
Quand j’ai vu la bande-annonce de Kraken, je pensais voir une comédie d’action horrifique dans la même veine que Vermines (2023, Sébastien Vaniček), La Tour (2023, Guillaume Nicloux) ou La Horde (2009, Yannick Dahan et Benjamin Rocher). Ou encore Attack the Block (2011, Joe Cornish), chez nos amis anglais.
Sauf qu’en fait, non. Enfin pas que. Kraken est tour à tour tendu, drôle, horrible et poignant. Surtout, il ne s’essouffle jamais. C’est un reproche que l’on peut parfois faire à certains films de genre français : une première partie efficace, puis une mécanique qui finit par tourner à vide. Ici, ce n’est pas le cas, jusqu’à la fin, le film te tient par les tripes.
Une mise en scène qui te prend immédiatement
Dès l’introduction, quelque chose fonctionne. Le cadrage, le travail de la caméra, le son : tout participe à installer une tension qui ne repose pas uniquement sur ce qui est montré à l’écran. Et c’est probablement l’une des premières grandes qualités du film. La réalisation est beaucoup plus ambitieuse que ce que pouvait laisser penser sa bande-annonce. La caméra sait quand montrer, quand suggérer et surtout quand laisser le spectateur dans l’attente. Le travail sonore joue également un rôle essentiel, que j’ai particulièrement apprécié.
La figure du CRS comme monstre moderne
Le film joue avec une idée assez forte : faire de la figure du CRS une figure horrifique. C’est très clair les 3/4 du film. La créature tue comme un flic. Elle utilise des armes de flic. Le film fait de nombreuses fois écho à des images qui ont marqué l’actualité et l’imaginaire collectif de ces dernières années en France : manifestants blessés par des tirs de LBD, violences à coups de matraque, personnes frappées au sol, coups portés à la tête ou à la nuque…
Mais sur le dernier quart ça devient un peu ambigu. Est-ce que le propos est de dire finalement le méchant n’est pas un CRS dopé à la haine ? Est-ce que c’est de dire que les quartiers se « cannibalisent » eux-mêmes parce que la pauvreté, la drogue et l’abandon institutionnel créent un système dont les habitants deviennent à leur tour les victimes ? Ce n’est pas clair et on se demande si le film joue une énième fois les clichés de banlieue ou si le propos est sincère…
En tout cas, la représentation de la violence policière est selon moi bien ancrée dans le film. Et ça rend certaines scènes beaucoup plus malaisantes qu’un simple film de monstres. D’autant plus que la semaine de sa sortie en salle, les lycéens de France qui manifestent pour obtenir plus des moyens pour leur éducation se font matraquer la gueule, étrangler, casser des dents par … bah des CRS… C’est un echo qui donne mal eu ventre.
En tout cas Kraken c’est super bien réalisé et porté par des acteurs de talent ❤️
