Revenge est le premier film de la française Coralie Fargeat.
Après son viol, Jennifer prépare et exécute sa vengeance.

Après Prevenge, voici Revenge! Les deux films n’ont rien à voir à part qu’ils sont réalisés par des femmes, qu’il y a du sang, et que les personnages sont animés par la vengeance. C’est déjà pas mal finalement.

L’absurde séance qui a lieu au Katorza à Nantes, nous a fait le plaisir de projeter en avant première Revenge. C’est le premier long de Coralie Fargeat, nouvelle réalisatrice féministe de cinéma de genre. Au premier plan, la jeune actrice Mathilda Lutz (Rings de F. Javier Gutiérrez, 2017).
Revenge fait aussi le tour des festivals (PIFF, BIFF…) et propulsé par l’actualité #metoo et autre #balancetonporc, le film tombe à point nommé. Et c’est tant mieux!

Me too

Les coupables déjà désignés

Comme toutes les critiques que j’ai pu lire sur Revenge, j’évoquerai le parallèle avec Grave, de Julia Ducournau. Mais pour noter que si on en arrive à rapprocher les deux films qui n’ont absolument rien à voir, “juste” parce qu’ils sont réalisés par deux femmes, c’est dire le manque de visibilité des réalisatrices. Les films n’ont absolument aucun rapport.

Comme on n’a pas eu la chance d’avoir Coralie Fargeat en invitée lors de l’avant première, j’ai visionné des présentations du film à divers festivals. Il est clair que Coralie Fargeat joue la carte du féminisme et la libération de la parole des femmes, notamment aux USA, en remerciant Asia Argento ou Ashley Judd pour leur courage d’avoir parlé. Elle aurait tort de s’en priver.
Elle présente son film comme une métaphore de l’empowerment (la prise de pouvoir par une personne victime).

Revenge fait s’inscrit clairement dans le cinéma américain de divertissement, tant au niveau du décor à la Mad Max, que dans le grand guignolesque sanguinolant. Le film utilise des ressorts fantastiques pour porter une histoire à un ton réaliste. Le scénario tient sur deux lignes, c’est vraiment son traitement qui en fait un film à part. Parce que si le rape and revenge est un genre largement exploré, il a toujours été réalisé par des hommes. Et contrairement à ce que je peux souvent lire, le fait que des films soient réalisés par un genre ou un autre, ça change le regard.  Évidemment.

La culture du viol illustrée

Chupa Chups

Parce que là où Coralie Fargeat a eu une idée merveilleuse (que je n’attendais plus à vrai dire), c’est de positionner son héroïne, Jennifer, comme une femme qui aime séduire, et s’amuser. Dans la première partie, Fargeat joue à fond tous les codes de la super sexualisation du corps, en filmant de près les formes de Jennifer (même prénom que l’héroïne de I Spit on Your Grave),  s’attardant sur les regards des hommes. On est dans du mâle gaze. Est ce mal? Non, c’est un outil nécessaire pour montrer la mécanique de la culture du viol qui rôde.

Et ce sont des scènes qu’on a tellement vu dans des films sexistes, que l’on est mal à l’aise. Fargeat nous force à faire face à notre slut shaming, car en tant que femme on sait que ce genre de comportement a toujours été risqué. Et en même temps, le problème c’est bien l’interprétation des hommes de l’attitude de Jennifer. Elle est libre de son corps, et de ses envies.
En 2016,  une enquête a révélé que 27% des français-e-s pense que l’auteur d’un viol est moins responsable si la victime portait une tenue sexy. C’est dire si la déconstruction sur ce sujet est à faire.

On passe en female gaze lors de la scène du viol. On suit le regard de l’héroïne qui implore un complice de ne plus l’être. La scène fait froid dans le dos, même si elle est éludée. L’effet est finalement beaucoup plus efficace, car c’est bien la détresse de la victime que l’on entend et comprend. Notre regard n’est pas parasité par autre chose.

Catwoman en Tomb Raider

Telle une renaissance à la Catwoman, l’heroïne se mue en guerrière sanguinaire.
Le corps de Jennifer est toujours filmé de près, notamment lors de sa “mutation”. Mais là on voit des blessures, une hargne, un corps qui se prépare au combat (et un nouveau tatouage).  Jennifer se débarrasse d’un symbole phallique, son bout de bois qui la transperce. Le personnage devient mutique, on entendra plus le son de sa voix (sauf pour crier sa douleur). Déterminée, résistante (c’est le moins qu’on puisse dire!), Jennifer ne quittera plus l’idée de satisfaire sa vengeance.
J’ai lu des critique reprochant le fait que l’héroïne est toujours en petite tenue.
Le regard porté n’est plus du tout le même. C’est un corps qui lutte, qui se met en position de combat que l’on voit.

On passera sur les incohérences des distances, qui permettent en tous cas de faire avancer rapidement l’action.

Bain de sang

Où es tu vengeance?

Fargeat se fait un plaisir de nous faire grincer les dents à travers quelques scènes bien gore. On oscille entre dégoût et amusement, tant les scènes deviennent complètement folles.
Le final est particulièrement soigné, avec un plan séquence et une caméra qui suit de près l’agresseur, devenu traqué, nous embarquant dans un labyrinthe. De chasseur, il devient chassé, et cette impression est amplifiée parce labyrinthe dans lequel lui et le-a spectateur-rice se perdra.

Le film a quelques défauts, comme des sauts scénaristiques, des personnages assez simples voire caricaturaux. Mais le but de Revenge est assumé: la rage, la hargne face aux diverses violences faites aux femmes: objectivation, rabaissement, violences verbales, physiques. Et le regard final en dit long sur la lutte à venir.

Revenge est un premier film efficace, intelligent ce qu’il faut pour un divertissement, mais qui nous fait passer un très bon moment.

Revenge de Coralie Fargeat,
Avec Mathilda Lutz, Kevin Janssen,
Scénario et dialogues Coralie Fargeat,
Photographie: Robrecht Heyvaert,
Montage Coralie Fargeat, Bruno Safar et Jérôme Eltabet

Musique Robin Coudert
Sortie le 7 février 2018

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