Festival Court Métrange 2019/ Les conférences et expo

Festival

Comme dans la plupart des festivals maintenant (enfin presque: coucou l’Absurde Séance), le Festival Court Métrange a proposé une série de conférences. Le thème de cette année étant le fantôme, l’idée a été d’organiser quelques conférences/master class qui y sont liées.

Si la plupart des conférences sont gratuites, quelques unes sont payantes. Je n’ai pu assister qu’à deux conférences. Fort intéressantes.

1-L’autre côté, aperçus du cinéma de fantômes- Guy Astic

Comment le fantôme peut être différemment mis en scène selon les films. Guy Astic qui a animé la conférence, fait aussi parti du jury. C’est le directeur du Festival Tous Courts. Il écrit aussi sur le cinéma de genre.
La conférence a eu lieu aux Champs Libres, dans une superbe salle.
C’était une conférence très ludique et pertinente.

Il est parti du postulat que la notion de fantômes est liée à un passage de seuil, et donc de modifications.
En conséquence, Guy Astic avait fait une sélection de plusieurs films variés, à des époques différentes: Ça de Andy Muschietti, The Uninvited de Lewis Allen, Conjuring 2 de James Wan, L’échine du diable de Guillermo Del Toro, Ouija de Mike Flanagan, etc…Il exposait rapidement les procédés utilisés pour mettre en valeur les aspects fantômatiques, de changement de seuils. Double focale, split screen, utilisation du décor…il porte notre regard sur des détails. Pas besoin d’être un cinéphile aguerri pour comprendre rapidement les ressorts de la mise en scène.
Ainsi, pour lui, James Wan est l’un des auteurs de genre les plus inventifs de ces dernières années. En effet, il prend le temps de délier lentement tous les clichés que l’on connaît. On sait qu’on va être surpris-e mais on en sait pas quand!
Une conférence très efficace, qui n’a malheureusement duré qu’une heure.

2-Etude de cas et discussion autour du court métrage de genre

L’intitulé fait penser à une étude du cinéma de genre, mais pas du tout. Il s’agit vraiment de s’interroger comment convaincre des personnes de financer un court métrage, d’autant plus de genre.

Animé par Camille Ferrero, cette rencontre s’adressait d’abord aux jeunes réalisateur-rices qui ont participé au pitch dating. Il s’agit d’un temps consacré entre réalisateur-rices et producteur-rices. Les auteur-es disposent de quelques minutes pour présenter leur projet, et ça tourne.
Par ailleurs, la conférence étaient aussi utile à celles et ceux qui souhaiteraient présenter un projet à des producteur-rices de manière générale.

A la table des intervenant-es, on y trouve Anaïs Bertrand (Insolence Production). Française, elle vit en Ecosse et a réalisé notamment un court métrage de fin d’étude qui a fait la tournée des festivals. Mais aussi Brewenn Hellec (Les Films de l’heure bleue), Christophe Taudière (Directeur des acquisitions court métrage France 2), et François Le Goui, réalisateur de Voir le Jour, dont il avait présenté le pitch dating en 2012, à Court Métrange.

Redoubler de travail pour un projet de genre

Pour débuter, on fait un premier constat (même si on le savait déjà): financer un court métrage de genre est compliqué. La notion de science fiction, horreur…fait peur aux producteur-rice-s. Le nerf de la guerre: le scénario. Il faut qu’il soit solide, pour espérer convaincre. Car pour dépasser la peur du genre, il faut une histoire, de préférence originale. Chaque intervenant-e conseille de peaufiner aux petits oignons sa note d’intention.

