sa mobilité, et bien sûr de goûter aux joies de l’adolescence. Un changement corporel et psychologique. Là encore, son état “sauvage” plus que loup, va lui permettre de se défendre contre l’agression sexuelle d’un jeune de son âge (qui sera représenté d’ailleurs comme un loup).

Wildling

Le cas d’ I Am Lisa est particulier. Il est explicitement dit que l’héroïne est lesbienne, et elle est agressée par des femmes, suite aux refus des avances de l’une d’entre elles. Laissée pour morte et mordue par des loups, elle va se venger, loup garou de son état.
On retrouve ici le schéma classique patriarcal, mais exécuté par des femmes. Lisa vient en aide aussi à des femmes (sa meilleure amie, une adolescente abandonnée par sa mère…).
Si le film bâcle beaucoup trop son sujet, et qu’il peut être perçu comme lesbophobe (d’autant qu’il est réalisé et écrit par des hommes), il a le mérite d’illustrer que la domination patriarcale n’est pas exercée que par des hommes. Et qu’elle peut être tout à fait intériorisée par des femmes. Ainsi, c’est une manière de détruire l’argument souvent brandi par des hommes pour justifier du sexisme, à savoir que c’est validé par des femmes.

I Am Lisa

Dans A werewolf boy, c’est le loup garou n’est pas danger. Il est le rempart contre la misogynie. On peut évidemment constater l’incapacité de l’héroïne à se défendre, mais dans la mesure où elle vient en aide d’une autre manière, à son amoureux de loup garou, je retiens plutôt une forme d’égalité entre les 2.
Il faut noter que contrairement aux représentations de l’amour très sombres des autres films, la vision de l’amour est ici sublimée. Tout est surexposé, clair, jaune, joyeux, lumineux.

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5-L’amour, élixir de la malédiction

L’amour est souvent un enjeu majeur dans les films de loups garou. On le retrouve dans The Curse of Werewolf, Wildling, Blood & Chocolate, Le loup garou de Londres et Paris, When Animals dream, A Werewolf Boy

En effet, il faut savoir que l‘amour est souvent brandi comme élément de soin, voire remède, au mal du loup garou.
C’est le cas dans The Curse of Werewolf et son reboot/remake Wolfman. Le personnage féminin est accessoire, il n’existe qu’à travers le héros, pour servir le héros.
Dans The Curse of Werewolf, Christina (qui est présentée uniquement comme personnage promis au mariage), souhaite vivre sa liberté amoureuse avec Leon, le loup garou. On ne saura rien de plus sur ses envies, sa personnalité; elle représente le soin.
De la même manière que Gwen dans Wolfman est d’abord femme d’un loup garou qui finira tué, pour s’éprendre de son frère, lui aussi loup garou. Comment, en période de deuil, s’est-elle découverte des sentiments pour le héros, Larry? Mystère. En tous cas, elle représente à nouveau l’unique enjeu du héros loup garou. Je pense ici à un problème de montage, car on sent un personnage qui avait sans doute plus de visibilité.

Le love interest est parfois central, et définit même les personnages.
C’est le cas dans Blood & Chocolate, où l’héroïne mi-humaine mi-louve, attend l’arrivée d’un homme dans sa vie pour s’émanciper. D’ailleurs, la seule fois où l’on verra sa transformation, c’est pour défendre son amoureux. Il est aussi la seule raison pour laquelle elle attaquera ses semblables.
Un schéma similaire s’opère dans Le loup garou de Paris. Serafine, louve garou, est sauvé du suicide par le héros Andy. Par la suite, elle croit l’avoir contaminé, et la règle est que pour conjurer le sort, le contaminé doit manger le coeur du loup garou qui l’a attaqué.
La symbolique est évidente, Andy, loup garou, doit littéralement arracher le coeur de sa dulcinée. A noter que par 2 fois, Sérafine souhaite mourir (de ses blessures, et par suicide). Par 2 fois, Andy sera le sauveur. Pour autant, au lieu d’essayer de se sauver elle même (ou d’exister en dehors de son beau père, les hommes toxiques de son entourage et Andy), elle cherchera systématiquement à sauver son amoureux. En tentant de l’éloigner, en y laissant presque sa vie, voire carrément en essayant de le détendre en posant ses mains sur sa poitrine. Normal.

Le loup garou de Paris

L’ensemble de ces exemples font fortement référence à ce qu’on appelle le syndrome de l’infirmière.
Par peur de ne pas être aimée, pour soigner une blessure, ou tout simplement parce que le fonctionnement structurel de la société incombe aux femmes de prendre soin des autres (famille, mari, enfants…), beaucoup de femmes cherchent à soigner un mal qui ronge leur compagnon. Au détriment de leur propre vie, envies, besoins.

