Comme tout le monde le sait, chaque film est politique (oui je vais faire comme si c’était évident pour tout le monde). Mais certains prennent une dimension politique plus forte, du moins plus frappante, notamment dans la sphère médiatique grand public. C’est le cas de Scream 7, hautement problématique à plusieurs niveaux.

Je suis une grande fan de la saga Scream (même si je trouve Scream 3 nul et que j’adore Scream 4 mais je m’égare). J’ai d’ailleurs participé à deux épisodes du podcast La Saga pour évoquer Scream 2 et 6.
J’ai trouvé Scream 5 et 6 très inégaux mais il y a suffisamment d’éléments intéressants pour que je ne boude pas mon plaisir. Donc sur le papier, je n’étais pas réticente à ce que la saga continue, d’autant que le 7 devait finir la nouvelle trilogie amorcée dans le 5 avec les soeurs Carpenter.

Paramount Pictures France

Censure & préjugés

Mais les choses se sont vite corsées. Melissa Barrera a posté plusieurs messages sur les réseaux sociaux pour dénoncer le génocide commis par le gouvernement d’Israël. Ce qui n’est pas passé du tout auprès de SpyGlass, qui a considéré ces propos comme antisémites, et a évincé fissa Barrera du projet.

Même s’il serait logique pour tout le monde de prendre position contre les actions d’Israël, la position (dans le sens d’où elle parle) de Melissa Barrera n’est pas anodine; elle est mexicaine. Son pays a été traversé par des guerres menées par des colons espagnols avec la guerre d’indépendance en 1810, et par les USA, avec notamment la guerre américano mexicaine en 1846. Ces guerres ont laissé des traces à la fois concernant des territoires perdus comme le Texas, mais aussi évidemment d’inégalité sociale et de discrimination, ravivés d’autant plus avec Trump. Actuellement, des familles mexicano-américaines sont détruites, car l’administration d’extrême droite américaine expulse du jour au lendemain des mexicain.es qui vivent, travaillent et paient des impôts sur le territoire depuis 20 ans.
Bref, la colonisation, la violence, les crimes, les discriminations, sont bien connues du pays de Melissa Barrera. Rien de plus logique qu’elle prenne la parole sur ce sujet, d’autant plus avec sa notoriété soudaine acquise avec Scream.

Palestine is the new Vietnam

Il faut avoir en tête que la position des artistes pour soutenir Gaza, et surtout dénoncer le génocide est un vrai sujet aux USA, allié historique d’Israël. Susan Sarandon a récemment expliqué qu’elle a fait les frais de ses déclarations. Blacklistée d’Hollywood, elle a trouvé des rôles en Europe (en précisant qu’on avait dit aux réalisateurs avec qui elle tournait, de ne pas l’engager).

Variety a rapporté que Paramount (détenu par David Ellison dont le père est proche de Netanyahu) avait établi une liste d’acteurs et actrices à boycotter pour leurs positions sur Gaza.
Le sujet est tellement touchy, et facilement récupéré pour déblatérer des propos antisémites insupportables, certaines stars comme Mark Ruffalo font machine arrière.
En septembre 2025, 1500 stars américains comme Olivia Colman ou Javier Bardem ont appelé à boycotter des institutions israéliennes. Bref c’est un sujet comme depuis toujours complexe à articuler dans l’espace public, d’autant plus médiatique, et encore plus quand il s’agit de gros sous et de pouvoir.

Pour en revenir à notre sujet, ce que SpyGlass n’avait sans doute pas anticipé, c’est que la super star Jenna Ortega claque la porte en soutien à l’actrice.
Là dessus, le réalisateur prévu, Christopher Landon (Happy Birthdead) se prend des menaces des morts (analysés par le FBI), car les gens pensent que c’est lui qui a viré Melissa Barrera. Il quitte donc le projet (sans un mot de soutien pour Barrera, à part « c’est pas moi »).
Se retrouvant nu comme un ver, SpyGlass retourne voir Neve Campbell avec un chèque (7 millions de dollars dit-on) entre les jambes. Si on salue la prise de parole de Neve Campbell dénonçant un salaire proposé trop bas pour Scream 6 expliquant sa non participation, c’est bien dommage d’accepter de revenir dans ces conditions pour autant. Ce n’est ni valorisant pour elle professionnellement et éthiquement. Idem pour Courteney Cox qui au regard de sa prestation dans Scream 7, est juste là pour empocher le pactole.

