Bliss est réalisé par Joe Begos en 2019, avec Dora Madison et Tru Calling. Il raconte la descente aux enfers de Dezzy, jeune artiste peinte en mal d’inspiration. En testant une nouvelle drogue appelée “bliss”, elle va se perdre dans la folie de Los Angeles avec son amie Courtney.

Accrochez vos ceintures. Et bien. Bliss est un véritable tourbillon qui, une fois qu’il vous a emmené-e, ne vous lâche plus. Non que le film soit particulièrement insoutenable (bien que quelques scènes bien gore pourraient vous surprendre), mais Bliss est comme une expérimentation de la défonce, de la douleur, de la suffocation.

Sous prétexte d’un postulat bateau (Dezzie est une artiste peinte en galère financière et d’inspiration), Bliss explore la thématique de la solitude, des connexions entre la création artistique et les émotions. Tout cela, en revisitant le mythe du vampire. Et vous allez me dire que le programme est ambitieux, ce n’est pas faux.

Vampire, vous avez dit vampire?

Dezzie est perdue à tous les niveaux, comme on peut le constater dans sa vie personnelle (la relation avec son copain est bancale), professionnelle, financière, et bientôt amicale. En prenant de la “bliss”, elle lâche prise sexuellement, artistiquement, mais surtout personnellement. Ses trous de mémoire l’empêchent de distinguer la réalité, et elle perd pied de plus en plus.
Paradoxalement, la ville de Los Angeles est dépeinte comme un endroit petit, très limité. Les décors se limitant à un appartement, une maison, deux bars, la ville agit comme un piège qui se referme petit à petit sur Dezzie. Et le cadrage sur Dezzie accentue cet effet.

Dans ce contexte, les éléments narratifs qui découlent du vampirisme sont idéaux pour Bliss:
-La nuit est propice à la déchéance et au lâcher prise,
-Une personne qui profite de la faiblesse d’un personnage pour le happer,
-Le sang comme métaphore de la drogue avec toutes ses conséquences (manque, booster…),
-L’artiste et/ou ses œuvres immortel-les.
Et malgré quelques exceptions comme Nous sommes la nuit de Dennis Gansel, et surtout le superbe A girl walks home alone at night d’Ana Lily Amirpour, les personnages féminins de vampires qui sont principaux sont assez rares.

Spice girls

Ici Courtney (qui fait grandement penser à Courtey Love, entre lunettes de soleil, blondeur, et vie nocturne), est la maitresse de nuit qui fait tomber Dezzie. Par contre, on se demande bien quel intérêt elle a dans la vampirisation de Dezzie. A part avoir comme projet de contaminer Los Angeles petit à petit?
Le couple qu’elle forme avec son accessoire de compagnon, fait clairement référence à Only Lovers left alive de Jim Jarmusch (autre film s’inspirant du mythe du vampire).

Dezzie quant à elle, attire notre empathie par le choix de mise en scène de Begos. Car le personnage en lui même semble peu compréhensible. Dès le début elle est désagréable, fait directement des choix qui vont la faire d’autant plus plonger. A aucun moment elle n’est montrée comme véritablement humaine finalement. Le-a spectateur-rice est au cœur des actions et émotions de Dezzie. Elle est au centre de tous les cadres. Même dans sa voiture, pas un plan sur autre chose qu’elle, conduisant, cherchant des réponses à ses problèmes. Et plus Bliss avance, plus on est proche d’elle. Joe Begos cherche sans ambiguïté à ce qu’on soit en empathie totale avec elle. Et ça marche. J’ai fini par m’imaginer à sa place ressentant de tels douleurs. Bliss réussit à nous fait éprouver une tendresse envers son héroïne.
Dezzie est interprété par Dora Madison, vue surtout dans des séries TV et notamment Dexter. Elle est bluffante. Ce rôle a dû être très éprouvant, tant elle passe par des émotions fortes. Elle est constamment dans la justesse, n’en faisant jamais trop malgré une répétition d’insultes similaires…

En parlant de dialogues, Bliss ne brille pas. En effet, il n’y a aucune subtilité, réflexions, les personnages s’échangent des mots dans le but de faire progresser le récit.
Les personnages secondaires sont totalement négligés et permettent plus de faire avancer l’intrigue qu’autre chose.

Balance ton bliss

Bliss a un côté que l’on pourrait appeler clippeste. Ses couleurs, son montage furieux, fait penser à Climax ou Enter The Void de Gaspard Noé. C’est rouge, c’est violet, en mode trombinoscope, il ne faut pas être réticent-e à ce genre d’images. La particularité de Bliss c’est de ne pas faire de réelle distinction entre les moments de transe, sanglants, et les moments que l’on sait plus posés. Dezzie est constamment dans l’urgence (de sang, de comprendre, d’inspiration), donc aucune respiration n’est possible. Une manière de montrer que l’état de transformation du personnage ne le quitte jamais vraiment.

Enfin, pour les fans du genre que je suis, Bliss propose quelques scènes bien saignantes très bien orchestrées et on nage dans le sang pour notre plus grand bonheur.
Gros bémol, le dernier quart d’heure de Bliss est une mascarade grotesque reflétant un male gaze effarant. Crêpage de chignons à moitié nu, gros plan sur le string de l’héroïne face à sa peinture finalisée. Évidemment tout ça dans le sang, non sans rappeler un combat de boue.

En résumé, Bliss est un excellent film de genre, qui se démarque par sa réalisation détonnante qui nous plonge efficacement dans une abysse qu’on aimerait ressentir plus souvent. Pas au top de la subtilité mais suffisamment novateur pour nous accrocher, Bliss mériterait qu’on en parle plus.

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