Le seul exemple où l’amour est le sujet central du film et qui ne correspond pas à ces constats, est le merveilleux Les Bonnes Manières. La 1ère partie évoque un amour entre 2 femmes (qui n’est pas le sujet du film). La 2ème partie montre l‘amour d’une mère pour son enfant physiquement différent d’elle même. Si le film évoque évidemment la marginalité, ce n’est pas sans rappeler les problématiques rencontrées par les mères qui ont un enfant adoptif qui ne leur ressemble pas. La réalisatrice noire Amandine Gay évoque régulièrement ces différences qui ont des conséquences très concrètes au quotidien.

Les Bonnes Manières

6-Sexualité bestiale

Le loup garou, manifestation concrète de l’animalité de l’humain, est forcément lié à la sexualité. Ce que j’ai toujours trouvé personnellement assez cocasse, mais j’ai évoqué le sujet en introduction, plus haut.
Vous me voyez venir, c’est donc l’occasion de revenir sur le traitement de la sexualité selon le genre du protagoniste!

Ainsi, la femme loup garou dans Hurlements est uniquement là pour tenter le mâle.
Dans Trick n Treat, on a droit à de nombreux gros plans sur les poitrines des louves garou qui se transforment. Grosses poitrines, corps très normés, le tout additionné au fantasmes des costumes…on nage dans une sexualisation à outrance assez ridicule.
A noter que ces 2 exemples renvoient à la dimension de sorcière maléfique, et à leurs danses en pleine nature, comme je le mentionnais en introduction sur les symboles liés à la lune.

On retrouve régulièrement l’illustration du syndrome de l’infirmière

Julie Delpy se dévoue de tout son corps pour détendre le héros dans Le loup garou de Paris.
Et évidemment Ginger Snaps illustre la découverte du corps et de la sexualité, tout en ne sexualisant pas son héroïne (contrairement aux autres exemples).
Il y a évidemment le cas déplorable de La lupa mannara dont j’ai déjà évoqué les problèmes plus haut.

Le tabou de montrer des parties génitales masculines est aussi présent dans les films de loups garou. Pas de soucis pour montrer des femmes entièrement nues en revanche.

Il y aussi les cas où la femme est sexualisée à travers le regard masculin. C’est le cas dans Cursed. L’héroïne devient sexuellement attirante pour l’ensemble de la gente masculine.
C’est également la remarque que l’on peut faire dans La Féline (même si ici c’est une panthère et non une louve). Elle dégage une attirance tellement forte, qu’un passant (oui il faut quand même noter qu’il reste un passant!), semble l’aimer (si on peut appeler ça de l’amour), au point de vouloir l’épouser (trop) très vite.
D’ailleurs, cet état chez l’héroïne créé plutôt une peur de la sexualité. A l’aide d’images métaphoriques peu subtiles du cadenas et de la clef (concept de Freud pour symboliser la pénétration), on comprend qu’elle ne sait pas gérer à la fois son état physique, mais aussi les réactions que cela créer sur les hommes (autant son mari, que son docteur). D’ailleurs, la 1ère fois qu’elle tuera, ça sera pour se défendre d’une agression sexuelle.

La féline

Dans la comédie My mom is a werewolf, une mère de famille est acculée de charge mentale, et négligée par son mari. Ce besoin d’amour de la part de son mari et de ses enfants, la mène à céder aux avances d’un loup garou. Elle ne sera libérée de rien, car celui-ci veut en fait en faire sa femme. A côté de cela, son nouvel état provoquera des envies sexuelles envers son mari, qui miraculeusement retrouvera un intérêt pour sa femme. Mais sa situation se compliquera, tiraillée entre son mari et le loup garou. D’un statut de femme prisonnière de son foyer, elle passera à une femme coincée entre 2 hommes. Sans compter qu’elle garde les mêmes injonctions classiques sur les femmes (se raser les jambes devient alors un vrai problème!). Alors oui c’est une comédie sans prétention, mais l’élément déclencheur du film qui répond au postulat de base du protagoniste est sensé représenté un basculement, sous la forme du loup garou. Or il n’en est rien. Et rappelez-vous, tout est politique!

Les femmes louves garou chassent rarement leurs proies contrairement aux hommes

Les hommes décuplent leur puissance

Au contraire, cette puissance du loup garou permet aux hommes d’être sexuellement actifs, puissants, et dominants.
Cela leur permet de séduire des femmes beaucoup plus jeunes qu’eux (Wolf), de gagner en popularité et/ou de séduire les femmes (TeenWolf, Cursed, The Curse of Wolfman, A werewolf boy, The Wolfman, La Compagnie des loups).

