Je ne sais pas si le documentaire de genre existe, mais Pour Sama est sûrement l’un des films de genre qui m’a le plus terrifiée. Et que j’ai ressenti comme particulièrement violent.

Pour Sama retrace le quotidien d’un couple à Alep, en Syrie. Ville assiégée par Bachar el Assad, Alep est filmée par Waad al-Kateab, dont le mari est médecin dans l’hôpital de fortune dressé par les survivant-es.

Un bébé qui gazouille avec sa maman. De la douceur dans le regard de ce petit être. Et soudain, un bruit assourdissant met en alerte tous les sens. Dans un format found footage à l’américaine, le-a spectateur-rice est plongé-e dans l’enfer. Où sommes nous? Où devons nous aller? Qu’est ce qui se passe? Une des introductions les plus saisissantes de ces dernières années. Parce que si le format found footage est familier, être au cœur d’une situation de guerre réelle, l’est beaucoup moins. La force de son impact n’en est que décuplée.

Je n’aurais jamais cru que le monde aurait laissé faire ça.

Waad al-Kateab

Un document de guerre inédit

Les images tournées par Waad al-Kateab sont inédites. Jamais de mémoire je n’ai vu un témoignage aussi près de l’horreur. Car, la particularité dans Pour Sama, c’est la durée. Waad al-Kateab et son mari sont des résistant-es, des héro-ïne-s au sens le plus strict et noble du terme, qui décident de rester, de lutter à l’intérieur d’Alep. Malgré les bombes, malgré la faim, malgré le sang qui coule. Cette mort qui peut frapper n’importe où, n’importe quand, et n’importe qui. Il est là le summum de l’horreur. Waad al-Kateab montre ce que personne n’ose porter à l’écran; des enfants qui souffrent, et qui meurent. Et ce n’est ni complaisant, ni voyeur. C’est nous faire prendre conscience de cette réalité. Le but de Pour Sama est là: nous montrer à nous, communauté internationale ce que Bacha el Assad a fait. Et ce que nous avons laissé faire.

Mais Pour Sama, comme son nom l’indique est avant tout dédié à la fille de Waad al-Kateab et de son mari. Née au milieu de la mort, Sama évolue dans un monde détruit, mais entourée d’une force humaine incroyable. C’est ce qui en fait un bébé à part, développant des aptitudes inhabituelles.

Comment justifier de rester, de risquer la mort? C’est à ces questions que le documentaire répond.

Un objet cinématographique soigné

Mais la qualité du sujet de Pour Sama n’occulte pas sa valeur cinématographique. La narration est soignée, on évolue progressivement avec Waad al-Kateab, ce qui renforce notre empathie déjà grande pour elle. Des plans réalisés à l’aide de drones permettent d’avoir une vue d’ensemble d’Alep, qui permet d’alterner habilement avec les plans à la première personne.
Détruite peu à peu, Alep se transforme en ville fantôme et en cimetière. Et pourtant, le couple et leur entourage redoubleront d’efforts pour défendre leur ville qu’il-elle-s aiment tant. Et qui abrite aussi leurs valeurs.

On est tantôt sidéré de tant de volonté et de courage, tantôt gagné par l’incompréhension face à ces vies dont les priorités sont tant en décalage avec le commun des mortels.

S’il fallait une illustration de ce que l’amour peut soulever comme montagne, Pour Sama en est une, si ce n’est la meilleure. Et sans guimauve, sans édulcorer quoi que ce soit. Car c’est bien l’amour entre deux êtres, maternel, paternel, de sa ville, de son pays, de ses principes qui permet à Waad al-Kateab et son mari de se surpasser.

Pour Sama est un objet d’histoire indispensable, très dur (il faut avoir le moral avant de le voir), qui doit être vu. C’est le moins que l’on puisse faire.

Pour Sama,
Réalisation: Waad al-Kateab et Edward Watts.

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