Becky est un film du duo Jonathan Milott et Cary Murnion (plus connus pour Cooties). Entre survival et home invasion, ce thriller sanglant y va à fond. Et malgré des maladresses, Becky se distingue par un personnage féminin original et un montage efficace.

Becky 13 ans, est en conflit avec son père. Lors d’un séjour dans leur maison de campagne, des évadés de prison prennent la famille en otage. C’est le début d’un affrontement entre Becky et ces intrus.

Sur la base d’un pitch très basique, Becky cache finalement de véritables atouts. Lulu Wilson (vue dans la série The Haunting of Hill House) incarne Rebecca, dit Becky. Mais c’est surtout la présence de Kevin James (oui c’est bien lui sur l’affiche) qui étonne ici, tant il est à contre emploi. Une manière déjà de nous dire que nous ne sommes pas rendu-es au bout de nos surprises? Attention spoilers!

Becky dit Rebecca

Quand le titre d’un film porte le prénom d’un personnage du film, ce n’est jamais anodin. C’est déjà une manière de montrer au spectateur quel sera le personnage clef du film (qu’ils soit principal ou pas). Rebecca est la femme d’Isaac dans la bible, elle est l’une des quatre mères. Une mère qui oeuvre pour son fils préféré Jacob, au détriment de son fils aîné. Une personnalité donc contestable et ambigue…

Mon double moi

Et cette caractéristique est démontrée dès l’ouverture du film. Grâce à un montage habile, Becky (Lulu Wilson, vue dans Ouija les origines) est associée au personnage désigné comme le méchant. Un détenu, Dominik (Kevin James) à l’apparence massive, dont la détermination est immédiatement perceptible.
Un montage vient appuyer cette ambiguïté en présentant un lien entre Becky et Dominik. A ce stade, l’ambiguïté est totale, dans le but d’éveiller l’intérêt du public. Les deux personnages sont ils liés? Est ce le symbole d’un duel? Ca a le mérite en tous cas de dynamiser tout de suite le récit.

Becky est en plein deuil. Elle a perdu sa mère suite à une maladie. Elle perd également son père, qui refait sa vie, en tentant de l’inclure maladroitement. C’est donc une jeune fille de 13 ans, qui démarre son adolescence avec déjà beaucoup de colère. Elle est filmée d’ailleurs en dehors de la sphère familiale. Et ses seuls repères de confiance sont ses chiens. D’ailleurs à travers la description de la chienne, le père évoque en toute bienveillance et conscience du problème, la personnalité de sa fille.

Par la suite, Becky apparait comme une sorte de double de Dominik. Le montage ne cesse de les lier, notamment dans les moments de tension. Et la caméra se resserre toujours sur Becky à la fin de leurs échanges. Comme si la violence de Dominik la piégeait petit à petit. Les plans sur une araignée qui piège un insecte posé sur sa toile appuient cette sensation.
Plus le temps avance, et plus Becky monte en intensité dans sa brutalité.
Et comment ne pas évoquer le final, où Dominik ne peut qu’admettre la force redoutable de Becky qui le fascine. Tout comme le dernier plan du film qui indique au public de quel côté Becky a basculé.

Ange ou démon?

Becky possède une autre caractéristique renvoyant à une certaine ambiguïté. Alors que l’ensemble des personnages semblent être cadrés par des enjeux clairs, leurs décisions sont constamment soumises à des paradoxes intérieurs.
Becky penche pour coopérer et alors que son adversaire joue la mauvaise carte, elle bascule complètement à l’opposé. Et redouble de violence.
Robert Maillet qui joue l’armoire à glace parait sans concession. Puis montre de la compassion. Mais est convaincu par son patron de continuer. Pour finalement de nouveau changer d’avis en étant confronté à Becky. Et donc à ses actes passés.

