Dans l’ère du numérique capable du pire comme du meilleur, on note de plus en plus que les cinémas troquent les affiches papier pour passer au digital. Si on met de côté l’aspect catastrophe écologique et peu pratique (quand ça bug pas, c’est difficilement visible de loin), c’est surtout dommage de se priver de ce format mettant en valeur des créations. D’autant qu’elles ne pourront plus se retrouver aussi facilement sur nos murs.

En attendant que le vintage s’impose de nouveau, voici ma petite sélection d’affiches que je trouve particulièrement réussies. Je suis restée sur le cinéma de genre, évidemment.

1- Possession d’Andrej Zulawski

Illustrée par Basha, l’affiche de Possession fait partie de mes préférées. Bien que monnaie courante il y a plusieurs décennies, l’affiche de cinéma illustrée se fait rare. Surtout quand il s’agit de traits réalisés à la main, avec une volonté assumée de refléter un aspect artisanal.

Dans un style qui peut faire penser à l’art nouveau, on devine qu’un personnage féminin sera donc possédée par ce qui semble une créature. En effet, les tentacules de celles ci fusionnent avec la chevelure de la jeune femme. On imagine aussi qu’il y aura une dimension sexuelle ou érotique avec la poitrine découverte, et une tentacule qui prend source dans l’un des tétons…

2- Vivarium de Lorcan Finnegan

Sur fond de quartier résidentiel type Desperate Housewives, l’affiche de Vivarium se démarque par son côté très graphique et géométrique, en utilisant la perspective.
Pour mieux pointer la différence des protagonistes, ils sont intégrés dans un décor où tout se ressemble: les maisons, les allées, les couleurs. Ils sont même littéralement inscrustés, via le texte annonçant les acteur-rices, positionnés sur la route. Et quand on parle de la couleur, ce vert peut faire penser à la fois à la biodiversité (vivarium), mais aussi à une forme de vie extra terrestre?
En tous cas, il y aura une intrigue avec un puit, cachant un potentiel secret…

3- In Fabric de Peter Strickland

L’affiche d’In Fabric joue à fond la carte du vintage. Grain de la photo, mannequin de couleur mat (de nos jours ils sont plutôt très blancs), style de la robe, typographie, jusqu’à l’encadrement du générique, tout y est.

L’affiche fait référence à un catalogue, où l’on pourrait commander des vêtements. On le voit à la légende à gauche, au dessus du titre.
D’ailleurs on notera qu’il y a deux types de mannequin. Un qui semble être avec nous, via la partie de la main que l’on voit posée sur la photo. Et la mannequin visible sur le catalogue.
La main du mannequin est d’apparence soignée avec son vernis. Mais elle a également subit des dégâts (doigt coupé, ongle arraché). En parlant d’arrachement, on ne peut que constater ce résultat sur le visage de la mannequin sur la photo. La peau arrachée, laisse voir l’anatomie du personnage.
Les deux mannequins sont visiblement victimes de traitements peu agréables.

On ne voit pas une goutte de sang sur l’affiche, mais sa couleur est rappelée à plusieurs endroits.

4- Adoration de Fabrice Du Welz

Réalisée par Laurent Durieux, affichiste belge (comme le réalisateur Fabrice Du Welz), l’affiche d’Adoration est une illustration dans un style plutôt réaliste.
Ambiance douce au lever du soleil, les couleurs roses, pastel, viennent compléter ce que l’on peut entendre par adoration. De l’amour, du lien, de l’admiration.
Cette force partagée est renforcée par les deux personnages que l’on devine principaux, qui font face au public. Une jeune femme et un jeune homme affrontant sans détour le regard. On devine une détermination. Mais aussi un lien qui les unit. La baseline “L’amour. Ou rien.” (notez bien le point après l’amour qui sonne comme un point final) nous confirme cette impression.

5- Teeth de Mitchell Lichtenstein

Dans l’affiche de Teeth, il y a deux mondes binaires, représentés par le noir et le blanc. Le blanc, couleur de la pureté. Le noir, du mal. Et le noir correspond au corps de la jeune fille plongée dans sa baignoire…

La symbolique de la rose est utilisée sur deux aspects. Celui de l’image puritaine des filles qui naissent dans les roses. Et le fait que les roses, belles fleurs dégageant une bonne odeur, mais ayant des épines.

Avec l’affiche, on comprend que Teeth va évoquer l’histoire d’une jeune femme, qui peut sembler inoffensive en apparence…

6- A girl walks home alone at night d’ Ana Lily Amirpour

On retrouve ici l’illustration pure avec l’affiche de A girl walks home alone at night. Très épurée, avec trois aplats de couleur (même si en réalité il n’y a qu’une couleur, rouge, puisque le blanc et le noir ne sont pas des couleurs).
Le rouge et le noir, et le style très simple du dessin font penser que le film aura un univers à part. On devine via l’affiche que le personnage sera féminin, avec une certaine sensualité via sa bouche colorée d’un rouge à lèvres.
C’est d’ailleurs plus une silhouette, qu’une véritable représentation d’une femme. Elle semble se cacher ou être cachée, à travers un vêtement sombre, qui a priori, dissimule son visage. Référence religieuse? Créature? A voir…(normalement si vous avez lu tout le texte, vous avez un indice. Merci pour le spoil, qui a validé le texte de l’affiche?).

La typographie du titre de l’affiche est caractéristique d’une œuvre qui s’impose. Elle est dans la continuité d’un élancement similaire à la silhouette de la femme.

