Le Final Girls BerlinFilm Festival a pour vocation de diffuser des films d’horreur et courts métrages féministes et non binaires.
C’est donc un petit festival qui mérite plus de visibilité et c’est avec plaisir que je vous partage mes impressions sur les courts et longs métrages que j’ai pu voir lors de mon passage au festival qui a eu lieu en octobre 2021.

Le week-end du 31 Octobre 2021, était organisé à Berlin la seconde partie (spéciale Halloween) du festival de films d’horreur féministe le FINAL GIRLS BERLIN FILM FESTIVAL.

Le principe du festival est de diffuser des films écrits, produits et réalisés par des femmes et des personnes LGBTQ+, pour offrir de la visibilité à leurs messages. Et de montrer que des femmes peuvent aussi faire des films d’horreur et de genre.
Car ce n’est pas encore une évidence pour tout le monde. Julia Ducournau, réalisatrice des excellents Grave et Titane (gagnant de la Palme d’or à Cannes 2021), relate que plusieurs journalistes masculins étaient étonnés qu’une femme, jolie de surcroît, soit capable de produire des œuvres d’horreur aussi intense. Comme si avoir une opinion sur la violence dans la société était réservé aux hommes ou aux moches.

Ce genre de festival est important car les femmes sont toujours sous-représentées dans les métiers du cinéma. “En 2019, 67% des films n’avaient qu’entre 0 et 4 femmes impliquées derrière la caméra”.Entre 2015 et 2018, seuls 22 % des réalisateurs de longs-métrages européens étaient des femmes”. Soit à peine un point de plus que la proportion constatée entre 2003 et 2017.
En lisant des articles sur le sujet, on s’aperçoit que chaque année le système s’auto congratule d’avoir plus de femmes actives dans le milieu du cinéma, mais il y en a toujours très peu à la réalisation, à la production et dans des postes à responsabilité.

Je ne parlerais pas dans l’article de tous les films diffusés pendant ces 3 jours de festival, mais uniquement de ceux qui m’ont vraiment marquée. Si vous souhaitez connaître le palmarès complet vous pouvez retrouver des infos sur le site web et la page Facebook du festival.

À présent, pénétrons dans un monde merveilleux, un monde sans Eric Zemmour, un monde de critique sociale, de créativité et de catharsis.

1-Les courts métrages : 

#1. Social ills (Les maux sociauxparce que la société est aussi violente qu’un film d’horreur)

The tree men you meet at night

Beck Kitsis (2020)

Une jeune femme (qui a visiblement déjà passé une mauvaise soirée) rentre à pied seule dans la nuit. Sur le chemin elle croise trois hommes… 
The tree men you meet at night
joue sur cette peur qu’on a un peu tous.te vécue d’être seul.e et de subir un moment déplaisant voir carrément une agression. Le film illustre la variété de prédateurs auxquels on peut faire face au quotidien. C’est pertinent et terrifiant.
Si vous avez l’occasion regardez-le, montrez-le à vos ami.e.s et engagez la discussion.

Vidéo à découvrir ici

Hexatic phase

Ariel McCleese (2020)

Le court métrage nous présente quelques heures de la vie d’une femme après un événement traumatique.
Hexatic phase exprime à la fois le sentiment vécu après une agression sexuelle et l’effet d’érosion que peut avoir la culture du viol. Il engage la réflexion : qu’est-ce que la société considère comme un viol ? 
Froid, poisseux, aliénant, ce très court métrage va vous marquer par sa justesse et sa finesse. 

Trailer à découvrir ici

#2.  All them witches (Toutes ces sorcières)

Diabla

Ashley George (2020)

Le court métrage aborde la thématique du trauma partagé par les femmes : l’agression, l’isolement, l’injustice. Mais Diabla parle aussi de la résilience dans la solidarité féminine, la réappropriation de son corps et de sa santé mentale par la vengeance.

Mini interview de la réalisatrice à découvrir ici

The wick 

Michelle Coverley (2020)

Ce qui m’a surprise dans ce film à l’esthétique des “sorcières de Samlesbury” (Angleterre XVIIème), c’est d’apprendre qu’il y a encore de nos jours des pays où les femmes sont tuées car on les accuse de sorcellerie (Somalie, Inde, Arabie saoudite, mais aussi les USA et l’Angleterre). 

Un article du New York Times en parle ici

#3. Queer horror (segment spécial dédié aux créateurs LGBTQ+)

Coming out

Cressa beer (2020) 

Coming out est une petite pépite en stop motion qui parle de la trans-identité (dans la famille Godzilla). La mise en scène est vraiment excellente. C’est touchant, c’est drôle, ça a fait fondre le cœur de tout le public dans la salle. D’ailleurs le short a remporté la palme du festival !