Là où le personnage de Becky m’a intriguée, c’est qu’elle n’est pas présentée comme une victime de sa situation familiale. Et la rage qui l’anime dès le début du film ne nous attendri pas, face à un père qu’on devine aimant bien que maladroit.
On a au final du mal à se faire une opinion sur sa capacité à discerner le bien du mal. On sait qu’elle se défend et qu’elle est poussée dans ses retranchements. Et en même temps, elle se permet de commettre des atrocités non nécessaires à sa survie. Mais pour autant, on sait aussi que ses adversaires sont redoutables. Ce n’est pas elle qui vient délivrer sa belle mère et son fils, elle n’apparaitra jamais comme sauveuse.

A t elle toujours porté cette brutalité en elle? Ou les traumatismes sont ils les déclencheurs?

Sang pour sang Becky

Alors que le ton du film ne semblait pas prendre cette direction, Becky s’avère particulièrement graphique. Même si des scènes sont à mon sens inutiles (la coupure de l’oeil!), la plupart témoignent de la violence qui habite Becky pour les raisons évoquées plus haut. Sachez que le film ne vous épargnera pas ceci dit.
Et le film s’arrête sait suffisamment où s’arrêter pour ne pas basculer dans le ridicule.

Une enfant qui ne veut pas grandir

Contrairement à la plupart des films de genre qui ont un personnage féminin principal, il n’est pas question dans Becky d’évoquer le passage à l’âge adulte, à l’émancipation ou encore à l’adolescence. Cela reste évidemment mon interprétation de Becky, mais pour moi, le sujet du film se situe ailleurs. A savoir, comment une petite fille qui arrive tout juste dans l’adolescence refuse de grandir. Malgré une mise en place des schémas habituels rappelant un classique cheminement d’émancipation, Becky évoque avant tout une plongée totale dans la violence (physique et psychologique) que subit et fait subir une jeune fille qui devraient la forcer à grandir. Mais Becky s’y refuse. Un female gaze inhabituel.

Cette métaphore s’illustre notamment à travers les décors. Son champ d’attaque se situe dans le jardin de sa maison de la petite enfance liée à sa mère. Il y a aussi sa cabane qui sert de refuge, de lieu pour élaborer son plan de défense. Elle se servira aussi de ses jeux, babioles, crayons, pour confectionner ses armes (un pistolet à eau peut avoir des ressources!). Elle choisit le jeu de talkie walkie pour communiquer avec les bourreaux.
Alors qu’elle a déjà fait preuve de brutalité pour le moins saignante, elle redevient petite fille quand un des complices s’attaque à son chien.
Enfin, le dernier plan du film la montre mangeant des bonbons.
Même si on sait que Becky va contre attaquer, on ne sait pas de quelle manière elle va utiliser ses ressources d’enfant pour en voir le bout. Car elle reste une jeune fille frêle en comparaison. Et pourtant, chaque attaque est c

On retrouve également l’aspect enfantin de Becky dans Dominik. Par exemple, il s’installe avec son otage autour d’un feu de camp, et se met à griller des marshmallow. Il prend également plaisir à “jouer” au chat et à la souris avec Becky.

Becky nous plombe aussi

Malheureusement Becky perdra sans doute du public en chemin en raison de ses incohérences. Comme l’écriture de la plupart des personnages. L’armoire à glace au grand coeur qui frise le grotesque. Ou encore le fils de la belle mère de Becky qui non seulement n’apporte rien à l’histoire, mais en plus est plombé par un mauvais jeu d’acteur.

Si on a de l’empathie pour le père de Becky, le personnage et l’interprétation restent fades. De la même manière Amanda Brugel (vue dans La Servante écarlate) peine à convaincre en belle mère qui tente de se faire une place. Difficile de développer donc une véritable empathie.

Le montage se révèle aussi parfois hasardeux (Dominik en flamme, un plan au ralenti sur Becky, et Dominik ne brûle plus…?).
Ces éléments pénalisent parfois une narration qui est pourtant intelligente par ailleurs.

Becky pourra rebuter par certains aspects mal maitrisés. Mais le traitement du personnage féminin associé à un montage dynamique propose un résultat assez inhabituel qui mérite le détour.

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