L’exemple le plus flagrant est dans Cursed. Dans ce (mauvais) film, un personnage masculin et féminin sont transformés en loups garou (même si on ne voit pas de transformation finale). La manière de vivre la transformation est radicalement différente.
L’héroïne en souffrance, se cache dans les toilettes. Pendant que son frère laisse exploser sa nouvelle virilité, qui va enfin lui donner confiance.
Le propos du film (traité de manière superficielle) est de montrer que (presque) tous les hommes sont des bêtes, et donc potentiellement dangereux. C’est intéressant de constater que la réponse à ça, est de placer une antagoniste féminine (qui ne tue que des femmes), qui s’en prend à la protagoniste pour la simple et bonne raison…qu’elle lui a piqué son mec. A un constat systémique patriarcal, on préfère toujours s’en prendre aux femmes.

L’exemple de Werewolf of London (1935) montre un scientifique proche de Frankenstein, qui une fois devenu loup garou, ne s’en prend qu’à des femmes. Mais des femmes qui commettent un péché: celui de circuler seule la nuit, ou d’être la maitresse d’un mari. C’est une projection qu’il fait sur sa propre femme, qui se lie avec un ancien ami, car elle est délaissée par son propre mari. Il finira par s’attaquer à eux, en vain. Il ne fait pas bon d’avoir une sexualité en dehors du mariage...

Dans Bad Moon, le héros voit sa compagne dévorée par un loup garou en plein ébat sexuel. Il devient évidemment loup garou par la suite et chasse. Mais contraint de s’éloigner du lieu où il habitait, il ne trouve rien de mieux que de s’installer dans le jardin de sa soeur, mère célibataire. Il la met curieusement délibérément en danger (tout en l’avertissant!). Lorsqu’elle découvre la vérité, elle se fait insulter copieusement sur fond de remarques teintées de sexisme. Ainsi, tout le film, il maintient un pouvoir sur elle, en menaçant son espace de vie.
Elément intéressant, j’en profite pour noter que l’homme est dépeint comme l’animal dangereux, à travers les yeux du chien de la famille. Le point de vue du chien est d’ailleurs régulièrement utilisé dans le film, ce qui permet de créer une réelle empathie avec lui, en montrant qu’il comprend la situation. C’est assez rare dans le cinéma de genre pour le noter.

Bad Moon

Le seul exemple qui me semble contrecarrer ces constats, c’est le protagoniste de Teddy. Sa transformation en loup garou vient plutôt anéantir ce qu’il avait (ses interactions balbutiantes les gens du village, sa copine, ses projets), et aggrave sa situation. Et s’il opère une vengeance à la Carrie, il épargne celle qui lui a brisé le coeur.

A noter que les femmes louves garou deviennent rarement prédatrices. Ginger dans Ginger Snaps défend son territoire plus qu’elle ne chasse, Marie dans When Animals Dream riposte, Lisa dans I Am Lisa se venge de ses agresseuses. Dans La Féline il s’agit de surveiller mari et maîtresse, et dans La Compagnie des Loups elle n’a l’occasion d’attaquer personne.
Il n’y a que dans Cursed, où l’antagoniste chasse des rivales.

Alors que dans Bad Moon, Werewolf of London, Le loup garou de Londres, The Curse of Werewolf, The Wolfman, Wolf, Blood Moon…les hommes chassent avec une raison plus ou moins en tête.

Dans les 2 cas, on constate qu’il ne fait pas bon d’être loup garou, car l’issue sera souvent fatale. La part concrète animale de l’Homme ne semble pas avoir sa place!

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7-Les meutes de loups

J’ai beaucoup parlé des loups garou, ces bêtes qui sont une fusion de l’humain et du loup pour former encore un autre monstre à part.
Mais il y a aussi quelques films où s’il est question de transformations, il n’est pas question de loups garou. Mais de loups, tout simplement.

C’est le cas de Blood & Chocolate, Wolfwalkers, Wolfen (même si là il n’est en fait pas question de transformation) ou Twilight.
Le point commun de ces films est la meute. Le ou la protagoniste évolue en collectivité. Contrairement au loup garou qui est seul (sauf dans Hurlements où la meute est rapidement montrée).

Dans Blood & Chocolate, les humains se transforment à volonté, surtout pendant une partie de chasse. Une manière de rester en phase avec leur seconde nature.
Dans Wolfwalkers, c’est lors de leur sommeil que les 2 héroïnes se transforment. La mise en scène fait fortement référence au jeu vidéo Zelda, The Twilight Princess, avec les traces des odeurs bien visibles par les loups.

Wolfwalkers

Cela opère également un changement significatif dans l’apparence. Le personnage n’est jamais un monstre. Il est toujours une créature qui existe réellement.
De plus, la transformation ne passe pas par une douleur.
Enfin, la puissance des protagonistes n’est pas décuplée. Ils bénéficient des caractéristiques de chacun des états, lorsqu’ils sont humains ou loups.

