Comme chaque année, Les Utopiales propose une sélection de longs métrages internationaux en compétition. On regrette l’absence totale des femmes, que ça soit les réalisatrices, ou dans la composition du jury. 9 films en compétition, j’ai pu en voir 4.
Assassination Nation de Sam Levinson est le long métrage qui a gagné le prix du jury et Freaks de Zack Lipovsky & Adam B.Stein celui du public.

1-Lifechanger, de Justin McConnel (Canada)

Le sujet:
Une entité doit prendre possession de corps en corps pour survivre.

L’avis:
Lifechanger fait clairement référence au Témoin du Mal, de Gregory Hoblit (1998). Cette entité maléfique qui navigue de corps en corps pour arriver à ses fins.
Ici, l’intérêt majeur du long métrage réside dans le fait qu’on pense que cette entité serait par nature mauvaise (après tout elle tue froidement et facilement ses proies), mais qui s’avère plus complexe. Habitée par l’amour envers une femme avec qui elle a des contacts au fil du temps, et sous différents aspects humains, homme ou femme, on finit par être attendri par ce personnage. Après tout, cet être ne fait que ce que nous faisons, humains, pour vivre: tuer des proies.  L’évolution du personnage et de ses réflexions (que se passerait il si je me laissais mourir?) offre un final surprenant et apaisant, bien qu’un peu bâclé.

Autre point fort de Lifechanger: les dialogues sont plutôt bien écrits, les voix off également, ce provoque une réelle empathie pour les personnages.
Lifechanger est par contre plombé par une mise en scène inexistante, des scènes longues et complètement inutiles à la narration (la fuite d’un des personnages suite à la diffusion de son portrait; la police ayant découvert les meurtres. On s’en fout royalement, c’est clairement pas l’enjeu initial du film).
Un bon moment, mais Lifechanger ne marquera pas les esprits.

2-The man with the magic box, de Bodo Kox (Pologne)

Le sujet: 
Dans un monde futuriste, un agent d’entretien vit une histoire d’amour avec une femme travaillant dans le même immeuble. Mais un poste de radio vintage vient perturber le cours du temps..

L’avis:
The man with the magic box est un long métrage qui brille d’abord par sa photographie qui rappelle des films comme Brazil de Terry Gilliam, et plus récemment La forme de l’eau de Guillermo Del Toro. Un mélange de vert, de brume, de carreaux noir et blanc, qui installent une ambiance anxiogène, peu avenante.
Sur fond d’agents secrets et d’expériences plus ou moins paranormales, le film crée beaucoup d’émulsions et d’actions pour un final sans intérêt. On oublie rapidement l’existence de la radio, qui passe clairement au second plan.
Heureusement, les acteur-rices sauvent le film, l’un jouant avec finesse l’amoureux éconduit mais tranquille, l’autre simulant avec efficacité une carapace (pour se protéger de quoi? On se le demande). On peut également noter quelques pointes d’humour pertinentes, qui font mouche.
Le vrai sujet du film s’avérant être une histoire d’amour perdue dans le temps.

3-Assassination Nation, de Sam Levinson (USA)

Affiche rouge

ATTENTION COUP DE COEUR! J’ai donc consacré un article à part entière sur ce long métage qui vous donne une bonne claque.

4-Freaks, de Zack Lipovsky & Adam B.Stein (USA)

glace

Le sujet:
Une fillette de 7 ans vit recluse avec son père, qui craint des attaques meurtrières…

L’avis:
C’est un peu ma déception du festival. Le pitch de ce long métrage était prometteur. Je suis toujours friande de la présence d’enfants dans le cinéma de genre, élément narratif tabou dans ce type de film, et qui donc peut s’avérer intéressant, soulevant des problématiques pertinentes.
Pour couronner le tout, le programmateur de la sélection survend le film en disant que depuis qu’il est montré en festival en septembre, il est étonné que ni journalistes, ni festivalier-ères n’ont spoilé la fin, qui s’avère être surprenante. Freaks serait même un tournant dans le cinéma de genre. Spoiler alert du coup: non. Le film est plutôt bon, mais original, non.

Commençons par ce qui fâche. Freaks retrace en fait le combat de personnes dites “anormales” pour avoir le droit d’exister dans une société hostile. Celle ci a surtout peur de son incapacité à maîtriser des êtres plus performants. Ça vous dit quelque chose? Comme X Men? District 9? Planète Hurlante? La planète des singes? Les tortues Ninja? (joke). Bref, la surprise tourne vite court, car le secret est vite dévoilé.
Non seulement, l’enjeu du film est classique, mais en plus les éléments narratifs à l’intérieur le sont aussi (communication mentale, possession des esprits, fatigue des protagonistes suite à une grosse concentration….). C’est finalement la première demi heure qui est la plus intéressante. On navigue entre ce qui nous semble être un rêve, un cauchemar, du paranormal ou l’imagination d’une enfant qui donne un petit côté Alice aux Pays des Merveilles.

Mi freaks, mi raisin

Là encore, le long métrage est sauvé par l’interprétation des acteur-rices, notamment la petite fille. Elle est quasiment sur tous les plans, et parvient à parfaitement transmettre la peur, le besoin d’amour, la quête, la force, le combat…
Le décor de la maison transformée en bunker est réussi, on y croit, et les effets spéciaux s’en tirent plutôt bien malgré la petite équipe et le budget réduit.
Ces deux éléments font que je ne me suis pas ennuyée. De là à dire que Freaks restera dans ma mémoire…

En tout cas, depuis il a fait la tournée des festival et a fait sensation. J’ai lu plusieurs articles à son sujet et il a l’air d’avoir été plutôt bien apprécié dans l’ensemble.

5-Worlds of Ursula K. Le Guin d’Arwen Curry- Documentaire

femme en violet

Quatre documentaires étaient projetés cette année, mais je n’ai eu le temps d’en voir qu’un. Il s’agit du long métrage Worlds of Ursula K.Le Guin, une auteure célèbre en Science Fiction (que je ne connaissais pas). Elle est décédée en janvier 2018, à 88 ans.

Ursula K.Le Guin donna l’impulsion de nouveaux genres, et il est considéré qu’Harry Potter n’aurait pu exister sans elle.
J’ai retenu deux séries de romans à lire: Dépossédés, réflexion sur une société anarchique, et La main gauche de la nuit où les personnages sont asexués, dans un monde climatique difficile.

N’ayant pas sa langue dans sa poche et féministe en décalage (en pleine révolution féministe des années 70, elle tient à son mariage heureux, et s’épanouit au foyer avec trois enfants), elle consacre chaque jour du temps pour écrire.
Ses difficultés étaient double: le genre de science fiction en littérature n’était pas reconnu à l’époque, considéré comme un sous genre (ce qui fait écho à la situation du cinéma de genre en France par exemple). De plus, c’était une femme, dans un monde d’hommes (et plutôt machos).

J’ai beaucoup aimé le fait qu’elle accepte parfaitement que ses œuvres soient critiquées. Elle a en plus, la capacité d’écouter et de remettre en cause ses écrits.

Le documentaire suit une chronologie classique mais quelques passages de ses livres sont brillamment animés. Le film est très efficace pour faire dévoiler cette auteure et donner envie de se plonger dans les écrits d’Ursula K.Le Guin. Une belle découverte.

Il se trouve qu’entre temps j’ai lu La Main Gauche de la Nuit et que je n’ai pas été convaincue. La fin du livre est plutôt prenante, mais l’ensemble du livre et relativement froid et les éléments liés aux personnes transgenres ne sont pas exploitées.

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