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[Analyse saga] Freddy Krueger, cauchemar éveillé

[Analyse saga] Freddy Krueger, cauchemar éveillé

A Nightmare On Elm Street, ou l’épopée sanglante de Freddy Krueger est une saga emblématique du cinéma d’horreur.
La saga de Freddy Krueger brasse beaucoup d’idées, de thèmes, de références cinématographiques. 
Je vous propose une analyse de chaque film, un bilan. Mais également les points qui auraient pu être abordés selon moi dans la saga.

Freddy Krueger fait parti de ces symboles pop incontournables du cinéma de genre.
Est ce lié à la thématique du rêve se confondant avec la réalité qui nous fascine? Est ce le visage défiguré de Freddy qui fait de lui un des croquemitaine des plus effrayants?
La saga s’étale sur presque 30 ans. Elle a forcément des choses à dire non?

SOMMAIRE

1-A Nightmare On Elm Street (Les griffes de la nuit)

2-Freddy’s Revenge (La Revanche de Freddy)

3-A Nightmare On Elm Street 3, Dreams warriors (Les Griffes du cauchemar)

4-A Nightmare On Elm Street 4, The Dream Master (Le cauchemar de Freddy) 

5-A Nightmare On Elm Street 5, The Dream Child (L’enfant du cauchemar)

6-Freddy’s dead: The final nightmare (La Fin de Freddy, l’ultime cauchemar)

7-New Nightmare (Freddy sort de la nuit)

8-Freddy VS Jason

9-A Nightmare On Elm Street (remake)

Bilan de la saga

1-A Nightmare On Elm Street (Les griffes de la nuit)

Nancy, est une adolescente poursuivie dans ses cauchemars par un croquemitaine au visage brûlé, Freddy. Armé d’une main gantée de griffes acérées, celui-ci s’attaque également à ses ami-es. Nancy est contrainte de lutter à la fois contre le sommeil, et contre les griffes de Freddy.

Horreur, gloire et saignée

En 1984, Wes Craven fait déjà sensation avec des oeuvres radicales. Il a fait une entrée tonitruante avec son premier film La Dernière Maison sur la Gauche, et récolté des récompenses avec La Colline a des Yeux. Son univers brutal devra forcément rencontrer un succès digne d’un Halloween.
Wes Craven s’inspire du monde réel en reprenant une anecdote d’une personne morte dans son sommeil qui refusait de dormir par peur. Il puise dans un traumatisme d’enfant d’avoir vu une vieille personne par la fenêtre le fixant. Et Craven associe le nom d’un ancien de ses bourreaux portant le nom de Freddy, et voilà Nightmare On Elm Street prend forme sous le nom de Freddy Krueger.

Elm veut dire “orme”, qui est un arbre avec des feuilles dentelées. Mais c’est aussi un arbre qui était considéré avoir des vertus guérisseuses.

Dans Les Griffes de la Nuit, Wes Craven manie à la fois des scènes graphiques où l’on retient son souffle, avec un ton potache. Même si Nightmare On Elm Street ne contient pas d’humour à proprement parler comme dans Scream, on sent en revanche un amusement certain à jouer. La notion de jeu se retrouve dans les comptines chantées pendant le jeu de cordes à sauter, lorsque que le petit ami de Tina s’amuse à faire peur, ou encore les parties de cache cache avec Freddy.

Saint Freddy

En revoyant Nightmare On Elm Street, j’ai été particulièrement frappée de la place de la religion (que l’on retrouve de manière encore plus marquée dans les épisodes suivants). En plus de la comptine où le crucifix est explicitement cité comme outil de rempart contre Freddy Krueger, on le retrouve dans les chambres des jeunes filles uniquement. Nancy le saisit également le tenant comme une amulette.
Et si on se penche sur les significations données par les cauchemars à travers les époques, la religion tient une grande place. En effet, dans la première partie du Moyen Âge, l’Eglise n’acceptait pas que les morts (sauf les saint-es évidemment!) puissent communiquer avec les vivants. Par conséquent, les cauchemars étaient expliqués par les démons venant tourmenter le sommeil (en utilisant les légendes païennes, responsables de tous les maux).

Nightmare gaze

Tu donnes ta langue au chat?

Comme souvent chez Craven, si la jeune fille est en fleur, elle s’avère surtout déterminée. Et dans Nightmare On Elm Street, Nancy évolue de cette manière. Douce et attentive au début, elle redouble d’ingéniosité et de rage pour en finir avec son démon. Par ailleurs, on assiste également à sa plongée dans une folie, nourrie par le manque de sommeil. Un état que l’on pourrait qualifier d’hystérie. Et l’hystérie c’est aussi une notion liée aux cauchemars. Grâce à Freud (non), l’hystérie des femmes, victimes de cauchemars violents, serait liée à une frustration sexuelle. Et ces désirs frustrés se masquent à travers les cauchemars.
Or, Nancy est vierge, et refuse les avances de son copain joué par Johnny Depp (avec qui on a toujours plaisir de voir la coupe de cheveux). Ca serait donc la métaphore ici du désir sexuel refoulé, réprimé par l’Amérique puritaine.
D’ailleurs, comme dans Halloween, c’est la copine qui couche et qui jouit qui en prend pour son grade.

La scène du meurtre de Tina fait d’ailleurs aussi en cela écho à l’Exorciste. Les exorcismes qui sont aussi liés à cette notion d’hystérie (qualificatif uniquement féminin je le rappelle). On assiste à la souffrance de Tina, sans voir Freddy. On est aux côtés de son copain, qui subit lui aussi, impuissant, la scène.
D’ailleurs, même si les personnages masculins sont aussi tués, ils ne sont jamais montrés dans un état second. Ils sont surpris dans leur sommeil et aussitôt exécutés par Freddy (l’un en étant pendu dans sa cellule, l’autre servant à refaire la peinture du plafond).
Contrairement avec Nancy où on est en plein female gaze. On vit avec elle sa lutte acharnée (contrairement aux autres personnages où on ne peut que constater la mort de loin). Pour autant, le personnage de Nancy manque cruellement d’incarnation. Elle est un personnage proche de Laurie Strode, calibré pour répondre aux besoin du scénario (à savoir être faible quand il le faut, forte quand l’action doit avancer).

Alice au pays des horreurs

La notion d’enfermement est aussi prépondérante dans Nightmare On Elm Street. Nancy et ses amis sont prisonniers dans leurs cauchemars évidemment, et donc par Freddy. Ils se retrouvent régulièrement dans des culs de sac. La mise en scène use de procédés pour illustrer ce piège (personnages entre deux poteaux, filmés à travers une grille…). Mais les protagonistes sont aussi piégés par leur sommeil, qui vient inévitablement les cueillir. Et Nancy finit même par être enfermée par sa propre mère. Ainsi, sa maison, symbole de sécurité, devient son piège mortel.
Une sorte d’Alice, piégée dans un monde hostile, sans fin, qui reviendra inévitablement.
Ce qui m’amène à dire aussi que ce que j’aime bien chez Wes Craven c’est que malgré la bonne volonté des adultes, ils sont défaillants. Ils tentent de bien faire mais ils sont soit tourmentés par leurs propres traumatismes, soit limités par leurs propres certitudes. Ainsi, en plus de la mère de Nancy qui court à la perte de sa fille mais aussi de la sienne, le père de Nancy s’avère incapable de comprendre, vissé dans son rôle de policier.

Le film coûte à peine 2 millions d’euros (une misère) et en rapporte 25,5 millions. Wes Craven tient son premier succès populaire, grâce à Freddy Krueger.

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