La représentation de la famille dans le cinéma de genre est quasi omniprésente. Qu’elle soit l’enjeu même de l’oeuvre, en back story, ou accompagnant la thématique du film, elle est un élément narratif idéal pour traiter la mort, le deuil, la transmission, et bien sûr les violences. Quels schémas familiaux retrouve-t-on dans le cinéma de genre? Pour quelles significations?
Bienvenue dans ce dossier dense, qui apportera, je l’espère, des éléments de réponse.

Dans ce dossier, je m’intéresse à différentes dynamiques familiales. Il sera question de couples avec enfant(s), de familles monoparentales, recomposées. Je n’évoque pas les frères et soeurs dans cet article car l’article aurait été encore plus long (!).
J’évoquerai la notion de famille dans un premier temps, pour passer ensuite à l’analyse de la famille dans le cinéma de genre.

SOMMAIRE

1-Famille je vous haine
2-La structure familiale
3-Le couple, socle de la famille
4-Famille monoparentale
5-Parents VS enfants
6-Encore plus de diversité

1-Famille je vous haine

La définition classique de la famille désigne des personnes évoluant et grandissant dans un même foyer. Ces personnes ont un lien de parenté plus ou moins éloigné.
Pourtant, considérant les familles recomposées, il s’agit de personnes qui n’ont pas de lien de parenté biologique. Ainsi, des personnes qui ne se connaissent pas, peuvent subitement devenir frères/soeurs, le jour où l’un de leurs parents décide de s’installer avec un·e conjoint·e.

La famille est donc une structure qui a un fonctionnement interne propre, où nous ne choisissons pas qui nous allons côtoyer. Par conséquent, les formes qu’elle peut prendre sont très diverses. Un terrain idéal pour le cinéma de genre.
Dans tous les cas, il existe des rapports de domination. Ceux-ci peuvent s’exprimer par le pouvoir, la peur, le savoir, l’argent, le matériel de manière large.

Joshua – © Twentieth Century Fox France

Dans ce contexte, la famille ne peut que ressortir puissante, ayant à la fois le système de son côté, et exerçant une domination patriarcale.
Car oui, même si les femmes peuvent faire preuve de violences (je reviens sur ce point plus loin dans l’article), ce sont les hommes qui instaurent les violences et qui en sont les principaux auteurs. Et des hommes proches.
On communique régulièrement sur les chiffres des féminicides, mais je rappelle ici d’autres chiffres qu’on voit moins, mais qui témoignent tout autant de la violence masculine :

  • 96% des incesteurs sont des hommes (source: Le Berceau des dominations de Dorothé Dussy),
  • les deux tiers des victimes d’inceste sont des filles,
  • Une femme sur dix au cours de sa vie subit des violences déclarées (physiques, morales, sexuelles) au sein de son couple hétérosexuel,
  • 91% des viols et tentatives de viol sur des femmes, sont commis par quelqu’un de l’entourage.

Mais la famille peut être aussi le socle de référence, construit avec amour et bienveillance. C’est le refuge qui permet de nous ressourcer quand nous traversons une mauvaise passe, ou pour affronter les coups durs.
La famille peut donc être l’enfer, le paradis, parfois les deux. En somme, un terrain fertile pour créer du cinéma de l’imaginaire.

Us – © Universal

2-La structure familiale

Il faut noter que les films de genre des années 50/60 proposent peu de représentations de la famille. On peut noter La nuit du chasseur, Les yeux sans visage ou Les Innocents. Et encore, la notion de famille est discutable dans ces derniers.
Mais très souvent, il est plus question d’hommes, de couple, ou de groupes. Visiblement, le fait de savoir comment en tant qu’individus groupés ou non, on pouvait triompher face aux guerres, à la menace communiste, et à l’instabilité politique due aux droits civiques, était la principale préoccupation. Dans tous les cas, l’enfant n’est pas un sujet, ni sujet.
C’est au début des années 70, que la famille commence à vraiment apparaître dans le cinéma de genre. Les dents de la mer, L’exorciste, Massacre à la tronçonneuse, Carrie, La Malédiction, The Other, Ne vous retournez pas

Cela peut s’expliquer pour plusieurs raisons:

  • Si on prend les données démographiques des USA, on peut noter qu’en 1960, les couples mariés représentaient 75% des ménages. En 1982, on tombe à 60%. Il y a donc une perte de la notion d’engagement, du moins à vie, et donc de l’amour éternel.
  • Parallèlement, la proportion des ménages (mariés ou non), avec des enfants ne fait que baisser (44% et 48% en 1960, contre 29% et 37% en 1982. Ainsi, le fait qu’il y ait moins d’enfants, permet de se focaliser sur eux en tant qu’individus.
The Children – © Vertigo films

Parce que c’est aussi précisément la période où le terme “enfant roi” apparaît. Avant, on ne considérait pas tout à fait les enfants comme des personnes à part entière, mais plutôt comme des êtres devant reproduire plus ou moins le schéma familial.
À partir du milieu des années 70, l’enfant s’émancipe, ou est victime de projections de ses parents. On se concentre sur lui, en tant que qu’individu.
Des problématiques idéales à retrouver dans le cinéma de genre, non?

Les films de genre des années 50/60 proposent peu de représentations de la famille

3-Le couple, socle de la famille

Quand le cinéma de genre représente la famille, c’est autour d’un couple hétérosexuel. Il y a donc très souvent la représentation des inégalités de genre au sein d’un ménage.
Les conséquences des difficultés rencontrées par ces familles sont reconnaissables le plus souvent à travers de deux catégories. Il s’agit de:

  • Consolider le socle familial (Les révoltés de l’an 2000, Mama, Le village des damnés, Relic, Grave, Conjuring, Us…),
  • Le fracturer, voire l’anéantir (Possession, Amityville, Insidious, It comes at night, Joshua, The Children, Sinister, Hérédité, La colline a des yeux, Parasite, Mort un dimanche de pluie, The invitation, Tideland..),
  • Entretenir un système familial dysfonctionnel (Massacre à la tronçonneuse, Frontières, The loved ones, Keeping Company, Honeydew…)
La colline a des yeux-© Searchlight Pictures

En somme, soit on se repose sur la force que peut apporter la famille, soit on met en lumière ses faiblesses initiales (souvent basées sur des non dits, cf le monologue de Toni Colette dans Hérédité).
Quant aux familles pour le moins dangereuses, elles reflètent un entre-soi toxique pour leurs membres, et l’entourage.

De manière générale, les figures des parents sont caractérisées uniquement à travers leur statut de parent, au mieux, de conjoint·e. Visiblement, être parent laisse du temps uniquement pour travailler (surtout pour les pères), mais rend impossible le fait d’avoir une passion, des amitiés…
Quand les personnages ont un hobby, le rôle de parent prend souvent le pas (comme dans Mama ou Insidious), ou n’est que la réprésentation du danger (les maisons de poupées fabriquées par la mère dans Hérédité).

Je vous conseille la formidable vidéo de la chaîne Vidéodrome qui passe en revue les différentes figures de la mère dans l’horreur:

Quand le parent est représenté en dehors de son rôle de père ou de mère (mais il s’agit plus souvent des pères, la figure de la mère au foyer est représentée en majorité), c’est souvent à travers le travail (Shining, La Nuée, The Witch, Parasite, Joshua…).

À noter qu’il est, la plupart du temps, aliénant ou dangereux, ce qui rend vulnérable le personnage et/ou son entourage.
En plus des exemples cités, on peut noter Sinister, analysé plus haut. Mais aussi Ring, où la mère n’a pas pu empêcher son fils de regarder la cassette maudite à cause de son travail. Dans Dark Water, la mère arrive trop tard pour récupérer sa fille à l’école, et on la menace de lui retirer la garde. La mère d’Andy récupère une dangereuse poupée Chucky quand elle est au travail, et les ennuis commencent quand elle est au travail, et qu’elle fait garder son fils. Dans Insidious, le père laisse tomber sa famille en difficulté, en se réfugiant dans le travail.
Une activité professionnelle est rarement montrée comme un soutien pour la structure familiale.

Plusieurs philosophes, dont Henry David Thoreau, Paul Lafargue, mais aussi Nietzsche s’inquiétent du caractère presque sacré du travail, et ont écrit sur la nécessité d’une certaine inactivité et de la détente. D’après eux, porter aux nues la notion de travail, a pour conséquence la fragmentation des êtres humains.
Réduire et partager le travail donne accès à plus de solidarité, et moins de compétition.

On retrouve cet aspect aliénant également pour des passions, comme la peinture qui devient obsessionnelle pour le père dans The Devil’s Candy. Dans Insidious et Mama, les mères sont obligées d’abandonner leur pratique musicale pour s’occuper des enfants (sachant que dans le cas de Mama, le personnage masculin impose à sa conjointe de gérer ses nièces orphelines).
Bref, exister en dehors de son rôle de parent est compliqué, voire dangereux.

It comes at night-© A24

En ce qui concerne le père, sur la centaine de films que j’ai sélectionnés, voici ce qui ressort:

  • Cinq mettent en scène un père violent à l’écran (Shining, Oculus, Amityville, Insidious 2, Sound of violence). Sachant qu’uniquement quatre en font un enjeu.
  • Une dizaine présente une figure de père protecteur et/ou combattant (Les révoltés de l’an 2000, La colline a des yeux, Le village des damnés, It comes at night, Conjuring, Searching…)
  • Dix-sept montrent un père démissionnaire et/ou absent (Vivarium, Mama, Come Play, The devil’s Candy, Esther, The prodigy, L’orphelinat, The lodge, Dark Water, Mother!…)
  • Six représentent un père qui est un réel soutien pour la mère (Joshua, Hérédité, Poltergeist…)
  • Quatre en font des victimes (The invitation, Grave, Mort un dimanche de pluie, Ropes).

Naturellement, un personnage peut se retrouver dans deux catégories. Comme par exemple dans Insidious où le père est plutôt démissionnaire dans la première partie, et combattant dans la seconde.

Je comprends maintenant pourquoi j’aime tant le cinéma de genre. La représentation des pères est plutôt fidèle à la réalité…
Trêve de plaisanteries, force est de constater que quand les pères sont présents à l’écran, ils sont souvent le parent boiteux. Parfois, c’est au coeur du propos du film (Vivarium, Mother!, Devil’s Candy), parfois c’est plus discret (The Lodge, The prodigy, L’orphelinat).

Prenons le cas de Possession. Il est de notoriété publique que son réalisateur Andrzej Zulawski a écrit son film en dépression, suite au départ de sa femme (et ça ne sera pas la dernière fois qu’il règle ses comptes conjugaux via l’art, car Sophie Marceau en fera les frais dans son livre L’infidélité). Il est aussi connu pour sa misogynie. Donc Possession est parfois perçu comme un film à son image, présentant un personnage féminin pour le moins déviant, hystérique, délaissant son fils. Ce qui est une lecture tout à fait recevable.

Possession-© Gaumont

En revanche, la mienne est différente car, à mon sens, le père joué par Sam Neill, est tout autant défaillant. Je considère même qu’il est à l’origine de la toxicité du couple. Dès le début du film, il est présenté comme un père absent, pris par son travail. Il considère sa femme comme un objet lui appartenant, ne supportant pas qu’elle puisse exister en dehors de son rôle de mère et d’épouse, malgré son absence. Quand sa femme lui annonce qu’elle veut le quitter, il annonce d’emblée qu’il ne prendra pas en charge son fils.

Ainsi, quand Anna abandonne le foyer, elle agit exactement de la même manière que beaucoup de pères lors d’une séparation: elle fuit. En effet, 84% des enfants d’une famille monoparentale, habitent avec leur mère en France en 2016. Et ce n’est pas dû aux mères ou à la justice qui empêche les pères, comme on le lit parfois.
Mais bien parce que les pères ne prennent pas leur responsabilité, ou qu’ils ont été violents. Je ne rentrerai pas dans le détail, mais cette émission du podcast Les Couilles sur la table décrypte tous ces arguments qui ont finalement plus un fond masculiniste, que la capacité à refléter une réalité déformée :

Pour en revenir à Anna, la différence fondamentale, c’est qu’elle a déjà pris en charge réelle et mentale de s’occuper seule de son fils et de son foyer.
En mettant son mari devant le fait accompli, elle lui impose son rôle de père (alors que celui-ci n’en voulait pas, comme précisé plus haut).

Si on s’intéresse aux rôles de pères présents, leur manière d’agir au sein de la famille, relativement similaires, peuvent amener à des conclusions très différentes.
Prenons les exemples des pères dans Poltergeist et Insidious. Ils sont tous les deux mariés, trois enfants, avec une femme à la maison. Ils sont confrontés tous deux à la disparition d’un de leurs enfants, dans un univers fantomatique inquiétant. Pourtant, la place donnée à ces deux pères n’est pas du tout la même.

Dans Poltergeist, le père est un soutien pour la mère. Le film n’occulte pas le fait qu’elle a la charge mentale, et donc, c’est elle qui est la plus à même de comprendre ce qui s’y passe, à savoir les manifestations paranormales. En toute logique, elle part sauver leur fille, Carol Ann, avec le père qui reste attentif, en arrière. Il fait toujours confiance à sa femme dans ses choix, et dans sa vision de la situation. Il agit pour aller dans son sens. Et le final du film montre une famille unie par les épreuves, et par ce couple fort.

Dans Insidious, le père démissionne de son rôle quand son fils tombe malade, et laisse la charge à sa femme. Alors que par conséquent, c’est elle qui a la charge de trouver une solution, il rejette son idée de recevoir des mediums. La mère n’est pas prise au sérieux, c’est finalement le père qui tient le rôle du héros, en allant sauver leur fils.
On peut noter une différence dans les enjeux du sauvetage des enfants entre les deux films. Dans Insidious, le père a aussi comme objectif d‘affronter ses propres démons, et résoudre un problème qui le concerne. Dans Poltergeist, le geste de la mère est uniquement centré sur le fait de secourir sa fille.
Dans Insidious, la mère est reléguée à être une voix qui guide son mari lorsque celui-ci est plongé dans les enfers. La fin du film montre une famille explosée.

La représentation des pères dans La colline a des yeux est ambiguë. Le patriarche écrasant, républicain et macho est la première victime et finit brûlé dans une position christique. La volonté d’en finir avec ces principes est d’autant plus claire avec le drapeau américain planté dans son crâne.
Le jeune père rabaissé depuis le début du film pour son côté “précieux” est considéré comme le mâle dominé par sa femme. Il se transforme en guerrier et use d’un fusil à pompe (alors qu’il n’aime pas les armes), lorsque sa femme est tuée, et sa fille kidnappée. Les hommes agissent et préparent la stratégie.
Les personnages féminins se contentent de subir. La jeune fille est violée, la mère tuée, la jeune mère subit un allaitement forcé et est éliminée.
Même la chienne (appelée “Beauty”) fait partie des premières victimes. C’est le chien (nommé “Beast”…) qui accompagne son maître pour sauver le bébé.
Ainsi, c’est bien la virilité qui est au final récompensée, et la clef de la solution. Il faut simplement qu’elle soit plus subtile et moins républicaine…

Je me suis intéressée aux dynamiques de réflexions/d’actions face au danger. Je note que :

  • Dans vingt films, c’est une mère qui comprend qu’il y a un danger (Mama, The Children, Sinister, Mother!, L’exorciste, It comes at night, Come Play, Us…), contre sept où c’est un homme (The Omen, The invitation, Chromosome 3…), et encore il devient malgré tout absent (Under the shadow).
  • Dans quinze films, la mère n’est pas crue ou prise au sérieux par le conjoint ou l’entourage, dans ses inquiétudes (Babadook, Insidious, The prodigy, Bunny Lake is missing, Chucky..), contre un pour un homme (The Omen). Dans le cas de The Omen, la femme ne décrédibilise pas pour autant la parole de son mari. Elle cherche à le et à se rassurer.
    C’est ce qu’on appelle le phénomène de gaslighting. On considère la parole d’une personne (et souvent une femme) comme farfelue, pas crédible et donc sans intérêt. C’est un processus que l’on retrouve beaucoup dans le sous genre des films de fantômes.
  • Quand un homme de l’entourage de la femme ne la croit pas, il reste cependant bienveillant (même si parfois absent ou impuissant), dans six films (Mama, Ring, Us, Hérédité…) contre douze où il s’agace (L’Orphelinat, Mother!, Insidious, The Children, It comes at night, Chucky, The prodigy…).
Under the shadow-© XYZ Films/Vertical Entertainement

Cela reflète bien que la mère étant le parent principal à gérer les enfants, elle est à même de repérer le danger. Cependant, elle doit redoubler d’énergie, de patience, et parfois de résistance au Mal, en attendant que sa parole soit prise en compte.

4 – Famille monoparentale

Les familles monoparentales ont doublé entre 1960 et le début des années 80 (elles passent de 4 à 8%!). Celles avec des femmes représentent…7%. Seulement 1% avec des hommes!
En France, selon l’INSEE, 23 % des familles sont monoparentales en 2016, (contre 12% dans les années 90). 84% des enfants habitent avec leur mère.

Il ne vous a sans doute pas échappé que le cinéma de genre regorge d’histoires mettant en scène les déboires de familles monoparentales. L’écrasante majorité concerne des femmes seules avec leurs enfants.
Ainsi, dans la centaine de films de ma sélection pour cet article, j’en compte à peine une dizaine mettant en scène un père solo contre plus d’une trentaine pour les femmes.
L’absence du ou de la conjoint-e s’explique souvent par une raison évidente comme la séparation ou la mort, mais il arrive parfois qu’il n’y ait pas d’explication à cette absence, qui concerne le père en majorité (Ghostland, Bunny Lake is missing, Relic…).

Ghostland-© Paris Filmes

La différence fondamentale que l’on peut noter entre les pères et les mères à la tête d’une famille monoparentale, c’est lors de l’exposition des personnages et du contexte.
À savoir qu’il est rare que l’intrigue débute avec un père en solo, sans explications sur l’absence de la mère. En grande majorité, il est forcé à prendre ce rôle lors de l’élément perturbateur.

