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[Analyse saga] Ginger Snaps, loup y es-tu?

Le loup garou est un mythe utilisé régulièrement dans le cinéma de genre, mais qui peine encore actuellement à produire des oeuvres marquantes.
La saga Ginger Snaps dresse le portrait de 2 soeurs, face au mythe du loup garou. Elle se compose de 3 films très différents, qui évoquent des thèmes spécifiques à chaque film.
Mais c’est surtout une saga centrée sur 2 personnages féminins, soeurs, adolescentes dont les scénarios ont été écrits par des femmes. Autant de rares caractéristiques qui méritent d’analyser la saga!

Sans spoil, pas d’analyse! Vous êtes prévenu-e!

SOMMAIRE

1-Le mythe du loup garou

2-Ginger Snaps de John Fawcett

3-Ginger Snaps: Resurrection de Brett Sullivan

4-Ginger Snaps, aux origines du mal de Grant Harvey 

1-Le mythe du loup garou

Un loup garou (ou lycanthrope donc), est un être humain qui se transforme totalement ou non, en loup. Il peut se transformer de manière non intentionnelle, (souvent à la pleine lune), ou intentionnelle. Il y a donc une version de la bête qui domine, et l’autre qui subit.
La 1ère trace écrite du mythe du loup garou date du V ème siècle. Autant dire que le lycanthrope a eu le temps de connaître plusieurs histoires. Je vous laisse apprécier la vidéo d’Occulture qui présente efficacement les grandes lignes du mythe.

Bien que le loup garou soit considéré comme une bête puissante, maligne, il est perçu négativement:

Sexe and sang

Mais comme vous vous en doutez, le loup garou est aussi une métaphore d’une sexualité effrayante.
Le Petit Chaperon Rouge est suivi par un loup (qui se mélange à l’humain via la grand mère) représentant la menace sexuelle des hommes.
JK Rowling associe les loups garou dans Harry Potter au VIH. La transformation de l’homme en loup garou est symbole d’une puberté douloureuse.
Et enfin, on aimerait bien oublier l’expression “Elle a vu le loup!”.

Si on admet que le mythe du loup garou peut toucher autant les hommes que les femmes, celles-ci sont relativement absentes des diverses histoires, mythes et faits divers.
Et quand elles sont présentes, il est question de troubles mentaux et d’expériences sexuelles compliquées. Comme le cas de cette femme de 56 ans qui est prise de bouffées délirantes après des rapports sexuels. Elle a eu le sentiment de se transformer en chien.

L’homme cet animal

Je dois avouer que j’ai toujours beaucoup aimé la figure du loup garou.
Elle se rapproche selon moi de l’Alien (autre métaphore de sexualité!) de Ridley Scott. En effet, dans le cas où le loup garou subit la transformation, son comportement est similaire.
Quand le lycanthrope apparaît, il n’a plus de souvenir de ses origines humaines, il agit à l’instinct. Il devient un prédateur féroce certes, mais d’abord un prédateur. Il n’a pas de conscience de bien ou de mal. Et c’est pour ces raisons que le robot Ash, dans Alien, admire le xénomorphe. “Un parfait organisme…qui n’est pas souillé par les remords, la conscience et les illusions de la moralité”.

Mais là où le loup garou est d’autant plus intéressant selon moi, c’est que cette “pureté” est directement intégrée à un corps humain, contrairement à l’Alien. C’est la parfaite métaphore de l’éternelle dualité de l’Humain. Il doit à la fois subir et affronter son côté obscur.
Une fois que le loup garou redevient humain, il doit non seulement faire face à son amnésie, mais par la suite à ses actes, qui, pour lui, ne sont pas réalité. Il n’a ni souvenir, ni conscience, et surtout sur lesquels il n’a aucune prise.
J’y vois ainsi une illustration de notre part d’humain qui vit dans le déni, ou de maladies liées à l’addiction notamment.

Le loup garou est aussi la personnification de l’expression , “l’homme est un loup pour l’homme” (prétexte narratif courant au cinéma). D’ailleurs le philosophe Hobbes se basa sur ce précepte pour écrire Le Léviathan. Je vous conseille la vidéo de Politikon à ce sujet.

Tout simplement, j’aime cette idée de mettre en image que l’Humain est animal comme les autres, ou presque.

