I see you est réalisé par Adam Randall. Helen Hunt et Jon Tenney jouent un couple au bord de la rupture, qui sont témoins avec leur fils de manifestations étranges dans leur maison…

I see you a été présenté dans les festivals de genre les plus prestigieux (PIFF, Gérardmer…). Il a été plutôt mal accueilli quand on jette un oeil sur les critiques. Et j’avoue avoir été très étonnée car si I see you ne propose pas un pitch révolutionnaire, loin s’en faut, il s’avère efficace. ATTENTION SPOILERS

Coucou! Caché!

Vous l’aurez deviné, I see you se base sur quelque chose qui regarde, qui épie. Et la mise en scène s’applique presque académiquement à utiliser tous les ressorts, pour que nous spectateur-rices, aient cette impression de surveillance permanente. Travelling, plans en plongée, plans d’ensemble…tout est fait dans I see you pour qu’on ressente cette observation.
Très peu de gros plans, aucun gros plans, l’idée n’est pas de nous faire ressentir les angoisses des personnages. Mais bien d’être aux côtés de l’entité qui semble en vouloir à cette famille riche.
Il faut noter un processus simple mais ingénieux sur l’introduction, où la caméra fuit, puis abandonne, chasse, puis survole successivement un jeune garçon que l’on sait proie.

La première bonne idée d’ I see you est de mettre en scène une famille en crise. Jackie, jouée par Helen Hunt (qu’on ne voit plus beaucoup, mais qui reste la scientifique badass de Twister), est une doctoresse. Elle vit avec son mari et son fils dans une grande et belle maison. Après une infidélité de sa part, la famille vole en éclat, et la communication devient impossible. Cette communication impossible permet la prolifération de phénomènes étranges. En effet, seule Jackie tente de faire part de ce qu’elle voit ou croit voir. Mais ni son mari, ni son fils ne veulent l’écouter. Et Greg, le mari (joué par Jon Tenney (vu dans True Detective) est trop occupé par l’enquête policière dont il est chargé pour échanger réellement avec son fils.

Car l’intrigue familiale d’ I see you se mêle avec des mystérieuses disparitions et meurtres de petits garçons. Le réalisateur nous oblige à lier les deux intrigues. Et non à les voir comme une intrigue parallèle dont on connaitra le lien à la fin.

Tout est une question de point de vue

S’enchaîne ensuite la seconde partie qui vient à expliquer ces fameux phénomènes. J’ai lu des critiques qui pointaient l’incohérence et l’illogisme mais sans les expliciter. Je ne vois rien d’illogique ou incohérent mais peut être pourriez vous éclairer ma lanterne?
Au contraire, I see you ne prend justement pas trop de risques à être incohérent, puisqu’il utilise des éléments narratifs simples. Il fallait en revanche y penser. Mais I see you est une parfaite illustration de tous les films qu’on peut se faire parfois (couverts qui disparaissent, l’impression d’entendre des gens parler, appareil qui s’allume…).
C’est aussi une manière de montrer la surabondance qui en devient futile (une si grande maison pour seulement 3 personnes?!). Mais elle en devient aussi le danger, au lieu de protéger.
Par ailleurs, la question de classe se pose à l’intérieur même du foyer qui est pourtant riche. Le mari pointe les inégalités entre le milieu de sa femme et le sien.

Si la manière de voir des phénomènes est lié à un point de vue, les personnages aussi. L’autre point fort d’ I see you est de nuancer ses personnages. Ceux que l’on pensait comme “bons”, ne le sont finalement pas vraiment. Et l’inverse est vrai. Mais I see you va plus loin, car si le renversement est classique, le fait que les personnages “renversés” reste ambigus l’est moins. Une belle illustration que la zone grise est partout, même s’il y a évidemment des degrés de gravité.

Et la représentation des genres?

Si on évoque I see you d’un point de vue représentations des minorités, il s’en tire plutôt bien. La femme gagne les plus gros revenus, le tueur est un flic blanc, le fauteur de trouble dans la maison est un homme blanc. Mais il y a une cheffe flic noire, un enquête en chef noir, une jeune fille pauvre métisse. Et la question de la couleur n’est pas évoquée. Les statuts CSP sont divers donc on ne peut pas en déduire une association en fonction de la couleur de peau.

Oh happy end…

Je ne peux qu’applaudir mains et pieds sur le parti pris final d’ I see you. Celui de délibérément signifier que le passé d’un agresseur n’est pas une raison pour excuser des actes. Ce qu’il a pu subir ou vivre, on s’en fout, ça ne peut pas être une excuse pour commettre de la violence sur autrui. Expliquer oui, excuser non. Et c’est ce que le tueur essaye de faire sentant sa fin proche.

I see you n’est évidemment pas parfait. On passera sur les interprétations en général qui restent très superficielles. Même Helen Hunt a du mal à tirer son épingle du jeu, restant globalement neutre quelle que soit les situations. Difficile de développer une empathie.
Reste Libe Barer qui joue la compère naïve au grand coeur qui dégage une réelle tendresse.

Enfin, il aurait été bienvenu que le final soit plus sombre, plus désespéré. C’est sans doute la seule véritable incohérence d’ I see you. Car si les hasards sont possibles, la probabilité que le système comprenne aussi facilement cette situation l’est beaucoup moins.

I see you d’Adam Randall
Avec Helen Hunt, Jon Tenney, Libe Barer et Owen Teague
Scénario: Devon Graye
Photographie: Philipp Blaubach
Montage :Jeff Castelluccio
Pas de sortie prévue

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