3-L’apparence du loup garou

Visuellement, le loup garou propose peu de variations. La différence principale que l’on peut noter selon les films, est le choix de montrer une transformation progressive, partielle ou radicale.

Transformation progressive féminine

C’est la 1ère différence de traitement entre les hommes et femmes loups garou que l’on peut noter.
Dans la grande majorité des cas, on voit une transformation progressive de la femme. C’est à dire qu’on voit le visage du personnage évoluer; mais il garde son apparence humaine.
Quand je parle de transformation progressive, il s’agit de stades que l’on voit plus ou moins longtemps dans le film. Je ne tiens pas compte de la transformation progressive qui peut survenir juste avant la transformation totale.

C’est le cas dans la saga Ginger Snaps. On peut noter également une transformation progressive et partielle dans le magnifique film danois When animals dream.
Peu à peu, le visage de Ginger et Marie se rident, leur donnant une aspect acéré et pointu. La chevelure s’éclaircit, et le regard se fait plus incisif. Idem dans I Am Lisa.

Leurs visages rappellent le tableau de l’Allemand Ernst Ludwig Kirchner, Deux femmes dans la rue (1914).
Dans ce tableau, il représente deux femmes qui montrent leur nouvelle indépendance avec sensualité et assurance.
Les lignes angulaires, les hachures vigoureuses donnent une impression d’un mouvement vif et violent. Les lignes acérées et les masques des visages font référence au primitivisme que Kirchner apprécie beaucoup.
L’indépendance qui va avec leur maturité, c’est précisément ce qui caractérise Ginger et Marie. J’ai détaillé le cas de Ginger dans mon article sur la saga.

Deux femmes dans la rue

A noter que cette apparence fait aussi écho à une représentation assez courante de la vieille sorcière.
Longue chevelure claire, ongles longs et dents acérés, peau abîmée, avec parfois les yeux d’une couleur peu naturelle.
Cela renvoie aux sorcières présentes dans les mythes de pleine lune évoqués plus haut. Ainsi que les Déesses qui sont dotées de pouvoirs maléfiques, également lors de pleine lune.

Dans le fauché mais néanmoins partiellement intéressant I Am Lisa, on ne voit pas la transformation totale de l’héroïne. Il faut arriver à la fin du film pour voir une transformation partielle. Si le résultat n’est pas honteux, on s’éloigne d’une esthétique liée au loup. On est plus sur une représentation de démons.
Donc ici, on se situe davantage dans l’idée de pouvoirs maléfiques (comme les Déesses Grecques et Romaines, que j’ai évoquées plus haut).

Wildling

Wildling offre assez peu de séquences de transformation progressive, et d’ailleurs son état final est assez proche de l’humain (elle est plutôt à mi chemin entre un loup garou et un être humain “sauvage”)
En revanche, le film s’attarde sur les effets progressifs de cette transformation sur son psyché, ses relations avec le nouveau monde qu’elle découvre.

On voit majoritairement une transformation progressive de la femme, contrairement à l’homme

Finalement il n’y a que dans Wildling, et surtout She Wolf of London (mais quand on connait la fin on sait pourquoi), dans lesquels la louve garou garde une apparence relativement humaine.
A noter que dans le cas de ces 2 films, les protagonistes acceptent totalement leur condition. Dans le cas de Wildling, dans la mesure où elle a été privée de son corps pendant des années, elle en profite. Dans She Wolf of London, elle se soupçonne très vite d’avoir commis des meurtres la nuit et décide de s’isoler. Elle subit donc un gaslighting durant tout le film, alors que la menace est bien réelle, même si elle se trompe sur son origine.

She Wolf Of London

Transformation progressive masculine

Je l’ai dit, il y a rarement des transformations progressives de personnages masculins.

En revanche, il existe des représentations que je dirais partielles (c’est à dire qu’on ne voit pas de monstre loup à proprement parler). C’est à dire qu’on distingue toujours l’homme à travers sa transformation en loup garou.
C’est le cas dans Wolf, ou The Curse of Werewolf , Werewolf of London (1935) ou A werewolf boy. Mais leurs visages ne sont jamais défigurés. Ils sont surtout plus poilus !
De plus, cela a pour conséquence qu’on ne voit pas une potentielle douleur.

Quelles conséquences de ces transformations progressives?

Représenter ces transformations partielles agressent le visage (de la même manière que dans la représentation de la possession, ce sont les femmes qui ont le plus souvent le visage abîmé). Ce qui représente l’identité même, est touché. Ces femmes sont représentées sous un jour monstrueux, qui peut susciter un certain dégoût.
Par ailleurs, ces transformations progressives sont souvent douloureuses, physiquement ou mentalement. Le personnage doit s’adapter à ce physique qui évolue. Ce qui met ces personnages féminins en position de faiblesse, plutôt en train de subir cette transformation.

Au contraire, les hommes loups garou, connaissant rarement ce stade intermédiaire, ne vivent pas cet entre deux.
Pas de situations corporelles compliquées à vivre.
Ils sont le plus souvent montrés sous le jour d’une transformation complète. Ce qui assoit leur force et pouvoir, et provoque non pas du dégoût, mais plutôt de la peur. Et donc représente une domination.

Noter que cette différence peut paraitre anodine, pourtant il y a des recherches, notamment de Pierre Ancet dans son livre Phénoménologie des corps monstrueux qui démontrent le contraire. Il note que nous avons une véritable répulsion envers des corps difformes proches de l’humain (et donc de notre propre rapport au corps), contrairement à des absurdités végétales ou roches étranges. Qui plus est, si un sujet est perçu comme monstrueux, c’est d’abord parce qu’il est vu comme tel par autrui. On rejoint bien ici, l’importance de la notion du regard posé sur les femmes.

Par ailleurs, cela implique une notion d’attraction pour ce corps. En effet, ce corps étrange donne beaucoup de choses insolites à voir, donc on éprouve de la fascination (dont les femmes sont souvent l’objet dans le cinéma de genre).
Mais cette dualité attraction/répulsion font qu’on ne voit plus l’autre comme une personne à part entière. On ne la voit plus qu’à travers cette difformité. Ainsi, on retrouve ici la notion de femme comme objet.
Tout est détaillé dans l’émission La Saveur de La Finitude sur le body horror.

Vous voyez où je veux en venir? Cette défiguration des personnages féminins a une conséquence émotionnelle, ou un regard sur ces personnages, dont on a pas forcément conscience. D’autant plus si on est habitué-es à voir ces transformations progressives principalement sur un genre.
Et surtout, contrairement à la possession qui prend ses inspirations dans les manières de discréditer les femmes avec l’hystérie, je ne vois pas de raison à cette différence de traitement. Dans l’imaginaire collectif, le loup garou est un homme, donc peut être qu’on a voulu traiter les personnages féminins de manière différente. Peut être avez-vous des éléments de réponse?

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