2-Ginger Snaps de John Fawcett (2000)

Brigitte et Ginger sont 2 soeurs qui se positionnent en marginalité de tout. De leurs camarades, de leurs parents, et surtout de ce qu’on attend généralement de jeunes filles; douceur et gentillesse.
Une nuit, Ginger se fait mordre par un mystérieux loup, déclenchant des événements étranges…

Ginger Snaps a été écrit par Karen Walton, qui d’ailleurs reçue un prix Canadien pour ce scénario. Elle a par la suite, écrit principalement pour des séries Canadiennes inconnues par chez nous, excepté Orphan Black. Karen Walton est toujours aussi fière du film. Elle présente le film lors de nouvelles projections, et le film est toujours évoqué lors de ses interventions.
Katherine Isabelle tient le 1er rôle, celui de Ginger, suivie d’Emily Perkins alias Brigitte. (oui ce prénom sonne moins badass en français!).

Bienvenue dans l’âge ingrat

Le cinéma de genre utilise régulièrement la figure de l’adolescente. Carrie, Grave, Excision, Scream, Scream For Help, Teeth…Dans la plupart des cas, les règles sont d’ailleurs évoquées, voire montrées. Encore aujourd’hui, on hérite du dégoût des règles, issu des religions. C’est donc un élément narratif idéal dans le cinéma d’horreur pour susciter un certain rejet.
Par ailleurs, pour des raisons similaires que j’évoquais dans mon article sur la représentation de la possession, les règles restent un phénomène physiologique fascinant. Symboles de vie (l’existence d’un ovule), et de mort (la destruction de celui-ci), les règles sont vécues de manière très différente selon les femmes. Point qui selon moi, met l’accent sur le fait que les femmes ont une individualité propre, un corps propre à chacune.

Moi quand j’ai pas de chocolat

Vous l’aurez deviné, Ginger Snaps n’échappe à pas la règle (sans mauvais jeu de mot). Le déclenchement de l’action se situe au moment où Ginger a ses 1ères règles. C’est à cet instant que le loup garou (dont la présence sert uniquement à contaminer Ginger) est attiré par le sang et attaque Ginger. On peut y voir une allégorie du cheminement du Petit Chaperon Rouge. D’autant plus que le prénom Ginger et sa chevelure légèrement orange, sont signes de piquant, de feu, bref de vie. Désormais Ginger est une proie, au sens propre comme au figuré.

Ce qui m’amène à évoquer l’un des thèmes de Ginger Snaps. Une adolescence noire vécu à travers une sororité.
La plupart des films de genre utilisent le thème de l’adolescence pour montrer le cheminement d’un personnage, de manière positive. Le-a protagoniste traverse des épreuves, pour mieux se comprendre, et affronter ses peurs, afin d’avancer.
Ici le cheminement est inverse. Plus le film avance, et plus la descente aux enfer approche.

L’un des 1ers plans du film et l’un des derniers plans sont représentatifs de l’état d’esprit du film. Il faut savoir que leur chambre est d’ailleurs située au sous sol, pour illustrer leur marginalité, leur désir d’isolement et surtout le fossé entre elles et leurs parents qui vivent au dessus. Ils seront à déconnecté-es de leurs filles tout le film, surtout la mère.

1/ Début du film
Au début, on nous montre les 2 soeurs qui font le serment de mourir ensemble. Elles sont assises sur leur lit, qui ressemblent à des lits de détenues, tout comme les lampes.
Le décor indique clairement qu’elles ont une vision plutôt négative du monde qui les entoure. D’ailleurs la scène suivante, est le générique montrant les soeurs mettant en scène leurs morts.

Mais elles sont aussi entourées de violet, qui traduit le rêve, fantasme, et l’action. On distille l’idée qu’elles sont déterminées, mais que la réalité sera sans doute plus compliquée comme…l’adolescence.

Elles sont à égalité. Ca se traduit par leur place dans l’espace, et les positions symétriques de leurs corps.
Même si Ginger a le regard droit, donc dominant. Alors que Brigitte a la tête baissée, plus menaçante.
De plus, le bras de Ginger est tendu, démontrant une force. Alors que celui de Brigitte est comme hésitant.
La scène se finit sur un travelling arrière.

2/ Scène finale.
Ginger, transformée, a été tuée par sa soeur dans leur propre chambre. Le corps de Ginger est devenu inexistant, et elle est cachée par le noir.
La photo est sombre et traduit la douleur de Brigitte. Elles sont cette fois, à terre. Leurs cheminements respectifs ne les ont pas élevées.