Par exemple, c’est l’invasion de zombies qui force le père à s’occuper de sa fille dans Le dernier train pour Busan. Le fait que Laura soit poursuivie par les antagonistes, oblige Logan à prendre en charge celle-ci.
Le père dans Joshua doit reprendre les rennes de la famille, suite à l’hospitalisation de sa femme. Ou encore la disparition de la petite fille dans The Closet contraint le père à aller la sauver.
Même schéma dans le post apocalyptique Arès, où l’oncle ours, doit prendre en charge ses nièces dont la mère militante est emprisonnée. Le film se concentre principalement sur l’arc narratif de l’oncle. Qui passe de bête de foire, au service du système (et faisant la morale à sa soeur), à oncle attentif et résistant au régime.

Ainsi, plus que sur l’enfant, les enjeux sont concentrés sur le chemin que doit faire le personnage en tant que père.

Les Autres-© Warner Bros

Alors que dans la majorité des films avec des mères solo, l’élément perturbateur ne déclenche pas la responsabilité de tenir un rôle de mère. Elles le tiennent déjà. En effet, on peut noter que dans:

  • Les Autres, Nicole Kidman est seule avec ses deux enfants ; la situation du père est un aparté plus ou moins onirique bien plus tard dans le récit. L’élément perturbateur est l’arrivée des domestiques qui bouscule l’ordre établi.
  • La Nuée débute avec la mère au bord de la faillite de son élevage. Le fait qu’elle réalise que le sang dope ses sauterelles déclenche le danger qui guette sa famille.
  • Dans Chucky, la mère d’Andy tente tant bien que mal de rendre heureux son fils. Chucky, la poupée tueuse est pour le moins un sacré élément perturbateur.
  • Dans Relic, Ghostland ou Bunny Lake is missing, c’est encore plus simple: jamais les pères de famille ne sont mentionnés.
  • Dans L’Exorciste, la mère de Regan est seule (et heureuse) avec sa fille. C’est quand sa fille montre des signes inquiétants qu’elle cherche à joindre le père dont on n’entend même pas la voix.
  • Babycall débute avec Noomi Rapace en mère qui emménage dans un nouvel appart, fuyant des violences. Les bruits étranges émanant de son babyphone déclenchent la menace pour elle et son fils.

Quand le père est solo, plus que sur l’enfant, les enjeux sont concentrés sur le chemin que doit faire le personnage en tant que père.

Les démons, fantômes, et autres menaces symbolisent les obstacles que les familles monoparentales rencontrent. Difficultés financières, de travail, sociales, matérielles, être une femme seule avec enfant est source d’angoisses. Ces films reflètent leur adversité, leur capacité d’adaptation imposée, et donc, leur force.

Monoparentale malgré moi

Il y a le cas plus subtil (et certainement le modèle familial le plus courant), où la famille n’est pas monoparentale officiellement, mais dans les faits. La mère porte la charge mentale et la bonne tenue du foyer. Elle peut bien le vivre en le prenant du bon côté, comme dans Poltergeist. Ou en étant particulièrement acculée comme dans Les Autres.

Dans tous les cas, on note souvent un père absent ou en retrait. Comme le père qui ne se lève pas la nuit dans L’Orphelinat, le travailleur occupé dans Mort un dimanche de pluie ou Under the shadow, l’artiste maudit indisponible dans Mother!, ou encore le père bouffi d’égo dans Sinister.

D’ailleurs, Sinister adopte un point de vue original. Le spectateur est placé du côté du père, qui nous est montré égoïste et obsédé par l’écriture de son livre, quitte à mettre sa famille dans un environnement malsain.
À travers sa mise en scène, le film montre en quoi le fait qu’il n’assume jamais son rôle de père sonne la perte de sa famille.
Pour cela, le réalisateur Scott Derrickson utilise des éléments du décor, et les couleurs jaune et bleu.
Le carton (qui contient les vidéos des meurtres) symbolise le Mal qui s’immisce. Il est dès le début associé au père qui porte une boîte. Puis, on voit son bureau rempli de boîtes. Elles sont présentes entre lui et sa femme, lors d’une dispute.
Son fils a une terreur nocturne, se cachant dans une boite en carton. Le serpent du grenier (annonçant la possession), se cache sous un carton.

La vidéo est le medium du Mal, qui vient aussi contaminer le père. Il se met à filmer, se regarde lui-même à la tv, et vers la fin, l’écran le submerge.

Le bleu et le jaune sont majoritairement utilisés. Dès le début on les retrouve quasiment dans tous les plans. Que ça soit à travers les pièces ou les vêtements.
Selon moi, le bleu est associé ici à la notion de victime (en plus du monde parallèle) : la mère est en bleu, mais aussi les victimes précédentes, la maison, la petite fille possédée précédemment, qui a tué.

La couleur jaune est dès le début associée au Mal. C’est la couleur du démon, des cartons, mais elle irradie les victimes, toujours présente dans le bureau, et est associée évidemment à la petite fille.

C’est particulièrement explicite lors d’une scène, où la petite fille se lève la nuit, et son père s’en occupe. Lui est associé au bleu, sa fille au jaune (avec une plongée dans le noir juste avant, qui marque le basculement de la petite fille vers le Mal).

Pour raconter comment l’égoïsme du père amène à la perte de sa famille, on prend soin de signifier que la petite fille est aussi une victime en l’habillant de bleu. Le père est habillé en gris (marquant son incapacité à agir, à choisir).

Dans la mesure où les mère solo sont majoritairement représentées, les personnages féminins sont, de fait, les plus représentés, développant un lien fort avec leur(s) enfant(s).
Par ailleurs, c’est le modèle monoparental avec un enfant et un genre opposé qui domine. Ainsi, dans ma sélection de films:

  • Dix mettent en scène un père qui gère un enfant qui est une fille et aucun avec un garçon (Ropes, Cogan, Maggie, Arès, Logan, Le dernier train pour Busan, Searching, Chromosome 3…),
  • Cinq où il est question d’une mère qui gère une fille (Dark Water, Under the shadow, Mort un dimanche de pluie..), et douze un garçon (6ème sens, L’Orphelinat, Shining, The Prodigy, Babycall…),
  • Treize avec une mère qui gère deux ou trois enfants (Insidious, Les Autres, La Nuée, Sans un Bruit…)

Ainsi, on perpétue l’idée du père nécessairement protecteur avec sa fille, qui en vient à avoir un comportement de patriarche, infantilisant. Il est visiblement plus logique de représenter cette peur du père face aux dangers qu’encourt une petite fille/femme.
La chaîne Cinémaniaque explique bien ce récit d’apprentissage du père que l’on retrouve dans le cinéma de genre, dans sa vidéo sur La Petite Sirène:

Ce qui est sûr, c’est que homme ou femme, quand on est parent solo dans le cinéma de genre, la place pour une vie amoureuse/sexuelle ou de couple, ou tout simplement pour soi, n’existe pas, ou peu.

Affrontant à la fois la vie réelle, des fantômes, des démons, des enfants violents… la mère dans le cinéma de genre peut s’avérer être une vraie combattante, une figure idéale de la femme forte.

Cela renvoie à la notion de super woman que l’on attribue de manière humoristique régulièrement aux mères. Par ce terme, on admet que les femmes gèrent le foyer et les enfants, certes, mais ça invisibilise surtout le fait que les pères ne font toujours pas leur part (les mères sont auprès de leur enfant entre 71 % et 81 % de leur temps disponible, contre entre 53 % et 65 % pour les pères.)

Ainsi l’expression “nouveaux pères” que l’on entend souvent, est en fait vieille depuis 40 ans comme l’explique Myriam Chatot, docteure en sociologie.
Les pères qui s’occupent de leurs enfants veulent bien gérer les tâches les plus gratifiantes (jouer, les sortir, câliner ou les sauver comme souvent dans le cinéma de genre) et moins le reste (soin, santé ou s’inquiéter de ce qui ne va pas comme souvent dans le cinéma de genre).

Des films comme Esther, The Prodigy, Brightburn, Come Play, Vivarium, Sans un bruit, Us, Dark Touch…reflètent une mère en charge des tâches les plus ingrates et complexes à gérer. Elles sont toutes confrontées seules à des difficultés de santé de l’enfant.
Le père minimise très souvent la perception de la mère (The Prodigy, Come Play, The Children…).Cela normalise l’idée que non seulement elles sont plus compétentes pour gérer cette question, mais qu’en plus, elles s’inquiètent davantage pour leur enfant.

Esther-© Warner Bros/Studio Canal

Or, si elles sont plus aptes, c’est surtout parce qu’elles s’occupent davantage des enfants. En France, 2% des hommes prennent un congé parental d’au moins un mois (et davantage à temps partiel donc un ou deux jours par semaine), contre 40% des femmes. Cette période est cruciale pour apprendre à gérer un enfant, et connaître son environnement (médecin, crèche…).

Ce spectre de “nouveaux pères” est palpable dans plusieurs films.
Prenons l’exemple de The Lodge. Un père obtient la garde de ses enfants après le suicide leur mère (qui n’a pas supporté leur séparation…). Il souhaite que ceux-ci tissent un lien avec sa nouvelle compagne – pour qui il avait quitté leur mère récemment décédée donc – mais ne trouve rien de mieux que de les laisser seuls avec celle-ci (elle-même peu à l’aise à cette idée). Alors que ses enfants viennent de perdre leur mère, non seulement le père ne les soutient pas dans cette épreuve, mais en plus fait reposer cette tâche sur sa compagne. Et il en paie le prix fort.

The Lodge-©Columbia TriStar Motion Picture Group/Neon/Stage 6 Films

On peut aussi s’intéresser au père dans Esther. Il apparait attentionné et sensible. C’est lui qui a le premier contact positif avec Esther à l’adoption, (et qui la place sur le chemin de la mère). Mais il n’est finalement là que pour les cadeaux ou les bons moments. Et il ne croit pas aux alertes de sa femme quant au comportement d’Esther. Comme dans The Lodge, on peut dire qu’il est puni pour son comportement.
Le film est semé de séquences plus subtiles qui pointent l’absence de responsabilité du père. Par exemple, quand sa libido débordante amène le couple à avoir des rapports et qu’ils sont surpris par Esther, la séquence d’après montre la mère qui se lance dans une conversation délicate avec celle-ci.
Dans The Prodigy, la mère est toujours seule aux rendez vous médicaux quand son fils commence à être inquiétant. Tout comme elle affronte seule les problèmes causés par son enfant à l’école. Et quand elle tente d’alerter son compagnon, il ne la croit pas…alors que c’est elle qui est en première ligne.

The Closet part d’un postulat similaire à The Lodge. Un père se retrouve seul avec sa fille après le décès brutal de sa mère dans un accident. On comprend qu’il n’a jamais été présent et tout l’enjeu du film repose sur la naissance de son statut de père. Plutôt que de s’occuper de sa fille, il préfère l’envoyer dans un camp de vacances. Malheureuse, elle finit kidnappée par son placard de chambre (oui oui). Je ne vois en aucune manière un personnage d’enfant roi. La petite fille a perdu la seule personne qui se souciait d’elle. Elle ne connait finalement pas son père, et l’attitude de celui-ci manque cruellement d’empathie. Vivre en dehors de son rôle de parent et être pris par le travail oui, seulement il n’a jamais été parent justement. Il remue ainsi ciel et terre pour la retrouver, et le lien est enfin créé.

Un père qui prend ses responsabilités, est un père qui meurt. Logan, Terminator 2, Le Dernier Train pour Busan, Sans un Bruit, Ropes…les pères exemplaires survivants font exception. Il est apparemment difficile de survivre à ce rôle exigeant…qu’ils n’ont pas tenu longtemps finalement.

5-Parents VS enfants

On l’a vu, on note davantage de films où c’est la mère qui est en charge des enfants.
C’est aussi elles qui sont filmées s’occupant de bébés, ou d’enfants en très bas âge. C’est le cas dans Grace, Baby Blues, Sans un Bruit, La colline a des yeux…C’est évidemment lié au fait que les femmes portent les enfants, ont un congé maternité.

On peut aussi relier cette observation au fait que les pères ont plus de mal à endosser leur rôle quand les enfants sont touts petits. On a encore du mal à imaginer naturellement un père en charge d’un bébé. D’ailleurs, les assistants paternels (nounous) sont quasiment inexistants.
Des films comme It’s Alive, ou Grace, mettent l’accent sur le fait que malgré la monstruosité de leur bébé, les mères sont animées d’un instinct maternel envers et contre tout. Dans It’s Alive, on voit que c’est un long cheminement pour le père, et que c’est lui qui est prêt à sacrifier ce monstre dangereux pour la société, au contraire de la mère.

Je ne vois que Joshua, où le père qui doit pallier à l’absence de la mère, gère sans difficulté, un bébé.

It’s Alive-©Warner Bros Pictures

SOS Fantômes

Les familles vivant la perte d’un enfant sont nombreuses dans le cinéma de genre. La gestion d’un tel deuil Rappelons qu’il n’y a pas de terme officiel pour désigner un parent dont l’enfant est mort, même s’il y a le terme “parange”, non dénué de connotation religieuse, qui a été proposé par des députés. J’avais déjà évoqué ce sujet dans mon article sur Hostile et Méandre.
Toujours est-il que ces histoires sont propices à des histoires ancrées dans le cinéma de genre. À savoir des fantômes.

L’enfant mort, hantant sa famille, cristallise toutes les peurs. En effet, le décès d’un enfant n’est pas dans l’ordre des choses, et l’inimaginable est accentué en cas de mort brutale. Par ailleurs, l’aspect horrifique d’un personnage de fantôme est d’autant plus en contradiction avec l’apparence mignonne et attendrissante d’un enfant. Et donc, décuple l’horreur.
Ainsi, on ne compte plus les enfants fantômes dans les familles du cinéma de genre: Les Autres, L’enfant du diable, We are still here, Ring, 6ème sens, L’Orphelinat, Lake Mungo, Sinister, Dark Water, Simetierre, Babycall

Sur la vingtaine de films avec un personnage d’un enfant décédé, ceux où il s’agit de meurtres et d’accidents sont similaires.
Leur point commun: il s’agit de meurtres commis par les parents (Les Autres, la petite fille dans 6ème sens, Babycall, L’enfant du diable, Mum&Dad…), ou parce qu’il y a eu négligence ou inattention de leur part (Simetierre, Dark Water, L’Orphelinat…). À noter que ce sont les personnes sensées protéger le foyer, et non pas un frère, une tante ou un grand père.

Babycall-©SF Norge

Le cinéma de genre n’hésite donc pas à tenter de soulever un des tabous les plus persistants : l’infanticide et la violence intrafamiliale. C’est une manière de montrer la réalité de cette violence. En 2020, les violences intrafamilales ont augmenté de 9%, coïncidant avec le confinement.

Par ailleurs, un enfant est tué tous les cinq jours, et dans 95%, c’est la mère (50%) ou le père (36,4%) qui est responsable.
Pourtant, la docteure en sociologie et chercheuse à l’INSERM, Julie Ancian affirme qu’il y a tellement peu de recherches et de statistiques sur les infanticides, qu’il est impossible de déterminer qui les commet.
Autrice d’une thèse sur le sujet, elle note qu’il y a plusieurs types d’infanticides: néonaticide (à la naissance), les meurtres commis lors d’une psychose périnatale, ceux dont l’objectif est de “soulager” de maux réels ou supposés. Mais aussi ceux consécutifs à des violences répétées depuis des années, ceux liés à une vengeance d’un conjoint quitté… Le spectre est large, et induit forcément une grande variation des dynamiques de pouvoir, à l’intérieur de ces foyers. Qui n’est en fait pas vraiment traitée au cinéma.

Les violences patriarcales à l’extérieur sont de moins en moins passées sous silence (mais loin d’être efficacement combattues), celles exercées à l’intérieur du foyer restent taboues.

Par exemple, les femmes sont responsables en grande majorité des néonaticides. Mais Julie Ancian note que les décès liés au syndrome du bébé secoué sont causés majoritairement par des hommes.
Je vous conseille fortement le hors série de Causette “femmes criminelles”, qui déconstruit les préjugés sur la violence commise par les femmes.

Les sales gosses

L’enfant tueur est une figure classique et récurrente du cinéma d’horreur. Son potentiel de terreur se base sur les mêmes ressorts que l’enfant fantôme.
Mais ici, le vrai enjeu c’est de déterminer de quelle manière les adultes vont réagir face à des enfants agressifs. Et s’ils se défendent, quel en sera le déclencheur?
Par ailleurs, l’enfant étant par définition, dépendant de ses parents, c’est l’occasion rêvée pour une tête blonde assoiffée de sang d’intégrer un foyer, prêt à le protéger.
La prise de conscience du danger est inévitablement lente, de par les liens créés, et la confiance accordée d’emblée aux gens qui habitent sous notre toit.

Sur la vingtaine de films mettant en scène un enfant tueur, les origines de ces attaques sont homogènes dans leur représentation:

  • Cinq filment une vengeance (Les Révoltés de l’an 2000, The Grudge, Ring, The other…),
  • Cinq montrent des enfants non humains (Le village des damnés, Brightburn, The Omen, Simetierre, Godsend, Grace…),
  • Six sont liés à une possession ou un événement surnaturel (L’Exorciste, The prodigy, Conjuring, Sinister..),
  • Quatre évoquent une maladie ou une infection (The Children, Esther, It’s alive, Dark Touch).
Le village des damnés-©Loews Cineplex

Ainsi, si les enfants tueurs symbolisent un des tabous de société, à savoir leur violence et notre réaction en face, il est admis qu’un enfant ne peut pas être mauvais en soi (ce qui est rassurant!). Il y a forcément un événement qui le dépasse, qui créé cette violence. Sinon, ils se trouve dans une situation de révolte, dont les adultes sont à l’origine (Les Révoltés de l’an 2000, Ring…).
L’exemple de The Other attire l’attention car c’est à cause de l‘incapacité de l’adulte à dire la vérité sur la mort d’un frère, que l’enfant développe une psychose.
L’agressivité de Laura dans Logan, est le résultat de violences exercées sur elle par des adultes, elle agit pour se défendre.
Dans d’autres cas, l’enfant est placé en dehors de l’humanité (Le village des damnés, Brightburn).

Encore une fois, Joshua fait exception, car l’origine des violences du petit garçon n’est jamais expliquée. Il est même finalement représenté comme un être violent, cynique et malin, à l’image de n’importe quel antagoniste adulte.

Mauvaises graines en tout genre

Si on s’intéresse à la représentation des genres, c’est là aussi, assez homogène.
Neuf mettent en scène une petite fille violente en personnage principal (Esther, Dark Touch, Logan…) contre sept avec un petit garçon (sachant que certains ne sont même pas l’intrigue principale, comme dans Simetierre).
En zoomant un peu plus, on se rend compte qu’il n’y a que deux films (The Other et Joshua), où le petit garçon est doué de libre arbitre. Les autres sont des entités maléfiques ou non humaines de base. Au contraire, c’est le cas dans cinq films, concernant les petites filles (Dark Touch, Ring, Esther..).
On peut penser que le fait de représenter ces personnages féminins animés par la vengeance ou le mal être, rejoint les raisons pour lesquelles l’horreur est le genre de cinéma qui met le plus de femmes en scène. À savoir, les violences systémiques exercées sur elles et/ou l’image de vulnérabilité plus ancrée.

Logan-©20th century studios

On peut presque dire que les films mettant en scène des groupes d’enfants meurtriers représentent un sous genre.
En effet, ils sont filmés comme une entité compacte, qui pense quasiment à l’unisson. On n’est pas très loin de l’imaginaire de masse du zombie, surtout dans The Children, où le comportement des enfants est modifié à cause d’une substance. Dans ces films, aucun enfant n’est particulièrement mis en avant.
À l’exception du Village des Damnés de Carpenter, qui reprend le trope du personnage dominant, et celui du dissident.
À noter que dans le film original de Wolf Rilla, c’est le petit garçon David, qui est à la tête du groupe d’enfants. Dans le remake de Carpenter, David est l’enfant dissident, qui souhaite s’inscrire dans l’humanité, et c’est une petite fille qui est la cheffe du groupe.

La violence parentale non par-Anormale

On a vu que l’infanticide était régulièrement évoquée dans le cinéma de genre.
En revanche, elle est quasiment toujours hors champ, ou absente dans l’intrigue générale. En effet, la mort de l’enfant est souvent le point de départ ou le twist du film.
Si on prend du recul sur le cinéma de genre, il existe peu de films traitant et/ou représentant les violences intra-familiales.
On peut noter deux catégories considérant les quelques films l’évoquant:

  • L’origine de la violence parentale est paranormale (Amityville, Insidious 2, Mom & Dad, Oculus, Shining).
  • La violence parentale est intrinsèque au personnage (Carrie, Dark Touch, Sound of violence, The Mother).
Amitivylle-© American International Pictures

Tous n’en font pas la thématique principale, et surtout, la violence envers les enfants reste souvent relativement soft, comparée à la réalité.
Même avec Babadook qui traite du poids de la charge mentale, on ne peut pas parler de violence à proprement dit.

Peu de films traitent de violences faites aux femmes dans un contexte familial. On peut noter les féminicides dans Mama, Sound of violence, et la mère fuyant un mari violent dans Babycall.

La question de l’inceste est carrément absente. Aucun film ne s’est encore emparé vraiment de ce sujet, à part Dark Touch, de manière plus ou moins maladroite.
Mais, contrairement à Amityville, Insidious 2, ou Oculus où la violence du père s’exprime en raison d’une possession démoniaque (et donc enlève la dimension de violence systémique), Dark Touch utilise le fantastique pour matérialiser le traumatisme de cette petite fille victime d’inceste. On s’intéresse pour une fois à la victime, et à sa manière de gérer ces violences. Dans ce film, la violence intra familiale est la réalité, pas la conséquence d’une entité démoniaque.

Sound of violence-© ProSiebenSat.1 Media

Sound of Violence s’intéresse également à la répercussion des violences familiales (en l’occurrence, un féminicide), sur un enfant témoin. Là aussi, ce n’est pas un démon qui a poussé le père à tuer sa femme, mais le résultat d’un traumatisme bien réel : la guerre. Revenu pour le moins perturbé, il tue sa femme devant les yeux de sa petite fille sourde. La mise en scène nous place du côté de cette petite fille car elle réalise les violences, à cause de la force des coups (qui ne sont pas montrés dans un premier temps) qui viennent résonner dans la maison. C’est doublement efficace à mon sens. Non seulement on est du côté du ressenti de la victime, mais en plus on montre à quel point les coups portés lors d’un féminicide sont violents (en effet, une femme tuée par son compagnon, reçoit plus de coups nécessaires pour tuer, dans la plupart des cas).
D’ailleurs, le choc dont elle est témoin est tellement violent, qu’elle est prise de visions, et retrouve l’ouïe, qu’elle commence à reperdre plus tard dans le film. Cela m’a aussi fait penser aux femmes parfois tellement battues, qu’elles en perdent l’audition, comme Halle Berry.

Ceci dit, il faut noter que Dark Touch et Sound Of Violence ont une conclusion assez pessimiste sur l’avenir des enfants témoins/victimes de violence et ce, même lorsqu’ils sont bien entourés par la suite.
Ce qui rejoint en partie, le fait qu’il a été découvert que les traumatismes modifient nos codes génétiques, ce qui a une influence sur nos réactions et comportements. Ils laissent une marque épigénétique, c’est à dire transmissible, mais réversible. Donc, grâce à de la prise en charge psychologique, de libération de paroles etc… ces marques peuvent s’atténuer.
Je vous conseille le podcast Emotions, à ce sujet.

Le cinéma de genre représente encore peu de manière frontale, les violences intra familiales.

Ce qui reste invisible

Violence conjugale, physique et sexuelle sur les enfants, la famille est aussi un miroir de la domination masculine sur laquelle la société s’est construite. Et si la prise de conscience sur les violences patriarcales à l’extérieur sont de moins en moins passées sous silence (mais loin d’être efficacement combattues), celles exercées à l’intérieur du foyer restent taboues (et notamment l’inceste). Pour plusieurs raisons:

  • Il est difficile pour les personnes qui subissent ou qui ont subi des violences, de réaliser la réalité de celles-ci.
  • La société de manière générale, refuse de voir que des parents (et notamment des mères), puissent être violent·e·s avec leurs propres enfants.
  • Dans une famille où il y a de la violence, il y a du silence. Qu’il soit verbalisé ou non, les enfants violentés comprennent très vite qu’il faut se taire.
  • Même si les enfants réalisent les violences subies, leurs parents restent non seulement leur point d’attache, mais surtout représentent leur survie. S’ils ne sont plus là, qui va s’occuper d’eux ?

Pour plus de détails, je vous conseille les podcasts de Louie Media, et l’émission des Couilles sur les Tables qui a pris à bras le corps de traiter le sujet de l’inceste.

Si je prends le temps d’évoquer les raisons ci-dessus, c’est aussi pour noter le nombre de ressorts scénaristiques qui pourraient être utilisés pour refléter la complexité, la tension, la peur à l’écran, et bien sûr les travers des structures sensées protéger.
Non pas dans un aspect voyeuriste, mais pour comprendre la souffrance, les traumatismes subis.

Il me semble essentiel de voir des créations sur ce sujet, tant malheureusement, ce sont des films qui parleront à beaucoup de gens.
Sujet encore trop tabou, même pour le subversif cinéma de genre?
En tous cas, cela confirme bien la réticence universelle à aborder frontalement ces sujets.

Dark Touch-© Element Pictures

6-Encore plus de diversité

La famille est donc un écosystème complexe, effrayant, fort, terrain idéal pour le cinéma de genre.
Si au fil des décennies, il se permet d’aborder frontalement, scénaristiquement et visuellement, des sujets difficiles à traiter, la palette de thématiques est encore large.

Tout comme la représentation des familles. Je regrette l’absence de famille homoparentales. Le couple hétéro est toujours le modèle dominant, on y pense donc naturellement moins quand on écrit une histoire. Je pense aussi que certain·e·s auteur·ice·s ont l’appréhension de voir l’étiquette “film militant”, et/ou d’être victimes d’attaques.
Alors qu’il est tout à fait possible de représenter des couples gay ou lesbiens, sans en faire un sujet. Le très bon What keeps you alive le réussit parfaitement.

Il y a également très peu de couples mixtes (on peut noter Furie qui reste une exception, surtout en France ! ou It comes at night), et des couples racisés (l’exemple de Us montre le vide abyssal de personnes non blanches).

On peut également noter que si la figure de la femme enceinte est courante dans le cinéma de genre, la situation de la femme enceinte d’un deuxième ou troisième enfant est beaucoup plus rare. Alors que ça implique des dynamiques de familles différentes, et d’autres problématiques.

Ces analyses ne reflètent que ma vision, et je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à observer et à relever!

Liste des films cités:

Sur soixante-dix films, seulement cinq sont réalisés par des femmes.

  • Les révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibáñez Serrador,
  • Joshua de George Ratliff,
  • The Children de Tom Shankland,
  • Mama d’Andrés Muschietti,
  • Babadock de Jennifer Kent,
  • Come play de Jacob Chase,
  • Son d’Ivan Kavanagh,
  • Le village des damnés de John Carpenter/Wolf Rilla,
  • Sinister de Scott Derrickson,
  • Insidious de James Wan,
  • The Closet de Kwang-bin Kim,
  • Les Autres d’Alejandro Amenabar,
  • Sound of violence d’Alex Noyer,
  • Oculus de Mike Flanagan,
  • The invitation de Karyn Kusama,
  • Mother! de Daren Aronosky
  • 6e sens de M.Night Shyamalan,
  • La Nuée de Just Philippot,
  • The prodigy de Nicholas McCarthy,
  • Esther de Jaume Collet-Serra
  • The Omen de Richard Donner,
  • Brightburn de David Yarovesky,
  • Relic de Natalie Erika James,
  • L’orphelinat de Juan Antonio Bayona,
  • The Other de Robert Mulligan,
  • L’enfant du diable de Peter Medak,
  • L’exorciste de William Friedkin,
  • Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper,
  • Hérédité d’Ari Aster,
  • Grave de Julia Ducournau,
  • La colline a des yeux de Wes Craven/ Alexandre Aja,
  • Shining de Stanley Kurbrick,
  • It comes at night de Trey Edward Shults,
  • The visit de M.Night Shyamalan,
  • Mom & Dad de Brian Taylor,
  • Us de Jordan Peele
  • The witch de Robert Eggers
  • Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni
  • The Lodge de Veronika Franz and Severin Fiala,
  • Dark Touch de Marina de Van
  • Maggie d’Henry Hobson,
  • Lake Mungo de Joel Anderson,
  • Simetierre de Mary Lambert,
  • Chromosome 3 de David Cronenberg
  • Poltergeist de Tobe Hooper,
  • Conjuring de James Wan,
  • Amityville de  Stuart Rosenberg,
  • Dark Water de Walter Salles,
  • Vivarium de Lorcan Finnegan,
  • Sans un bruit de John Krasinski,
  • Ring d’Hideo Nakata,
  • Bunny Lake is missing d’Otto Preminger,
  • Frontières de Xavier Gens,
  • The loved ones de Sean Byrne,
  • Ropes de José Luis Montesinos,
  • Ghostland de Pascal Laugier,
  • Chucky de Tom Holland,
  • Logan de James Mangold,
  • Dernier train pour Busan de Sang-ho Yeon,
  • Possession d’Andrej Zulawski,
  • Under the shadow de Babak Anvari,
  • Searching d’Aneesh Chaganty,
  • We are still here de Ted Geoghegan,
  • Arès de Jean-Patrick Benes,
  • Grace de Paul Solet,
  • Babycall de Pal Sletaune,
  • It’s alive de Larry Cohen,
  • Les démons du maïs

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