Puis, le réalisateur François Le Goui raconte la chance qu’il a eue en rencontrant son producteur lors de son pitch dating. Emballé, il n’a pas lâché le jeune réalisateur, qui a travaillé deux ans son scénario. Le Goui précise qu’il a demandé peu de subventions, mais qu’il les a quasi toutes obtenues. Et comme dit Anaïs Bertrand, la France regorge d’aides possibles, contrairement au Royaume Uni. Le réalisateur de Voir le jour explique sa rencontre décisive avec Alexandre Gavras (fils de, mais surtout producteur de Jusqu’à la garde de Xavier Legrand). Celui ci a été pris de passion pour le projet et l’a défendu face à l’adversité. La survie d’un projet tient parfois à une personne.

On le savait, le cinéma français n’aime pas le cinéma de genre. Mais Christophe Taudière apporte une note d’espoir en indiquant la création d’une nouvelle commission spécialisée pour financer des courts métrages de genre a vu le jour, au CNC. Signe que les choses bougent, doucement, mais elles bougent. Et on le doit à Julia Ducournau, grâce au crossover Grave, qui mélange cinéma dit d’ “auteur” avec de l’horreur. Sa reconnaissance dans la profession avec ses nominations aux Césars en dit long.

Par ailleurs, une personne du public a justement interrogé les intervenant-es. C’est bien de vouloir proposer des histoires réfléchies, avec une cohérence, un sens, un vrai fond. Mais qu’en est il des projets fous, qui ne cherchent pas un sens profond? Massacre à la tronçonneuse ou Evil Dead auraient ils existé dans ce cas?

La parité: faire genre?

La conversation a dévié sur la parité. Sujet sensible, car il est encore (apparemment) compliqué d’allier ça avec la sacro sainte liberté d’expression, qualité…Comme le note Christophe Taudière, qui se montre frileux à l’idée de quota. Car lui se questionne sur la qualité d’un film quand il en regarde un, quel que soit la personne derrière la caméra.
Une fois qu’on a dit ça, force est de constater qu’il y a un problème. Comme l’a dit la même Julia Ducournau, comment se fait il que dans une école comme la FEMIS il existe la parité, et qu’à la sortie, il n’y a plus que 30% des femmes réalisatrices? Et on reconnaît que l’instauration de quotas a aidé considérablement les femmes à doucement se faire une place dans le monde politique. Et pourtant, les femmes ne sont toujours pas traitées à égalité. La réflexion de Christophe Taudière vient clairement de son point de vue d’homme blanc de 50 ans. Il n’a jamais eu à se poser la question.

D’ailleurs, toujours pour continuer sur les minorités, les intervenant-es ont fait le constat du manque de diversité énorme dans le cinéma français. Il est en grande majorité blanc. Pourtant, le cinéma est sensé être un reflet, ou tendre un certain reflet à la société. Et là encore, on est loin du compte. Quand les acteur-rices non blanc-he-s n’héritent pas en grande majorité de rôles clichés (travailleur-euse-s du sexe, dealer, etc..), ils n’existent pas.

3- Les expositions

Bon je ne vous cacherai pas que, bien que je n’ai pas fait toutes les expositions, c’est la partie la plus décevante du Festival.
Le pire étant celle intitulée “J’y crois, j’y crois pas“. Sensée être un éclairage sur la sorcellerie, nous étions étonné-es de ne pas la trouver dans le hall du Gaumont, comme indiqué. Et pour cause: cette exposition se résume à 4 panneaux types kakémono (donc moches), à côté du stand Court Métrange. Ce n’est pas ce qu’on peut appeler une exposition. Au mieux, une vague information.

Enfin, nous avons terminé avec “Le bal des lémures”. Située à la Maison Internationale de Rennes (MIR), elle regroupe plusieurs artistes. On peut admirer une sorte d’œuf d’Alien à l’entrée, des sculptures cadavériques, et des tableaux. Ces derniers étant assez mauvais, un mélange de pochettes d’album de métal kitch, avec des tatouages gothiques impersonnels.
Les sculptures sont saisissantes. Mais l’exposition est vite fait.

Pour aller plus loin:

Article sur les courts métrages en compétition officielle

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