7- Climax de Gaspard Noé

Si l’affiche de Climax parle d’elle même (à savoir une fête, donc de la danse et de la musique), c’est vraiment la notion de profondeur grâce à la vue d’en haut, que je trouve particulièrement intéressante. Elle nous plonge dans l’ambiance. C’est Laurent Lufroy qui a réalisé l’affiche (et en fait toutes les affiches de Gaspard Noé). L’affiche de Climax est la continuité de celle d’Enter The Void.
Mais on peut aussi y voir notre point de vue de spectateur-rice qui prend du recul sur une vision d’ensemble. Nous observons.
Mais cette plongée peut également nous positionner au dessus de la mêlée. Nous sommes dominant-es.

Détail à noter: les couleurs du drapeau français qui colorent le titre du film. Est ce pour souligner l’origine française du film? Pour affirmer un autre genre de cinéma français? L’appartenance de Noé au cinéma français malgré son statut? D’autant plus que le titre fait parti du décor. C’est un rideau ancré dans cette pièce festive.
Le rouge domine, laissant les personnages baigner dans une ambiance oppressive.

Dans tous les cas, la transe des personnages se lit sur leurs visages. Et qui dit transe et Gaspard Noé, dit embarquement pour un voyage dont on ne sait pas si on en reviendra secoué-e un peu, beaucoup, passionnément…

8- Mandy de Panos Cosmatos

L’affiche de Mandy ferait presque penser à un visuel de Star Wars. Avec le ciel parsemé de couleurs surréalistes, la typographie du titre old school, et la multitude de personnages qui se dessinent, l’affiche nous signifie que nous allons pénétrer dans un autre monde.

On devine que Mandy est le personnage féminin qui lié à la nature avec la forêt au dessus d’elle. Elle même qui surplombe le reste des protagonistes. Elle est donc le personnage central en terme d’élément narratif. Elle est en rose/rouge, à mi chemin entre la douceur et un possible basculement plus sombre.

Nicolas Cage arrive en deuxième position, devançant l’ensemble des personnages, tous en rouge, et difficilement distinguables. Ils donnent l’impression d’être peu amicaux, et formeront la quête du personnage principal interprété par Nicolas Cage.

L’ensemble des personnages sont intégrés dans une forme triangulaire. Un signe sectaire? Un rituel? Un lien avec une quête?

En bas, on peut identifier deux silhouettes, s’affrontant à coups de tronçonneuses, qui sont en dehors du triangle. La touche finale de Mandy? C’est ici que la couleur rouge atteint son ton le plus vif.

Cette affiche se distingue par son jeu de couleurs qui livre un objet esthétique intriguant. On devine une certaine fureur ou brutalité, adoucit par le rose, presque flushia, proche du kitsch.
Une impression d’une œuvre à la fois fantasy, déconnectée, dystopique peut être. Quelque chose d’hybride.

9-Dark Touch de Marina De Van

L’affiche de Dark Touch nous met face à une situation qui interpelle forcément: la souffrance d’une enfant. On ne distingue que son visage en peine, et le haut de son corps. Aucun bras, main, doigt ou hanche n’apparaît.
Est ce que quelqu’un derrière qu’on ne peut pas voir lui fait du mal? Est ce qu’elle est piégée par elle même ou par d’autres? Elle apparaît davantage comme une victime, que comme une entité diabolique.

Une affiche sombre, qui utilise le noir, le rouge, et le blanc. Des couleurs habituelles dans le cinéma de genre. C’est vraiment l’expression du visage terrifié de douleur de cette enfant, qui marque.

10- Halloween II de Rob Zombie

Bien plus réussie que l’affiche du film précédent (aussi réalisé par Zombie), cette affiche d’ Halloween II représente sans doute le mieux la puissance de Mickaël Myers.
Bras levé bien au dessus de sa tête, couteau déjà maculé de sang, sa deuxième main tenant les cheveux de sa victime, on ne peut que constater sa force qui semble inarrêtable. D’ailleurs la victime n’existe pas vraiment, son visage est caché dans le noir.

La tension dramatique est accentuée avec l’orage qui gronde en arrière plan. La pluie, élément classique du film d’horreur nous permet de nous plonger tout de suite dans l’ambiance.

Pour une fois, on ne fait pas face à Mickaël Myers (comme dans beaucoup d’affiches de la saga). On est témoin de sa brutalité, on le regarde prêt à passer à l’acte. Ce qui accentue le malaise.

Si l’affiche est le premier contact visuel que nous avons avec un film, cela reste un élément trop souvent négligé dans la promotion d’un film. Pourtant, ces exemples montrent que l’on peut dire déjà beaucoup sur un film, rien qu’avec son affiche.

Par ailleurs, les noms des créateur-rices des affiches ne sont pas systématiquement mentionnés. Alors que leur créativité sur les affiches permet de délivrer les premiers messages d’un film. Et éveille la curiosité, plus qu’une bande annonce pour ma part.

Enfin, je ne peux qu’encourage des initiatives comme celles de The Jokers, distributeur français, qui a expliqué par exemple, le processus de choix de l’affiche de The Neon Demon. Ainsi, on peut se rendre compte du travail de réflexions et de choix que cela demande, pour sélectionner l’affiche qui va à la fois être fidèle au film, mais aussi parler au plus grand nombre.

Et toi? Quelle est ton affiche de film d’horreur préférée?

Share this:

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *