
4-L’importance de ces représentations

Pointer ces différences ne veut pas forcément dire que c’est bien ou mal. Et encore moins dénigrer ces oeuvres, que pour beaucoup j’apprécie.
Le tabou du viol
Si on prend l’exemple du viol, c’est un crime qui concerne essentiellement les femmes. Il est donc plutôt cohérent de retrouver ces thématiques. Cela peut être une manière de pointer ce problème, notamment via le symbole du viol représenté par la possession du corps. Mais aussi de montrer que ce crime représente une réelle souffrance physique et psychologique qui elle, peut rester à vie. Et pour certaines femmes comme Virginie Despentes, ne brise pas, mais façonne la manière d’agir et de penser ensuite. Dans tous les cas, c’est une possession du corps qui n’est pas sans conséquences.
Mais il serait tout à fait opportun d’utiliser la possession aussi pour évoquer les viols commis sur les hommes.
La sexualité est l’affaire de tous.tes
Par ailleurs, la possession fait très souvent référence à la sexualité quand il s’agit d’une femme. Et là, je ne vois pas pourquoi les hommes en seraient exonérés. Les hommes draguent plus souvent que les femmes, parlent plus de sexe entre eux. Combien de pénis voyez-vous dessinés dans une salle de classe ou dans la rue, contre des vulves?
On comprend bien qu’il est question de symboliser la femme comme tentatrice, manipulatrice. Source de désir et d’excitation. Or, les hommes peuvent aussi être désirés.
La sexualité est associée au Mal, sans s’intéresser aux vrais problèmes liés à ce thème: le consentement, la culture du viol par exemple.
Là encore, tout dépend du traitement du personnage choisi. Dans Ava’s possession, la manipulation par le sexe de la possédée est là pour dénoncer les comportements sexistes de son agresseur. Alors que dans La Maison de l’Exorciste, on a la représentation de la femme tentatrice par excellence.

La religion prenant une place importante, il est logique que la sexualité soit associée au Mal. Pour autant, dans l’optique de renouveler les thématiques, pourquoi ne pas parler des véritables travers liés à ces questions? La notion de consentement encore mal comprise, la culture du viol…
Pour autant, c’est un ressort narratif utilisé qui n’est pas toujours nécessaire. La représentation du viol est délicate à traiter. Il faut qu’elle ait un sens. Expliquer une souffrance, une détermination, un trait de caractère. Ou encore l’impuissance de la société à éradiquer ce problème. Traiter de la libération de la parole ou l’incapacité de la justice à traiter correctement ces crimes. Les thèmes à traiter ne manquent pas.
Mais montrer un viol pour montrer un viol, sans connexion à l’histoire du film n’a pas d’intérêt.
On ne peut plus rien faire?
Pour les hommes, on peut en déduire que quand une force maléfique les habite, elle ne fait que renforcer leur position déjà dominante dans la société. Même si certains finissent par mourir, la liberté qu’ils continuent de bénéficier malgré leur état, fait beaucoup plus de dégâts.
Proposer des représentations différentes, c’est raconter de nouvelles histoires.
Le Mal n’est jamais du côté des femmes. Elles sont utilisées, détruites de l’intérieur, infantilisées en raison de leur comportement hystérique.
Est-ce une façon de dénoncer les pratiques abusives sur les femmes? Ou est-ce le cinéaste qui a cette vision des femmes? Pour répondre à cette question, il faudrait poser la question directement aux réalisateurs. Et à ma connaissance, jamais ce genre de questions n’est abordé lors des interviews.
Associer l’homme à des faiblesses

On sait que les hommes peuvent être hystériques. Ils subissent aussi des traumatismes spécifiques, comme la guerre. D’ailleurs, on pourrait presque faire le lien avec l’Echelle de Jacob. Le film évoque des visions, de la folie, mais pas de la possession. Alors que la drogue évoquée dans le film qui a rendu violents les soldats, peuvent tout à fait s’inscrire dans une histoire de possession.
Par ailleurs, ils peuvent aussi être touchés par l’épilepsie. Autre état qui peut faire penser à la possession. C’est évoqué dans L’Exorcisme d’Emily Rose. Et pour avoir vu des crises, oui cela fait clairement écho.
Le renouveau c’est beau
Dans tous les cas, il serait temps de proposer des représentations différentes. Car ce sont des films qui raconteront forcément des histoires nouvelles. Et comme je l’écris souvent, il ne s’agit en aucun cas de censure. Mais bien de diversifier les propositions artistiques.
Avez-vous le sentiment de découvrir régulièrement des films sur la possession qui renouvellent le genre? Combien de fois entendons-nous des cinéphiles se plaindre du manque d’originalité des films? Donc je ne saisis pas en quoi attendre de nouvelles représentations serait néfaste pour la création artistique.
Au contraire. C’est une chance de surprendre à nouveau le public. Et le sous genre de la possession en a besoin!
Films cités sur la possession:
- L’Exorcisme d’Emily Rose,
- L’Exorciste,
- Ava’s possession,
- Belzebuth,
- Possession of Mickaël King,
- Messe Noire,
- The Last Exorcism,
- L’Exorciste III,
- Inner Demons
- Délivre nous du mal,
- Stigmata,
- Démons,
- L’Emprise,
- Evil Dead,
- Evil Dead 2,
- Evil Dead (remake),
- Amityville,
- La Maison de L’Exorcisme
- Le cas de Deborah Logan,
- Amityville 2,
- Prince des Ténèbres,
- P La Possédée,
- Jennifer’s body,
- Exorcismo,
- Devil,
- The baby,
- Emprise,
- L’exorcisme de Molly Hartley
SOMMAIRE
1-Angle d’analyse de la possession
4-L’importance de ces représentations
Et vous? Quelles sont vos remarques sur ces films ou d’autres films de possession?
J’ai adoré cet article, la différence entre la possession des femmes et des hommes est vraiment impressionnante et les films cités méritent d’être vus !
[…] le mal, traitent de personnages en proie à des démons, voire au diable. Ces histoires de possessions donnent lieu à des exorcismes pour tenter de les libérer. C’est le sous genre idéal pour […]