A girl walks home alone at night est le premier film de l’américaine d’origine iranienne, Ana Lily Amirpour. Sheila Vand tient le rôle principal avec Arash Marandi à ses côtés.
Dans une ville étrange appelée “Bad City”, une jeune femme couverte d’un tchador erre la nuit. Sa dangerosité n’a d’égale que de son mystère…

Après avoir visionné A girl walks home alone at night, je vais lire des critiques comme à mon habitude. Et j’ai pu constaté que les avis étaient partagés. Les uns crient au chef d’œuvre, les autres crient à l’ennui.
Il faut dire que le film d’Ana Lily Amirpour ne choisit pas la facilité pour son premier film. A girl walks home alone at night est un film en noir et blanc, avec peu de scènes d’actions comme on pourrait en attendre de la part d’un film de genre.

Si le vampire m’était conté

Tourné dans une ville abandonnée des États Unis, A girl walks home alone at night prend le parti de placer son récit dans une ville fictive, Bad City. Le ton est donné. Ce n’est pas sans rappeler le procédé régulièrement utilisé par Tim Burton (Batman, Edward aux Mains d’Argent, Beetlejuice). D’ailleurs, les fumées de la ville, la noirceur et l’aspect glacial de la ville peuvent faire penser à Gotham City. Et la ville de Bad City est filmée comme un vrai personnage à part entière. Qui observe, qui expire de la fumée, comme une respiration.

On ne peut éviter de rapprocher le film avec l’expressionnisme allemand, dont le but est de créer une expression du monde, non de le montrer véritablement. La photographie est particulièrement soignée, faisant ressortir les yeux, les émotions, les regards échangés dans un silence. Car la particularité du film est son aspect presque mutique. Dans un contexte où la plupart des fictions, quel que soit le genre, font place aux dialogues, aux bruits, à la musiques, au montage dynamique, ici on peut rester de longues secondes sans une ligne de dialogue, voire peu de variations de plans.
Et pourtant, ça a opéré une magie incroyable sur mon ressenti. Comme un apaisement, et un plaisir à savourer des échanges forts à travers des regards et des corps, A girl walks home alone at night s’adresse directement à la sensibilité du spectateur-rice. Ça passe ou ça casse évidemment.

Le noir et blanc est utilisé ici pour appuyer la dimension du rêve. On ne s’attache pas à la réalité quand on utilise les nuances de noir et blanc. Ainsi, les déplacements, le temps qui passe…tout est suspendu à Bad City. On nous emmène à l’intérieur d’un conte. Et un conte c’est souvent, pour ne pas dire tout le temps, horrifique.

Elle est féministe, radicale, et en colère

J’ai souvent lu que A girl walks home alone at night est un film féministe. Ce n’est pas faux: une héroïne voilée, s’en sert pour déambuler habilement dans les rues et assouvir une vengeance dont on ne connait pas l’origine. Les féministes anti voile verraient une métaphore de l’émancipation, une rébellion. J’y vois plutôt une arme, une illustration de la force que le voile peut aussi donner. Mais c’est ici libre d’interprétation. C’est également un personnage qui fait plutôt des choix défendant les femmes opprimées. Et puis surtout le titre, A girl walks home alone at night, fait clairement référence à ce que toute femme a entendu comme avertissement: ne pas se promener seule la nuit.
Pour autant, le personnage est ambigu, ses intentions et ce qui l’anime restent flous.

Une expérience sensorielle

A girl walks home alone at night offre quelques moments bien saignants qui assoit sa volonté d’être dans l’horreur. Ces séquences sont dans la première partie du film. Le reste attise notre curiosité sur le déroule de cette relation naissante entre la vampire et le jeune homme dont on ne peut deviner l’issue. Mais parallèlement, l’héroïne continue ses traques. Une idylle qui ne saura l’arrêter devant rien.
On pourrait juger une incohérence quant à la réaction du jeune homme à la fin du film. Là encore j’y vois un message on ne peut plus clair: quel que soit le statut de la personne qui commet des actes répréhensibles, la punition est nécessaire.

Sheila Vand dans le rôle de la vampire est hypnotisante. Et Arash Marandi rappelle fortement James Dean. Le couple ne s’embrasse pas une seule fois, et pourtant une tendresse se dégage de ces deux êtres qui sont déboussolés face à leur solitude, et aux mots qui manquent.
Le film ne brille pas par son scénario qui est très simpliste. C’est vraiment l’expérience sensorielle et humaine qui intrigue ici.

Pour un premier long, Ana Lily Amirpour livre un film très maitrisé techniquement, avec une vraie proposition de cinéma, et une prise de risque forte. Il vous embarquera dans son ambiance onirique, où on peut enfin se poser et profiter de douceur, tranchant avec des scènes inquiétantes.

A girl walks home alone at night d’Ana Lily Amirpour
Avec Sheila Vand et Arash Marandi.
Sortie le 14 janvier 2015
Scénario d’Ana Lily Amirpour
Montage d’Alex O’Flinn
Photographie de Lyle Vincent

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