En plus du meurtre, la position de Brigitte montre qu’elle a pris le dessus sur cette soeur dominante.
Les lampes au dessus des lits rappellent leur lien d’autrefois, et leur rêve de mourir ensemble au début. Le violet a quasi disparu, les illusions aussi.
Elles se quittent à l’endroit où elles avaient démarré.
La scène se finit sur un travelling arrière.

Et si on avait encore un doute sur cette noirceur, il suffit de regarder le générique du début. A lui seul, il envoie les images les plus choc de tout le film. Un défilé de simulations de tentatives de suicides des 2 soeurs, qui sera finalement le moment le plus proche de leur désir initial: mourir ensemble. Une réalité qu’elles matérialisent, qu’elles créent elles mêmes, mais qui restera inacessible.

La descente aux enfers est matérialisée également à travers le fait qu’à partir du moment où Ginger est mordue, on sait que la fin sera forcément douloureuse, d’une manière ou d’une autre.
Est ce que Ginger va tuer sa soeur? Va t elle s’enfuir et briser le coeur de sa soeur? Sera-t-elle tuée? Cette question en suspens provoque beaucoup d’empathie à la fois pour le personnage condamné, mais aussi le personnage qui subit en étant démunie, Brigitte.

Le monde qui les entoure est menaçant. Ca se traduit par des plans de biais, ou en situant les personnages au dessus de Ginger et Brigitte.
Mais aussi par des plans du dessus, comme quand on sent Brigitte dépassée par un choix de serviettes hygiéniques. (Et comment ne pas voir les garçons comme les vrais prédateurs, qui guettent leur proie du haut de leur perchoir?).

Il faut noter que Ginger Snaps est un des rares teen movie à mettre en scène une relation de soeurs qui s’aiment, mais qui sont réellement solidaires. Et ce malgré leurs différences d’allures et physiques (on nous montre d’emblée que celle qui plait, est Ginger).
La contamination de Ginger met à mal leur relation, mais elles sont soudées du début à la fin. Elles veillent l’une sur l’autre, et l’objectif de Brigitte est de protéger sa soeur. Pas de love interest, elle se gardent elles, en tête.

T’as les crocs?

S’il n’y a pas de love interest, la sexualité n’est pas écartée pour autant. Ginger Snaps utilise le ressort narratif attendu, à savoir que la morsure de Ginger (et les règles), transforment celle-ci en bête assoiffée de séduction et sexe.
Avec l’emblématique scène au ralenti, le film nous montre clairement que l’appétit sexuel de Ginger est réveillé (d’ailleurs le nom Ginger fait référence à quelque chose d’épicé).
Mais cette scène se démarque par le fait que quand Ginger arrive au lycée, elle est très hésitante. Semblant heureuse, mais avec une certaine peur. Qui s’estompe au fur et à mesure de ses pas. C’est évidemment une métaphore de la manière dont on peut se sentir quand le corps et les sens changent à l’adolescence.
Mais on sait que Ginger va droit vers un destin qui ne sera plus humain, et qui compliquera dans tous les cas, son futur. Et pourtant elle avance, confiante. Une métamorphose qui annonce une tragédie de notre point de vue, mais pas de celui de Ginger.
Une transformation inévitable, à l’image de l’étape de l’adolescence est incontournable.

D’ailleurs cette question d’ouverture à la sexualité tourne court. Elle contamine un garçon niais de son lycée (on retrouve ici la métaphore du VIH), dont l’effet de transformation ne sera pas du tout le même que pour Ginger. Il devient moche, boutonneux, perdu. Il n’est ni prédateur, ni fort, ni intéressant. Bref, son état physique est pire qu’avant. Il n’est plus le mâle dominant du début. D’ailleurs, son cas est complètement négligé dans le film. Il représente un dommage collatéral, rien de plus.
Bref, l’éveil à la sexualité n’est pas concluant dans Ginger Snaps. Comme la plupart des 1ères expériences sexuelles non?
Pour continuer avec les personnages masculins, le seul dépeint comme intelligent est le dealer qui s’intéresse à Brigitte (et non pas à Ginger, fille identifiée comme jolie). Mais tout ce qu’il méritera, c’est de finir dévoré…

On peut y voir malgré tout une prise de contrôle de Ginger sur son corps. Elle s’émancipe, s’assume.
Sa transformation lui donne la force de renverser la domination que les garçons, ou les filles populaires exerçaient sur elle et sa soeur.

Les personnages des parents auraient mérité un traitement plus approfondi, car ils sont prometteurs.
Un père qui comprend beaucoup plus de choses qu’une mère qui cherche à être maladroitement proche de ses filles. Et qui s’avère accepter ce qui arrive à Ginger avec la plus grande bienveillance et détermination (même si dans ce contexte précis, ça serait plutôt de la complicité de meurtre!). Car consciente du poids porté par les femmes, et notamment des mères.

Un 1er opus qui se démarque des autres films de loup garou en mettant au 1er plan des personnages d’adolescentes percutants. Le film pêche en revanche sur le design et la création de la créature qui peinent à effrayer.
Un teen movie de loup garou comme on en verra plus par la suite.

3-Ginger Snaps: Resurrection de Brett Sullivan (2004)

Brigitte se retrouve prisonnière d’une future transformation, mais aussi d’un institut médical qui tente de la soigner…

Ginger Snaps ayant connu un modeste mais honorable succès, 2 suites ont été enclenchées. Si on peut s’interroger sur la démarche de lancer 2 suites à la même année, les propositions sont tout à fait différentes.

Avec un titre un peu pompeux dont la pertinence est à discuter, Ginger Snaps Resurrection raconte le parcours de Brigitte, qui est désormais seule. Sans Ginger, sans parents, sans ami-es.
Le film est écrit par la scénariste, Megan Martin (qui n’est pas connue pour grand chose de plus).

Requiem for a spliff

Le film fait fortement penser à Freddy 3, dont l’action se passe dans un centre médical pour adolescent-es à problèmes.
On utilise donc ici le thème du loup garou pour faire un parallèle avec un comportement addictif (notamment la drogue, avec la seringue dont Brigitte a besoin). Brigitte, qui a été contaminée à la fin du 1er opus, se bat contre les apparitions de sa métamorphose inéluctable.

Ainsi, si Ginger embrasse les effets de sa contamination dans le 1er film, Brigitte est en rejet total contre l’inévitable transformation. Elle n’est pas sexualisée, au contraire. On assiste davantage à une déchéance physique; entre sa transformation et les blessures qu’elle s’inflige elle même. Elle est répugnée de son état physique qui change, et contre lequel elle ne peut rien.
D’ailleurs, sa transformation physique est beaucoup plus répugnante et graphique que celle de Ginger. Celle ci reste très féminisée, presque fétichisée “lionne” jusqu’à la fin.

Au delà de l’évident parallèle avec l’addiction qui abîme les corps, j’y vois surtout une illustration de la métamorphose du corps, qui nous amène presque toutes à ne pas nous aimer à un moment donné.
Et ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette représentation, c’est que Brigitte n’est cette fois, pas lycéenne. Elle tente tant bien que mal de commencer à faire sa place en tant que jeune adulte.
Si on a tendance à beaucoup évoquer le corps de l’adolescente qui change, il est plus rarement évoqué des difficultés à aimer son corps de jeune adulte. Or, nous sommes nombreuses à constater qu’on se préfère autour de 30 ans, qu’entre 20 et 25 ans.
Pourtant le cheminement semble assez logique. L’adolescence est la période où on doit apprivoiser ces changements corporels inévitables. Quand la phase d’après consiste à savoir ce qu’on en fait pour se construire une identité.

La seule référence à la sexualité est posée dans une séquence où l’on voit l’ensemble des patientes se masturber dans une séance de yoga. C’est ce que Brigitte imagine. Cela part d’une bonne intention mais à mon sens (la masturbation féminine est toujours un sujet tabou), cette séquence tape complètement à côté.
On pourrait penser qu’on est dans une female gaze puisqu’on est dans les fantasmes de Ginger. Hors, la caméra s’attarde à montrer l’ensemble du corps vu de haut. Le point de vue est dominant, pas dans les sensations, et ne s’intéresse pas à l’éveil des sens ou d’une partie du corps en réaction à cette masturbation. On est finalement complètement dans le male gaze.
Par ailleurs, on tombe dans le travers classique. Associer sexe et pulsions meurtrières de manière gratuite. Car auparavant, le film n’évoque pas du tout l’instinct meurtrier de Brigitte.

La femme est un loup pour la femme?

Le film a la bonne idée de matérialiser le loup garou comme un démon qui rôde dans les bas fonds de l’hôpital (qui peut renvoyer au sous sol de la maison des soeurs dans Ginger Snaps). Il représente le Mal de Brigitte, ses tourments matérialisés. D’ailleurs, c’est l’endroit des horreurs: l’infirmier corrompu qui la harcèle, y emmène des patientes qui se prostituent contre leur dose. C’est aussi un endroit désaffecté, qui offre à Ghost un semblant de refuge.

Finalement, Brigitte, transformée en loup garou se retrouve dominée à la fin. Comme Ginger à la fin du 1er. Quand on est une femme loup garou, il semble que ça ne soit pas synonyme de libération

Le personnage de Ghost (car elle est transparente aux yeux des autres), s’apparente à une petite soeur. Ainsi, Brigitte trouve une nouvelle soeur, mais cette fois c’est elle qui joue le rôle de l’aîné. Si au départ elle se positionne en rejet par rapport à Ghost, elle finit par s’attacher à la seule personne qui lui montre de l’empathie.
Mais…là encore la relation de sororité est mise à mal. Déconnectée de la réalité (elle se plonge dans des comics, et veut aider Brigitte sans avoir conscience de ce que cela implique), Ghost s’avère être la plus cynique (introduit de manière assez maladroite).

On assiste dans Ginger Snaps Ressurection, une continuité du pessimisme ambiant sur l’adolescence (avec le parallèle de l’addiction), mais aussi dans une relation de sororité destructrice.
C’est accentué par le fait que la maison de la dernière partie du film se transforme (!) à celle d’Hensel & Gretel. A la différence qu’ici ce n’est pas la sorcière la menace, mais la jeune fille. L’habitat est perdue dans la forêt, qui semble accueillante pour d’éventuels visiteurs, mais qui se révèle mortelle.
A noter que Ghost ne fait aucune différence entre ses proies, homme ou femme, tout y passe.

Une suite qui aborde des nouveaux thèmes, mais qui manque de rythme et de finesse. Le loup garou est nettement plus réussi, et une ambiance suffisamment poisseuse pour me faire passer un bon moment.

4-Ginger Snaps, aux origines du mal de Grant Harvey (2004)

Au 19ème siècle, Brigitte et Ginger parcourent une forêt enneigée, cernée par des loups. Elles intègrent un camp, peuplé d’hommes, où elles trouvent refuge. Le répit est de courte durée…

Si le lancement de 2 suites simultanément pose question, on peut avoir un début de réponse en visionnant Ginger Snaps, aux origines du mal. Il est écrit par Stephen Massicotte et Christina Ray.
C’est un opus complètement à part, qui pourrait même exister en dehors des 2 premiers films.
L’action transportée dans un autre siècle, c’est un vrai pari de situer les 2 soeurs emblématiques du cinéma de loup garou dans un contexte totalement différent. Mais c’est aussi une manière de faire revenir Katherine Isabel dans le rôle de Ginger, qui a plus de charisme que sa consoeur, et qui reste la figure emblématique de la saga.

Raconte-moi une histoire

C’est d’abord le décor qui tranche radicalement avec les précédents films. Les adolescentes errent dans une forêt dont l’hostilité se traduit d’abord par la neige. La pureté de la neige apporte une touche de conte de fées, aspect qui est renforcé par les costumes de Ginger et Brigitte. Enveloppées dans un manteau avec une capuche, on peut y voir une ressemblance avec la princesse Disney Belle de la Belle et la Bête, ou encore une fois Le Petit Chaperon Rouge (toutes 2 également sous la neige).
la fonction 1ère de ce manteau est évidemment de se protéger du froid. Autrement dit d’une menace. Mais j’ai toujours trouvé que la capuche renforçait cette impression de protection de manière plus globale. D’ailleurs Le Petit Chaperon Rouge se protège du loup, La Belle, de la Bête.

Le film suit le schéma narratif classique du conte de fée (voire de beaucoup de structures de films de manière générale):

Par ailleurs cet aspect conte de fées se traduit par l’introduction en voix off de Brigitte qui raconte la légende de “la rousse et de la noire”; sous entendu, leur histoire. Une variante de “Il était une fois”. C’est également elle qui conclu le film.

Autre différence de taille avec le 1er, les soeurs ne sont plus vraiment adolescentes. Plus question de règles, de scolarité, ni même d’environnement familial ou amical. Ici elles sont seules, unies. Et les placer au 19ème siècle n’est pas anodin. C’est une période charnière pour le féminisme aux USA (et non pas le début du féminisme comme je le lis souvent. Le féminisme existe depuis toujours, sous différentes formes!).
Elle est marquée par la Convention de Seneca Falls en 1848, visant à améliorer le droit des femmes.
Le titre Ginger Snaps, aux origines du Mal prend donc tout son sens ici…

Alors que Ginger est sexuellement active dans le 1er film, suite à sa morsure, elle ne l’est pas du tout dans cet opus. Elle est même tout de suite tout à fait consciente de sa future dangerosité, et cherche à protéger Brigitte. Elle fait preuve d’une grande empathie pour le petit loup garou qui l’a mordu. Bref, elle prend en compte son entourage, ce qui n’est pas du tout le cas dans Ginger Snaps.
Ginger n’est pas faible pour autant. Elle utilise son pouvoir de manière plus raisonnée que dans le 1er, en montrant sa puissance pour libérer sa soeur.

Brigitte, personnage principal

De son côté, le personnage de Brigitte est subtilement différente du 1er film. Elle reste en retrait par rapport à Ginger mais s’avère être une réelle coéquipière contrairement à Ginger Snaps. Malgré la condition de Ginger, à aucun moment elle ne flanche, et elle tient tête à sa soeur quand celle-ci veut l’écarter (et comme précisé au-dessus, c’est elle qui se charge de raconter leur histoire).
Alors qu’elle est considérée comme la fille moche dans le 1er, elle qui éveille l’intérêt de l’Amérindien.
D’ailleurs sa posture est complètement différente. Dans le 1er elle est recroquevillée sur elle même, ses cheveux cachant son visage. Ici elle se tient droite et a le visage clair et dégagé. Cela traduit aussi une égalité dans les rapports avec sa soeur. Il n’y a plus de dominée.
Le personnage de Brigitte garde son background d’origine, tout en connaissance une légère évolution.

Le film reste très faiblard dans son écriture de personnages. On sent que l’effort a été concentré sur l’esthétique, et il faut dire que la photographie est plutôt réussie, reflétant une belle ambiance de conte horrifique.
Malheureusement, sans personnages solides (les antagonistes manquent cruellement de charisme dont on ne sent pas vraiment la menace, et le petit loup garou est vite expédié), on peine à avoir de l’empathie. Et donc un réel intérêt pour les enjeux des personnages).

La pureté du blanc de la neige, des soeurs qui déjouent le destin et restent ensemble, Ginger en empathie, Brigitte dénuée de complexes, cet opus vient contrebalancer la profonde noirceur du 1er.
Tous ces éléments racontent un conte de fées de sororité. Les hommes, qu’ils représentent une menace ou un salut, sont écartés. Les soeurs fonctionnent cette fois en équipe, et c’est avec la condition de loup garou qu’elles vécurent heureuses…
Une différence qui les isolent du monde (mais dépeint comme dangereux en tous points ici).

Alors la saga Ginger Snaps est-elle une bonne saga du cinéma de genre?

D’un point de vue cinématographique, les 2 derniers films surtout, peinent en termes de rythme et d’écriture des personnages. Ce qui limite l’impact émotionnel.
Les vraies forces de Ginger Snaps, sont évidemment ses 2 personnages féminins. A travers 3 films très différents, plusieurs thématiques sont abordées. Tantôt une vision de l’adolescence très noire, contrebalancée avec des versions plus positives.
Les 3 films ont été écrits par des femmes, et dans chaque film, la notion de love interest est complètement écartée. Et la présence des hommes qui rôdent autour des femmes n’est pas occultée pour autant. Mais à aucun moment, il n’y a un message qui vient contrebalancer ce constat. Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Pour autant, chaque film n’appuie pas lourdement sur un message ou des références féministes (comme dans le dernier The Craft, mais ça sera le sujet d’un autre article!). Ils présentent une sororité avec ses forces et ses faiblesses, dans un monde qu’elles peinent à comprendre et à les comprendre. Des jeunes femmes qui tentent d’exister pour ce qu’elles sont. Monstres ou pas.

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