A mon sens, cela permet d’apporter une rapide empathie pour les personnages. Que ça soit dans un état ou l’autre, ce sont des apparences familières. Qui plus est le loup n’est pas l’animal le plus terrifiant. Il ressemble beaucoup au chien, meilleur ami de l’humain.
Qui plus est, ces personnages ont le statut de victimes, exterminées par les humains. Ils ne sont pas des prédateurs, ce qui fait une grande différence avec le loup garou, qui attaque plus ou moins à l’aveugle et avec férocité.
Enfin, cela donne une dimension collective, et reflète un problème systémique. Les parallèles avec des populations menacées ne manquent pas.
C’est un prisme peu utilisé, qui mériterait des oeuvres plus pertinentes sur le sujet. Wolfen explore aussi cette thématique avec intelligence, mais il n’est pas question de loup garou ou wolfwalkers, mais de loups purement et simplement.

8-Conclusion: le loup est en toi

On a vu que les transformations progressives et partielles sont majoritaires chez les personnages féminins. On s’attarde beaucoup plus sur la douleur d’un corps et d’un esprit qui se transforment. La métaphore du loup garou est donc idéale pour évoquer l’adolescence ou l’entrée dans l’âge adulte. Il me semble que c’est cohérent avec le fait ce sont les corps des femmes qui changent le plus durant une vie (adolescence, grossesse, corps post grossesse, ménopause). Il serait donc intéressant d’utiliser le loup garou pour représenter également ces étapes de vie cruciales. Et cela permettrait de mettre en scène des personnages féminins plus âgés.
Il va sans dire qu’il faudrait davantage de femmes aux commandes pour qu’on puisse voir ces histoires à l’écran (que ça soit à l’écriture, à la production ou à la réalisation). Je note qu’il n’y a que 2 réalisatrices sur les 28 films que j’ai vus.

Ginger Snaps

Si la sexualité a été utilisée dans de nombreux films, souvent au détriment de la qualité des personnages féminins, il serait intéressant de l’explorer autrement que sous le prisme de la punition, la frustration ou la manipulation. La sexualité (ou la non sexualité) est un sujet vaste. La plupart des films sont encore basés sur un schéma de la maman (ou l’infirmière) ou la putain.

Enfin, dans la mesure où les personnages masculins voient leur puissance virile décuplée avec le loup garou, il serait intéressant de voir des films creuser l’exemple de Teddy. Montrer les faiblesses de personnages cachées sous une apparence de gros fort viril. Essayer de développer des psychologies, au lieu de se contenter de montrer un cheminement classique qui mène souvent à la même conclusion: la mort.

Teddy

La figure du loup garou continuera de me fasciner car j’aime l’idée de montrer que l’humain ne maitrise pas la transformation de son corps. Cette absence de contrôle se retrouve aussi dans les actes commis, dont les humains n’ont pas souvenir. Cela questionne sur le degré de responsabilité de nos actes, notre conscience.
Et cette manière de lier visuellement l’Homme à l’animal est passionnante, d’autant plus maintenant, avec la condition animale qui est de plus en plus questionnée et défendue.

Le film de loup garou a mauvaise réputation, mais il offre beaucoup de possibilités pour raconter l’humain. Et j’espère que de nouvelles idées émergeront par ce prisme.

Les films vus/cités

Le loup garou de Londres de John Landis,
Le loup garou de Paris de Anthony Waller,
When Animals Dream de Jonas Alexander Arnby,
The Curse of Werewolf de Terence Fisher ,
Les Bonnes Manières de Juliana Rojas et Marco Dutra ,
Ginger Snaps de John Fawcett ,
Ginger Snaps 2 de Brett Sullivan,
Ginger Snaps 3 de Grant Harvey,
The Wolfman de Joe Johnston,
A Werewolf Boy de Jo Sung-Hee,
Wolf de Mike Nichols,
Blood & Chocolate de Katja von Garnier,
Wolfwalkers de Tomm Moore et Ross Stewart
La Lupa mannara de Rino Di Silvestro

Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma ,
La compagnie des loups de  Neil Jordan,
Wildling de Fritz Bohm ,
Trick Or Treat de Michael Dougherty,
Bad Moon d’Eric Red,
She Wolf of London de Jean Yarbrough,
My mom is a werewolf de Michael Fischa
Cat people de Jacques Tourneur,
Cursed de Wes Craven,
Hurlements de Joe Dante,
I Am Lisa de Patrick Rea,
Blood moon de Jeremy Wooding ,
Teen Wolf de Rod Daniel,
Werewolf of London (1935) de Stuart Walker
Wolfen de Michael Wadleigh

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