Moi après le visionnage de Scream 7

Toujours est-il que dans ces conditions, compliqué de mettre en chantier un bon film, surtout quand on fait appel à Kevin Williamson à la réalisation, connu pour le merveilleux Mrs Tingle (non). SpyGlass a dû se dire que de placer le scénariste de la sage suffirait à sauver les meubles (toujours non).
Le film est donc mauvais. A part une séquence de cache cache dans les combles d’une maison (qui rappelle fortement Scream 3 pour mon non plaisir) sympathique, Scream 7 n’a aucun sens, aucun personnage, aucun intérêt, aucune cohérence (wtf l’attitude de Gale Weathers après son passé avec Sidney, genre vraiment aucune évolution est possible?), aucune tension. On sent juste Neve Campbell toujours touchée par Sidney Prescott et son souvenir de Tatum.
Mais je ne m’attarderai pas sur le film en lui même, tant il existe des dizaines de critiques qui expliqueront bien mieux que moi pourquoi il est nul.

Aller voir Scream 7 au cinéma ou acheter son futur blu ray, c’est financer une structure qui vire des gens qui usent de leur liberté d’expression et qui insulte les victimes de violences.

Scream ce vieux réac

Attention je spoil (et j’en ai rien à f..) !

D’un point de vue représentation, et donc moral et sociétal, ce qui est profondément dérangeant, c’est la manière dont Scream 7 représente les violences faites aux femmes.
Alors que la saga, et notamment le premier, traite brillamment des violences sexistes et sexuelles, mais aussi de la figure de la final girl en la modernisant, Scream 7 se vautre dans des représentations problématiques des victimes de violences.

Etre une victime n’est visiblement pas suffisant

Sidney est victime de tentative de meurtres dans 5 films (surtout 4). C’est à dire que tous les ans ou les 10 ans, elle voit l’histoire se répéter. Dès le 2, elle sait qu’elle aura toute sa vie une épée de Damoclès au dessus de sa tête, avec toutes les potentielles conséquences derrière: dépression, anxiété, solitude, paranoïa, etc…je dis potentielles car clairement ce ne sont pas des éléments qui ont été considérés dans l’écriture du personnage (à part un peu dans le 3, décidément je parle beaucoup du 3).
Si on prend un peu de recul, voici la liste des violences vécues à plusieurs reprises:

  • Viol et meurtre de sa mère quand elle avait 16 ans,
  • Psychologiques: manipulation des tueurs « amis », relation sexuelle avec Billy Loomis, découverte de son demi frère psychopate,
  • Tentatives de meurtres (avec manipulations psychologiques),
  • Blessures diverses plus ou moins graves,
  • Témoin de plusieurs meurtres dont des proches,

Malgré ça, on assiste dans le film à des dialogues surréalistes de personnages qui lui reprochent d’avoir quitté la ville, changé de vie, bref disparue de la circulation. Pardon, mais je pense qu’on peut déjà se réjouir que Sidney n’est pas finie en soins psychiatriques, donc je pense qu’on peut lui accorder d’être ermite.
Le plus drôle, c’est que ce reproche vient à la fois de Gale Weathers (si y en a une qui sait bien ce que Sidney a traversé, c’est elle), mais aussi de la tueuse.
Le film finit avec Sidney qui admet que oui c’est vrai, elle n’aurait pas dû s’isoler et qu’elle regrette. J’ai cru tomber de ma chaise devant tant d’incohérence. On en arrive à culpabiliser cette multi victime. Alors ok, Scream n’ont jamais été des films portant une grande analyse ou discours sur les VSS, mais ce n’est pas un slasher idiot non plus.

Victime, attention danger

L’autre (gros) problème, c’est la tueuse, Jessica, présentée comme une amie de Sidney. Si on écarte le fait qu’elle n’est absolument pas intégrée dans l’histoire, ni caractérisée (elle a littéralement 3 lignes de dialogues avec Sidney pour dire au spectateur qu’elle a été victime de violences conjugales), c’est un problème en 2026, dans un contexte politique d’extrême droite aux USA de mettre en scène une tueuse, victime de VSS.
Et comme ce n’était pas suffisant, Kevin Williamson n’a rien trouvé de mieux en mobile, l’absence de Sidney. Jessica a viré haineuse et meurtrière car elle s’est sentie abandonnée par Sidney.
Pendant son mariage violent, le livre écrit par Sidney « Ouf of Darkness » l’a aidée à s’en sortir. Donc, elle a très mal vécu quand Sidney a pris une décision pour son bien être.
Je ne sais pas si on se rend compte de l’indécence de la situation: une victime de violence conjugale tue des gens, et s’en prend à une autre victime de violences pour justifier ses meurtres.

Tout ça pour dire qu’aller voir Scream 7 au cinéma ou acheter son futur blu ray, c’est financer une structure qui vire des gens qui usent de leur liberté d’expression et qui insulte les victimes de violences.
C’est d’autant plus grave que ce film est notamment à destination d’un public adolescent. Mais vu les scores au box office, j’imagine qu’un autre opus verra le jour.
Chaque achat est politique, ce n’est jamais une goutte d’eau dans l’océan. Et si vous doutez, rappelez-vous du final de 1001 pattes, meilleur film antifa du monde.