Planète B éco anxiété

Planète B est un film de genre français réalisé par Aude Léa Rapin, avec dans les rôles principaux, deux femmes, Adèle Exarchopoulos et Souheila Yacoub.

Un futur fasciste et eco-anxieux

La mise en scène visuelle et sonore de Planète B lui confère un caractère très huis clos, qui n’est pas sans rappeler Les fils de l’Homme dans son côté froid mais intimiste. Et comme pour ce dernier, on parle d’un film d’anticipation plutôt que de science-fiction car le film se déroule dans un futur très proche, et tous les motifs du film sont déjà à l’œuvre, comme la montée du fascisme et l’effondrement climatique. 

La surveillance : thème cher à la droite dure et à l’extreme droite

Dans Planète B, la technologie est au service d’un système de répression sécuritaire. Les civiles ont accès à des technologies obsolètes alors que l’état est équipé en matériel numérique de pointe pour la surveillance. La vidéosurveillance algorithmique est normalisée (pratique largement critiquée par Amnesty International suite à son déploiement pendant les JO de Paris 2024). Les essaims de drones policiers surveillent tous les quartiers (mode se surveillance normalisé en France depuis 2023). Chaque citoyen doit porter des lentilles de contact à QR codes et se soumettre à des contrôles d’identité systématiques. Les étrangers sont restreints à des zones selon leur statut (comme dans les Centres de Rétention Administrative).

Des exilés déshumanisés

Souheila Yacoub interprète une journaliste exilée qui a dû fuir son pays pour opposition politique. Comme beaucoup de migrants, même diplômés, elle se retrouve cantonnée aux métiers les plus subalternes sur l’échelle sociale. Elle survit en clandestinité, sous la menace permanente de l’expulsion. L’administration et la police ne la voient que comme une «migrante» qu’il faut faire sortir du pays. 

Planète B– Le pacte

La criminalisation des mouvements d’opposition

Aude Léa Rapin voulait mettre en lumière à travers Planète B les dérives des affrontements idéologiques entre société civile et force de l’ordre. Elle a été inspirée par des manifestations récentes aux quatre coins du globe, violemment réprimées par les forces de l’ordre qui n’ont pas hésité à blesser et mutiler : les manifestations étudiantes à Hong Kong, à Santiago ou à Beyrouth, les gilets Jaunes, Notre Dame des Landes… Dans Planète B toute désobéissance à la bonne marche de l’état reçoit une réponse policière et judiciaire violente. Les civiles qui s’expriment contre l’état et pour la survie de la planète sont criminalisés.

La manipulation médiatique 

Dans la France de Planète B, les médias ne parlent pas des opposants politiques. La R n’existe pas, le mouvement est censuré pour ne pas encourager les gens à le rejoindre. Ce tabou médiatique est aussi un excellent moyen de nier l’implication du gouvernement : les opposants ne sont pas enfermés dans des prisons inhumaines, ils se cachent car ils sont criminels. C’est facile quand quelqu’un possède plusieurs médias de contrôler la ligne éditoriale et donc l’information.

Pendant la présentation du film aux Utopiales, Aude Léa Rapin nous explique qu’elle voulait aussi faire un lien avec les disparitions récentes et inquiétantes de personnalités connues en Chine. Des femmes célèbres à l’international qui ont critiqué le pouvoir : Fan Bingbing, Peng Shuai et Zhao Wei. Mais aussi certains membres du gouvernement, notamment le ministre de la défense. 

Planète B– Le pacte

La prison virtuelle, un futur possible ?  

Le personnage d’Adèle Exarchopoulos et les autres résistants sont à la merci de l’armée, qui pratique sur eux de la torture psychologique sous forme de cauchemars, et de privation de sommeil afin d’obtenir des renseignements sur la R. Dans ce futur la prison virtuelle serait aussi un moyen de lutter contre les prisons surpeuplées. Dans ces prisons, les corps peuvent être empilés, il n’y a pas besoin d’espace, pas besoin d’exercice physique, pas besoin de soins, cela coûte moins cher.

L’enfermement dans un système informatique est une allégorie intéressante de la dictature : un système informatique est par définition totalitaire. Binaire, il ne permet d’agir que dans certaines fonctions définies. Il n’offre pas de possibilité hors de ce qui a été cadré, choisi, imposé. Il est sans nuance, inhumain. 

Polarisation des extrêmes et désobéissance civile 

Planète B nous interroge sur un possible futur dystopique. Que doit faire la société face à l’inaction politique sur les enjeux écologiques ? La désobéissance civile (qualifiée de terrorisme par l’état – coucou Sainte Soline) est-elle le dernier levier pour forcer les états à respecter leurs engagements environnementaux ? Quand faut il intervenir ? Les gouvernements criminalisent les opposants, les migrants, les pauvres, bientôt ça pourrait-être vous ?

Planète B sort au cinéma le 25 décembre.