Suites, reboot, remakes…la saga Halloween est dense et complexe à comprendre. Après plusieurs discussions à ce sujet, il m’a semblé opportun de proposer un débroussaillage de cette saga mythique (pour le pire et pour le meilleur!). Suivez le guide!

Halloween de John Carpenter (1978)

Film culte, précurseur du slasher (le premier étant Black Christmas de Bob Clark en 1974), John Carpenter, réalisateur underground, fait une entrée fracassante.

De son pas lent et assuré, Mickaël Myers avance assurément vers ses prochaines victimes, armé de son couteau de cuisine.
Après avoir massacré sa sœur étant enfant à Halloween, Mikaël Myers passe 20 ans en hôpital psychiatrique. Cette ellipse est le premier mystère qui entourera pendant longtemps le concept même de ce croquemitaine.
Échappé de l’hôpital, il est à la recherche de son autre sœur, Laurie Strode, toujours pendant Halloween. Le Dr Loomis qui l’a suivi toutes ces années, tente tant bien que mal, à le retrouver.
C’est lui qui soulève la question du Mal qui habite Mickaël Myers. Élément narratif clef, dont les scénaristes useront et abuseront par la suite, pour expliquer moultes rebondissements.

Tout a été dit ou presque sur Halloween. Je ne m’étendrai donc pas dessus, si ce n’est pour noter que malgré les années, Halloween a gardé une atmosphère particulièrement oppressante et malsaine. L’aspect implacable de Mickaël Myers fait toujours son effet. Sans parler de la bande son, composée par Carpenter, qui nous dit de presser le pas au son des notes de piano qui martèlent l’arrivée des malheurs.
Et même si le personnage de Laurie Strode n’est pas très profond (et qu’elle n’est pas loin de nous briser les tympans), elle fait face seule à son bourreau.

Par contre, on peut s’interroger sur la représentation de la sexualité. Laurie Strode incarne le puritanisme américain, le modèle à suivre (à l’inverse de ce que représente John Carpenter à Hollywood). Ce sont ses amies, faisant des folies de leurs corps, qui auront affaire à la lame de Myers. Discours très moralisateur de la part de Carpenter qui a co écrit le scénario avec Debra Hill.
Mais on peut aussi y voir une attaque du puritanisme, que l’on doit en passer par là pour en sortir grandi, évolué. Ou tout simplement les ravages de la répression de la sexualité.
A vous de voir.

Dans tous les cas, je vous conseille d’écouter cette émission de France Inter sur Carpenter, très instructive sur la démarche du réalisateur.

Halloween a coûté 300 000$ pour en rapporter 70 millions. La belle affaire!

Halloween 2 de Rick Rosenthal (1981)

Rick Rosenthal (Bad Boys) démarre sa carrière en réalisant la suite directe, Halloween 2. Toujours écrit par Carpenter et Hill, le film situe l’action directement après la fin du premier. Le Dr Loomis poursuit toujours Myers, qui poursuit Laurie Strode, transférée à l’hôpital.

Halloween 2 perd évidemment en idées de mises en scène, mais il est grandement aidé par son lieu d’action. Un hôpital comme décor est du pain béni pour un film d’horreur. Des couloirs interminables, du sang, du blanc, des outils coupants pour ne pas dire tranchants, Mickaël Myers se sent comme à la maison.
Certaines mises à mort sont marquantes, comme l’infirmière qui se vide de son sang grâce aux soins de transfusion en sens inverse, mis en place par notre croquemitaine.

Le film marchera moins bien que son prédécesseur mais sera tout de même un grand succès. Mais il est vrai que le film s’avère bien fade et les interprètes donnent le sentiment d’être en roue libre.

A noter que Rosenthal n’en aura pas fini avec Halloween, puisqu’il prendre les manettes d’Halloween Resurrection que j’évoque plus loin.

Halloween 3, le sang du sorcier de Tommy Lee Wallace (1982)

Quasiment dans la foulée du second opus sort Halloween 3, mon chouchou. Mal aimé à tout points de vue (histoire, réalisation…), c’est le vilain petit canard de la saga. Mais aussi le plus audacieux.
Et pour cause, Mickaël Myers est inexistant.

Au placard le croquemitaine, Halloween 3 se penche sur un fabricant de masque voulant éradiquer les enfants en leur faisant regarder la télé, tout en portant un masque. En voilà un projet politiquement incorrect!
Heureusement, un vague médecin enquêteur va tenter de mettre fin à ce massacre.

Piètre réalisation? Certes. Mauvais-e-s acteur-rice-s? Certes. Scénario à grosses ficelles? Ok. N’empêche, il se dégage d’Halloween 3 une odeur malsaine. L’idée et les moyens mis en œuvre (et les résultats!) sont si diaboliques et destructeurs que je suis restée happée par le film.