Vidéo à découvrir ici

2-Les films : 

The Velvet vampire 

Stéphanie Rothman (1971)

The velvet vampire est le premier film de sexploitation réalisé par une femme : Stéphanie Rothman. C’était la première femme à intégrer l’équipe du très connu Roger Corman, à qui l’on doit un paquet de films d’exploitation à la limite du nanard comme L’attaque des crabes géants et Le vampire de l’espace, mais à qui on doit aussi la découverte de réalisateurs comme Martin Scorsese, Ron Howard, Joe Dante, James Cameron. 

Dans ce film la nudité féminine est abordée sans “male gaze”. La réalisatrice nous montre le corps nu sans découper la femme, sans l’objectifier. Pas de longs plans sur des culs, des seins, des lèvres. Les femmes sont nues mais entières et ont des lignes de dialogue qui ne servent pas les desseins du personnage masculin. Ce sont des êtres désirables et désirants qui s’expriment et agissent pour elles-mêmes.

Trailer (old school) à découvrir ici

Violation 

Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli (2020)

Violation est un rape and revenge vraiment différent. Pas de jouissance dans la vengeance, pas de guérison miraculeuse du trauma, pas de fantasme sexy-sadique-maso souvent perpétré par les réalisateurs du genre. 

Le film nous pousse à nous interroger sur la notion de consentement. La projection du désir de l’agresseur envers la victime, le nombre de fois où l’homme est sincèrement persuadé de ne pas avoir violé… On touche aussi au phénomène de “gaslighting”, du trauma vécu par la femme qui engendre la volatilité de sa propre pensée face à un agresseur qui nie avec conviction.

Violation aborde ces sujets mais sans jamais être lourd, c’est un film très dur intellectuellement mais très doux dans la narration. Montrez-le à vos potes, à votre frère, à votre mec, lancez la discussion sur le consentement.

Trailer à découvrir ici

Relic

Natalie Erika james (2020)

Petite pépite passée trop inaperçue, Relic est un film maîtrisé dans le fond et la forme, qui aborde la thématique de la vieillesse, de la sénilité, du trauma familial générationnel. 

Je ne vais pas m’attarder car il y a eu déjà beaucoup de critiques et analyses de ce film, je dirais juste que Relic aborde frontalement la thématique “family horror”. Le film peut te toucher au plus profond de toi, que tu aimes ta famille ou pas. Un film intelligent, rythmé, beau, à voir absolument !

Trailer à découvrir ici

3-Conférence : 

Douleurs “féminines” : les seins, le sang et les crocs

Conférence présentée par Pr. Patricia Pisters, professeur de culture cinématographique à l’université d’Amsterdam

Discussion très intéressante autour de la figure vampirique inhérente à la douleur et au trauma intrinsèque de la vie de femme.
Que ce soit sous le prisme physique de l’entrée dans l’âge adulte : la transformation douloureuse du corps, la perte de la tranquillité de l’enfance, les menstruations donc le sang omniprésent dans la vie de femme. 
Mais aussi sous le prisme psychique : symptôme de la violence psychologique et des frustrations subies par les femmes dans la société patriarcale. Qu’on peut illustrer par exemple par la violence des femmes envers les femmes à cause des hommes et de leur rejet des femmes vieillissantes : être envieuse des femmes plus jeunes et vouloir s’approprier en quelque sorte cette jeunesse.

Professeur Patricia Pisters, a aussi écrit les ouvrages suivants :
The neuro-image” – ouvrage qui parle du lien entre cinéma et neurosciences cognitives, philosophie et politique.
The matrix of visual culture” – ou comment l’image dans le cinéma est toujours liée à un assemblage d’affects et de perceptions de nous-mêmes.
New Blood in Contemporary Cinema” – qui parle des thèmes du genre horrifique du point de vue des réalisatrices.


Si vous voulez en savoir plus sur le FINAL GIRLS BERLIN FILM FESTIVAL, que vous voulez frissonner et vous amuser dans un environnement intelligent et inclusif, je vous invite à soutenir l’initiative. Et pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens (car soyons réalistes c’est pas donné d’aller à Berlin), les organisatrices proposent aussi le contenu en streaming sur Vimeo ! Pas d’excuse pour ne pas se culturer ! 

La prochaine édition a lieu en février 2022, n’hésitez pas à vous renseigner !

Bonus musique
Si comme moi vous aimez un bon metal stoner, l’une des organisatrices du festival est batteuse dans le groupe APTERA, un groupe 100% féminin. Bonne écoute ! Youtube / BandCamp

Enjoy !

Sources :
https://www.finalgirlsberlin.com/
https://mediastudies.nl/
https://www.cineserie.com/
https://www.obs.coe.int/
https://business.lesechos.fr/

Share this:

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *