Parce qu’il est temps de redéfinir la façon dont nous voyons les films. Avec quels yeux, quelles convictions.
Pourquoi utiliser le terme critique? Parce que le métier de journaliste cinéma n’est plus seul à porter un regard sur le cinéma. Vidéos, podcasts, blogs…le choix est (trop?) vaste.
Pourquoi le terme engagé-es? Si certaines personnes se retrouveront dans ce terme, d’autres moins. Mais c’est pourtant le mot qui me semble le plus adapté.

Ce sont des personnes qui font clairement la démarche d’apprécier les films dans leur contexte, de s’attarder sur les représentations des genres, des classes sociales. Des personnes qui ne se contentent pas de dire “C’est de l’art, je visualise le film en tant que tel”. Des personnes qui osent publiquement évoquer cet angle.

C’est d’autant plus intéressant que cela reste encore vu comment une démarche pouvant aller à l’encontre de la liberté d”expression.
Bref, ce sont des gens qui assument une position encore minoritaire.

Ce n’est pas parce qu’un film peut être problématique sur certains aspects, qu’il est mauvais pour autant.

Si on tient compte du fait qu’environ 3/4 des critiques cinéma sont des hommes (pire si on considère uniquement le cinéma de genre), et blancs, on peut se dire que d’autres points de vue et regards sont nécessaires.
D’ailleurs, quand on évoque ces problèmes de représentations, ce sont souvent des hommes qui montent au créneau. Ou des femmes des précédentes générations.

Plusieurs comptes évoquent le cinéma à travers leur démarche de militant-e. Mais j’évoque ici uniquement les personnes dont le sujet principal, voire unique, est le cinéma.

La dictature de la bien-pensance est en marche. Suivez le guide.

Vidéastes

Licarion

Tout d’abord, (et même si depuis quelques temps il parle de plus en plus de problématiques personnelles), Licarion est une des premières personnes que j’ai découvert qui abordait frontalement le souci de la représentation au cinéma.
En une vidéo portant sur les comédies françaises qui sont (pour la plupart), nocives, Licarion m’a séduite. Il a formalisé efficacement tout ce que je pensais.
Il est concerné par une oppression systémique.
C’est évidemment une cible, beaucoup de twittos ont pris un malin plaisir à se moquer de sa vision. Et pour preuve que c’est un problème, quand j’ai répondu à un tweet demandant quel youtubeur m’a éclaircie sur des films, on m’a gentiment orientée vers un youtubeur qui se moquait de Licarion. Au point qu’il s’est donné la peine de réaliser une vidéo entière pour répondre à un avis de Licarion. Pensez à respirer, et vous hydrater quand même. Et à regarder sa vidéo sur pourquoi les comédies romantiques sont problématiques.

Dolores Critiques

Je l’ai découverte grâce à une vidéo qu’elle a faite pour dénoncer la communication du HellFest suite à un viol qui avait été relaté. C’est une des seules, amatrice du festival, qui a clairement expliqué pourquoi le HellFest a saupoudré son communiqué de culture du viol.

Cette YouTubeuse est concernée par plusieurs oppressions systémiques donc je vous laisse le soin de découvrir. Elle en parle également sur sa chaîne.

La chaîne propose plusieurs formats de vidéo. Dans tous les cas, elle resitue toujours le film dans son contexte, et l’image qu’il peut renvoyer des personnes dont il parle. Parfois le thème du féminisme est même le sujet principal de sa vidéo.

Je ne suis pas toujours d’accord, et c’est tant mieux, elle m’aide à repenser mon avis, remettre en cause ce que j’ai pu voir ou pas. (Attention, les termes utilisés ne sont pas toujours safe, comme “fils de..”).

Podcast

Sorociné

Créé et animé par la journaliste Pauline Mallet, ce podcast évoque que des problématiques liés au féminisme, dans le cinéma.

Que ça soit généraliste (le sexe au cinéma), ou plus spécifique (les personnages féminins chez Spielberg), l’intérêt principal est la position clairement d’assumer la position qu’une critique cinéma doit passer par le prisme sociétal. Et ses évolutions. Une vraie relecture des films est proposé. Car s’il n’est pas question de tout interdire, il est primordial de remettre en cause des scènes, des films que l’on a pu adoré à l’époque.
La notion de male gaze est régulièrement évoqué.

Le meilleur exemple, est l’épisode sur la critique féministe, qui décortique l’alliance de la critique d’une œuvre, avec un regard féministe. Et les rapports complexes autant avec les militant-es, qu’avec les défenseurs de la liberté d’expression sans recul.

Les critiques hystériques

Tout nouveau podcast (novembre 2019), les critiques hystériques sont portées par une étudiante, et une chargée de communication.
Les épisodes reviennent sur deux films de l’actualité cinéma.

Elles prennent le temps de détailler les scènes qui leur paraissent problématiques ou non. Par exemple, dans le très bon J’ai perdu mon corps, le héros stalk le personnage féminin. Et elles notent que le film reprend les codes classiques de la comédie romantique.

C’est tout nouveau donc à voir comment ça évolue, mais c’est à suivre!

She Cannes

Au dernier Festival de La Roche S/Yon Adèle Haenel s’était étonnée que le film de Polanski était programmé. Elle ne s’est donc pas gênée pour dire qu’il serait opportun d’organiser un échange autour de la violence faite aux femmes. Chose faite avec la journaliste cinéma Iris Brey, qui sera appelée en catastrophe pour pallier ce manque. C’est à cette occasion de sa conférence que je l’ai découverte. C’est la première fois que j’entendais des explications claires et précises sur pourquoi elle, personnellement, décide de boycotter un film comme celui de Polanski.

Et ainsi, elle est à l’origine de ce podcast, She Cannes. On y trouve des interviews de femmes actrices ou réalisatrice. Je vous conseille notamment ceux concernant Alice Diop et Aïssa Maïga, actrices noires.

I like that

Mis en ligne par la journaliste cis queer Aline Mayard, ce site s’axe sur la (pop) culture reliées aux problématiques LGBTQI+. Le cinéma est abordé, mais aussi la musique, les livres…
C’est parfois un peu maladroit, avec quelques fautes, mais les thématiques abordées sont pertinentes.

Elle analyse par exemple la manière dont les personnages LGBT ou non, sont représentés. J’ai notamment retenu l’article sur le Joker (film que j’ai beaucoup aimé par ailleurs), où elle fait un parallèle entre l’aspect efféminé du Joker et l’envie de le rendre encore plus terrifiant. D’autant que c’est un personnage en marge. Volontaire ou pas, on peut se poser la question quand on prend connaissance des propos du réalisateur Todd Philipps avec son douteux “on ne peut plus rien dire”.

Blogs

Le cinéma est politique

Un site très fourni, dont le contenu est alimenté par plusieurs personnes. Il est également possible de proposer un article.
Comme son nom l’indique, le site propose uniquement de considérer un film ou une thématique de films, uniquement sous l’angle politique. Représentations, diversité, racisme, sexisme, genres….tout y passe.

C’est un site qui permet un tout autre éclairage. Je prends l’exemple de BlacKKKlansman, qui a souvent été loué pour sa charge anti Trump. Finalement, on peut aussi voir des éléments problématiques.

La question n’est pas de remettre entièrement en cause notre jugement personnel sur les films, mais plutôt de changer complètement d’angle pour déceler si des choses nous ont échappées ou non.

Même si je ne suis pas d’accord avec tout, force est de constater que le site tape souvent là où ça fait mal. Un mal nécessaire qui nous obliger à repenser les représentations que nous avons été habitué-es à visionner et à accepter comme normales.

Le genre et l’écran

Le choix est large: films, séries, téléfilms…Les différents auteur-es passent revue les questions féministes de plusieurs œuvres variées dans leur genre.
Malheureusement la navigation se fait difficilement. Le site ne se parcourt pas de façon aisée.

Il y a une section qui proposent des tribunes qui touchent également la littérature.

La plupart des films évoqués sont d’une évidence concernant le féminisme, mais il est toujours plaisant de voir ces œuvres valorisées.

Journalistes

Simon Riaux

Journaliste à Ecran Large et dans l’excellente émission télé Le Cercle, Simon Riaux se distingue par sa capacité à trouver des adjectifs on ne peut plus improbables pour donner son avis.

Il a apporté un des éclairages les plus intéressants sur Polanski, disant que le contenu du dossier de presse de J’accuse était très problématique. Faire le parallèle entre le féminisme (sous entendu qui lui pourrissent la vie), et l’affaire Dreyfus ne lui paraissait pas acceptable.

Marie Sauvion

Marie Sauvion est rédactrice en chef ajointe cinéam pour Télérama et Le Cercle également. En fonction du film, elle évoque toujours la représentation des femmes, la place des femmes que ça soit dans un film, ou dans la profession.

Par ailleurs, elle s’est également interrogée sur le silence assourdissant du cinéma français concernant les violences faites aux femmes, avant qu’Adèle Haenel prenne la parole. Sachant que depuis, le silence continue.

Elle tweet avec plein d’humour, non sans une pointe de féminisme, sur les sujets d’actualité.

Claire Diao

Enfin, encore une journaliste du Cercle que voulez vous! Elle travaille également pour Awotele, critique cinéma panafricain.

Elle est noire, et est souvent sollicitée il faut le dire, dans le Cercle, quand il y a des films évoquant le racisme ou la réprésentation des personnes noires. Personnellement, demander l’avis d’une concernée (et engagée) me semble tout à fait adapté. Pour une fois j’ai même envie de rajouter.

Les autres journalistes que je peux connaître à travers la télé, les journaux, sont soit neutres sur cette question, soit carrément sexistes (coucou Mad Movies. Revue que j’adore par ailleurs, mais alors les expressions et termes sexistes font mal aux yeux).

Et vous? Vous suivez qui?

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