Il faut savoir que la télévision couleur aux USA est arrivée au milieu des années 50, et qu’à l’époque de la sortie du film, la télévision câblée existe avec 27 chaînes basiques et déjà des chaînes payantes. C’est dire si ce media a une folle puissance.
Halloween 3 a donc le mérite de soulever une problématique peu évoquée à l’époque (même si on peut évidemment noter le grand Vidéodrome de Cronenberg en 1984). A savoir la force des images, des écrans, sur nos vies et comportements (ou si la télévision nous mangera tout cru?).

Clairement il était question ici de faire partir la saga sur une toute autre direction. De faire exister le concept d’Halloween sous plusieurs thématiques diaboliques. Mais l’échec cuisant public et critique feront repartir les producteurs sur la piste de Myers.

Halloween 4 de Dwight H. Little (1988)

Six ans plus tard sort Halloween 4, ou le début des complications. Le temps d’écrire une nouvelle chasse à l’Homme de Myers en tous cas.

Jamie Lee Curtis ne voulait plus jouer dans des films d’horreur (après Fog et Le Bal de l’horreur), son personnage est tué. Et dans les pas d’Aliens le retour de James Cameron sorti en 1986, les scénaristes créent le personnage d’une petite fille, Jamie (coïncidence?), fille de Laurie Strode.
Myers se réveille d’un coup, après un coma dû à ses blessures de la fin du second opus. Le Dr Loomis est toujours aux trousses de Mickaël, et il doit être sacrément fatigué.

Zéro mise en scène, photo immonde, meurtres tous aussi plats les uns que les autres, Halloween 4 est un ratage.
Mais Danielle Harris qui interprète Jamie est la seule qui tire son épingle du jeu. Elle est touchante et plutôt habile et cohérente dans ses comportements.
On la retrouvera d’ailleurs des années plus tard dans les films de Rob Zombie, que l’on verra plus bas.

Dwight H. Little se distinguera par la réalisation de mauvais films par la suite (Sauvez Willy 2, Anacondas…). Il sera surtout aux manettes de séries (Prison Break ou Bones).

Le final fait écho au premier film, et reste marquant, tant la violence associée à un enfant reste rare et tabou. Cela assoit aussi l’aspect diabolique de Myers, comme une entité, plus qu’une personne.

En termes de box office, même si les résultats ne sont pas aussi florissants que pour les deux premiers opus, ils permettront de relancer la saga. En revanche en France, il passe quasi inaperçu. C’est le début d’une longue traversée du désert pour la saga dans l’Hexagone.

Halloween 5 de Dominique Othenin-Girard (1989)

Pour la seconde fois, un nouveau Halloween suit de près le précédent. Halloween 5 continue de narrer les mésaventures de la pauvre nièce de Myers. De possession de Jamie par son oncle, les scénaristes nous amènent doucement sur bientôt une toute autre thématique. On laisse en fait complètement de côté l’amorce de la fin d’Halloween 4.

De nouveau, Danielle Harris est la seule raison qui nous permet de rester éveillé-e face à tant de laideurs, d’incohérences. Sans compter qu’à moins d’être sensible aux jumpscares, la frayeur reste toute relative.

Le film est un échec aux USA, et passe inaperçu en France. Il fera les beaux jours d’amateur-rice-s de genre comme moi, qui chercheront à se forger une cinéphile d’horreur dans les vidéo clubs.

Halloween 6, la malédiction, de Joe Chappelle (1995)

Comme après l’échec d‘Halloween 3, le public attendra (vraiment?), six ans pour retrouver notre croquemitaine préféré.
C’est Joe Chappelle qui s’y colle, et il ne fera plus grand chose à partir des années 2000.

Cette fois, le film reprend l’idée du précédent, en assumant la thématique de la secte.
Et ils ne feront pas dans la dentelle. Myers n’aurait été réveillé que par une malédiction invoquée par la secte. Par ailleurs, Jamie accouche mais on ne comprend pas bien de qui est l’enfant. Le chef? Myers?

Par contre, on nous ressort Tommy Doyle, le petit garçon que gardait Laurie Strode dans le premier film. Il prendra en charge l’enfant de Jamie pour la grande fureur du croquemitaine.

Halloween 6 a tous les défauts des deux précédents opus. Mais Danielle Harris n’est quasiment pas présente, et l’histoire de la secte est ridicule, sans queue ni tête.
D’ailleurs plusieurs versions ont circulé en salle, en vidéo, en fonction des pays. Un joyeux bordel.

Ce résultat au delà d’une catastrophe, semble sanctionner la fin de la saga.

Halloween 20 ans après, de Steve Miner (1998)

La saga sembleit morte et enterrée, mais c’est sans compter sur Scream de Wes Craven, qui redonnera un coup de fouet au slasher en 1996. Pour un budget de 15 millions de dollars, il en rapporte 173. Ça fait rêver.

Jamie Lee Curtis dans une période un peu creuse, accepte de reprendre le flambeau. L’occasion de relancer la saga.

Et là, on commence à bifurquer sérieusement. Laurie Strode est sensée être morte, vous vous rappelez? Exit. Elle est sensée avoir eu une fille? Exit. Donald Pleasence qui jouait le Dr Loomis est mort en 1995 donc la question ne se pose pas.
Laurie Strode a maintenant 40 ans, est mère d’un adolescent joué par Josh Harnett, qui tient ici son premier rôle. Sa copine est jouée par Michelle Williams, qui est encore inconnue.

Hantée par ce qu’elle a vécue (donc ce qui se passe dans le 1er et second film), Laurie Strode tente de se reconstruire, en étant notamment principale d’un établissement scolaire.

Mise en scène classique pour un slasher mais dynamique, on respire enfin. Qui plus est, le décor de l’établissement scolaire est une très bonne idée. Elle permet de mêler lieu sécurisant et connu, mais qui devient petit à petit le théâtre du piège qui se referme sur les personnages.

Les acteur-rice-s sont convaincant-e-s, les personnages travaillés pour qu’on ressente de l’empathie. Et la drôlerie de Scream étant passé par là, on a aussi droit à des passages plus légers qui permettent un ensemble relativement harmonieux.

Loin d’être un grand film, Halloween 20 ans après donne un coup de sang à la saga, et offre quelques beaux moments de frayeur honorables. Steve Miner sortira par la suite l’honorable Day of The Dead.

Sorti dans la bonne période, en étant suffisamment solide, le film bénéficie d’une belle sortie aux USA et en France et fait un score honorable.

Halloween Ressurrection de Rick Rosenthal (2002)

Et la saga étant en fait une grande famille, c’est là qu’on retrouve Rick Rosenthal, réalisateur du second opus!

Autant il s’en était tiré honorablement pour Halloween 2, autant il se vautre dans la médiocrité pour ce Halloween Resurrection.
Pourtant, le film essaye d’être cohérent avec son époque en proposant de situer l’action dans une télé réalité.

Après avoir rapidement exécuté (une fois de plus!) Laurie Strode, on assiste à une émission dont le but est de balancer des candidat-es dans l’ancienne maison de Myers. Et c’est tout. Un scénario complètement idiot, et creux. Donc on s’ennuie. Mortellement si j’ose dire.

Laurie est (de nouveau) tuée au début du film. Le film sera un semi échec et plombe la direction sympathique qu’avait pris Halloween 20 ans après.

Halloween de Rob Zombie (2007)

C’est souvent à partir de ce film que j’ai perdu des gens. Il faut dire que Rob Zombie a bien brouillé les pistes.

Cinq plus tard, Rob Zombie, un des maître de l’horreur reconnu, et en même temps plutôt mal aimé, débarque dans la saga. Auteur de La maison des 1000 morts, The Devil’s Rejects, l’annonce de sa présence à la réalisation d’un Halloween émoustille.

Et il y a de quoi. Rob Zombie a l’ambition de faire d’Halloween un mélange de reboot et remake. Reboot car la première partie du film se porte sur la genèse de la famille de Mickaël Myers. On le voit enfant, évoluant entre mère paumée mais volontaire et beau père, sœur…
Remake car la seconde partie du film reprend les éléments du premier Halloween: la traque de Laurie Strode par Myers. Un ambitieux programme donc.

On peut aimer Rob Zombie pour les mêmes raisons qu’on peut ne pas l’aimer. Son cinéma est brutal, à l’opposé de la subtilité. Aucune respiration, aucune légèreté, ça tranche, ça saigne, et ça ne donne aucune chance.

Est ce que la genèse de Myers apporte des explications sur son comportement? Non. Zombie montre ici clairement qu’il n’y a pas de raisons, pas d’explications, ce qui renforce l’idée d’un Mal. Mais tout en montrant Myers de la manière la plus humaine possible: enfant.

Scout Taylor-Compton fait le job en Laurie Strode sans étinceler particulièrement. Mais on note surtout la présence de Danielle Harris, qui jouait la fille de Laurie Strode dans Halloween 4, 5 et 6. Vous suivez toujours? Elle joue y aussi Annie, une amie de Laurie Strode (qui était aussi un personnage présent dans le film de 1978).
Malcolm McDowell, qui joue Alex dans Orange Mécanique (1971) de Stanley Kubrick. Beau clin d’œil non?

Halloween sera un succès avec 80 millions de $ au box office US, mais sera un échec en France comparé à Halloween Resurrection.

Halloween 2 de Rob Zombie (2010)

Il faudra 3 ans à Rob Zombie pour proposer la suite directe de son Halloween. Inspirée sur le même modèle que le second opus presque 30 ans auparavant, Halloween 2 s’avère nettement plus poussif.

Laurie Strode, la fille modèle s’est transformée en métalleuse afin d’exprimer son mal être. Elle est hantée par son frère, et tente de se reconstruire, alors qu’elle apprend enfin être la sœur de Myers…Mickaël Myers est comme à son habitude, bien décidé à achever son œuvre. Rob Zombie introduit la notion de folie, de rêves, de basculement dans le désespoir le plus total. Sans issue. Mais le scénario l’intrigue tourne rapidement dans le vide, avec des séquences oniriques plates.

Malgré des représentations sexistes, Halloween 2 brille par certains moments de mises en scène de génie comme Zombie sait le faire. Je pense au meurtre d’Annie. La confrontation avec Myers est d’une force dramatique rarement vu dans le slasher. Et pour cause, le meurtre est divisé en deux parties. La première est l’attaque. Nous sommes à la place de Myers, et on est confonté-es au regard d’Annie qui se tourne, et qui, via un ralenti, sort progressivement du champ, comme pour annoncer que sa mort est déjà là. Ensuite, le ralenti continu et accentue la terreur d’Annie. Un désespoir noir s’en dégage.
Alors qu’on pense que la scène est finie, la séquence suivante s’ouvre sur Laurie et une amie rentrant d’une soirée. Elles se posent tranquillement autour d’un thé. Au moment où Laurie pénètre dans la chambre d’Annie, elle constate le désordre. Et les flash back de l’agression commencent, qui traduisent la compréhension instantanée par Laurie de l’horreur que son amie a vécu. Et encore une fois, comme rarement, on a l’opportunité de ressentir une réelle émotion à la mort d’un personnage. A la fois via le prisme de l’amitié avec Laurie, et via l’amour paternel. Un vrai tour de force à mon sens.

Halloween 2 reste un bon divertissement et un succès aux USA. Il ne sortira cependant pas en France.

Halloween de David Gordon Green (2018)

Alors que l’on croyait en avoir fini, le croquemitaine revient 8 ans après le dernier film.

Réalisé par le quasi inconnu David Gordon Green, Halloween rebat de nouveau les cartes. On oublie tout après Halloween 2 de 1981.

Cette fois, Laurie Strode (de nouveau vivante), retrouve les traits de Jamie Lee Curtis. On la retrouve 40 ans après les évènements de Halloween 2 de 1981. Elle n’a plus de fils, comme dans Halloween 20 ans après, mais une fille (de nouveau), nommée Karen. Celle ci considère sa mère comme paranoïaque et tente de protéger sa fille de sa grand mère.

A l’ère de me too, Halloween met à l’honneur les femmes. Et élément notable, toutes les générations sont réunies et font face. Jamie Lee Curtis aux airs de Linda Hamilton dans Terminator. Judy Greer, actrice honorable mais abonnée aux seconds rôles. Et l’inconnue Andi Matichak dans le rôle de la petite fille de Laurie Strode.

Avec une introduction mémorable et un final réussi, Halloween retient l’attention. Malgré un rythme parfois laborieux et des personnages mal écrits, on sent une volonté de renouveler la saga.

Le film sera d’ailleurs un succès outre Atlantique et chez nous.

Et Mickaël Myers n’a toujours pas fini de nous tourmenter. Le même David Gordon Green sort en fin d’année 2020 et 2021, Halloween Kills (au cas où on en doutait), et Halloween Ends (si seulement).

Bilan

Laurie Strode est morte deux fois, mais est aussi revenue autant de fois. Concernant sa progéniture, c’est plus flou. Un coup une fille, un garçon, puis de nouveau une fille. Dans ses conditions, difficile de s’attacher à ce personnage de Laurie Strode qui n’existe finalement pas vraiment. Mickaël Myers quant à lui, est mort autant de fois que de films Halloween.

Malgré des gros ratés, la saga Halloween a eu au moins le mérite de regorger d’idées. Bonnes, mauvaises, inabouties, balbutiantes, tout ou presque a été testé. C’est aussi ce qui fait son charme.
Dans tous les cas, cela a permis de fixer durablement dans le temps, la silhouette du croquemitaine sans doute le plus connu et le plus marquant du cinéma de genre.
Avec un simple masque blanc (inspiré de Star Trek), avec des trous agrandis à la place des yeux, et une démarche lente et terrifiante, sans nul doute que ce n’est pas étonnant que tant d’auteur-e-s ont voulu s’y atteler.

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