47 est la chaîne Youtube d’Euka qui évoque avec passion le cinéma de genre. Elle retrace notamment l’histoire du cinéma d’horreur à travers plusieurs capsules vidéo. Mais elle reste mystérieuse…Alors qui se cache derrière cette curieuse cassette VHS?

La passion du cinéma de genre au coeur de 47

Peux tu te présenter ?

Alors je me surnomme 47, c’est tout simplement un jeu de mot avec mon prénom. Je suis une personne pleine de curiosité et on m’a souvent dit que j’aimais les choses bizarres.

J’ai toujours été attiré par l’art en général, même si j’affectionne particulièrement le cinéma. J’ai eu la joie de faire des études en arts plastiques et nouveaux médias à la fac.
Maintenant je ne travaille pas du tout dans ce domaine mais j’ai gardé cette passion.

Quelle est l’historique de la chaîne?

Avec mes études j’avais appris les rudiments du montage et j’ai toujours aimé ça.
Il y a deux ans, j’ai décidé de reprendre cette technique pour parler de cinéma. J’avais envie et besoin de faire autre chose que mon travail salarial. J’avais envie de reprendre les recherches, les lectures, les réflexions…

La vidéo m’a semblé un bon moyen de montrer tout ça. C’est comme cela que j’ai décidé de faire ma chaine 47. Youtube m’a paru le plus simple. Mais j’ai d’abord eu un peu « peur » de cette plateforme. C’est totalement bête car j’avais peur que des inconnu-es voient mes vidéos. Je n’étais pas du tout sûre de moi et je me demandais si j’étais légitime. Mon entourage m’a soutenu dans ma démarche, et je me suis lancée.

Tu proposes deux formats pour l’instant (regarde encore, et un dossier sur l’histoire du cinéma d’horreur). Peux tu présenter ces deux formats, leurs buts, ce que tu as voulu faire passer?

L’idée de la série « Regarde encore » est tout simplement de donner envie de voir ou de revoir des films que j’affectionne et qui à mon goût, ne sont pas assez connus ou reconnus.
Pour le moment il n’y a que deux vidéos Brazil et la saga Mad Max.
Tout à commencé avec Mad Max Fury Road. Un des meilleurs spectacles que j’ai vu au cinéma. Mais beaucoup de personnes autours de moi dénigraient ce film, j’ai voulu lui rendre hommage avec ma première vidéo. Car en plus d’un spectacle magistral, c’est un film plus malin qu’il n’en à l’air. 

Pour Brazil, je le trouve hélas très d’actualité, et beaucoup trop méconnu. Je l’aime pour les sujets qu’il aborde entre la dictature étatique, la pression sociale. Mais aussi le pouvoir des médias, pour finir tragiquement sur la liberté par l’imagination.
Hélas, je n’ai pas été très prolifique sur cette série je dois l’avouer. 

Puis l’année dernière, j’ai voulu me lancer dans une nouvelle aventure, en faisant des vidéos sur le cinéma d’horreur et d’épouvante. C’est un genre que j’adore et qui est souvent méconnu, voire mis au ban. Quelle injustice !

Je voulais aborder la représentation du monstre. Des monstres. Et en commençant mes recherches je me suis rendue compte que je confondais les périodes, les réalisateurs , etc… alors j’ai commencé à reprendre tout depuis le début. C’est comme cela qu’est né « Une histoire du cinéma d’horreur ». L’idée c’était de faire un épisode de moins de 10min par décennies.

C’est tout simplement  un tour d’horizon historique, en replaçant les films dans leurs contextes. Ca me semblait important de le faire. Pour moi d’abord car j’avais de grosses lacunes, ensuite pour tout ceux qui ne connaissent pas le genre. Et surtout pour ceux qui croient que c’est un genre récent, pour un public d’adolescent écervelé. Car il ont p***** de tort!  

Quel matériel utilises tu?

J’ai un vieux coucou d’ordinateur qui me demande beaucoup de patience car sa capacité de calcul n’est pas très élevé. Pour la voix on me prête un enregistreur zoom.

Pour les recherches je passe beaucoup de temps dans les bibliothèques. Je suis à l’ancienne, papier crayon et j’ai une utilisation abusive du post it et des listes!

C’est un cercle: si la société change, la représentation des genres change aussi. Et si les représentations changent, la société change!

Ton format est volontairement synthétique malgré la densité du sujet. Comment fais tu pour sélectionner ce que tu veux étudier, mettre dans ta vidéo? Comment effectues tu tes recherches?

Je commence par noter tout ce qui me vient en tête, films, dates, faits historiques, personnages, réalisateurs, archétypes… Au départ c’est un peu le bazar mais la plupart du temps il en ressort des liens.
Là je commence à lire sur des sujets vastes, le monstre au cinéma, la représentation de l’horreur, la censure, etc… je prends beaucoup de notes. Puis je laisse reposer.
Ensuite je reviens sur mes notes et je fais un tri des idées principales. En essayant de ne pas être redondante. J’essaie de dégager les idées les plus marquantes et pertinentes. Une fois tout ça digéré, je reviens dessus pour écrire.
Hélas, je laisse beaucoup d’informations de côté, j aimerais parler de tout mais il faut faire des choix, l’idée c’est de faire un contenu digeste. 

Je parle aussi beaucoup de mes recherches à des proches. Ils m’aident à rester cohérente. Certain.e.s connaissent le genre, d’autres pas du tout. Ca me permet de rester claire pour les néophytes, mais d’en dire assez pour ceux qui connaissent déjà. Enfin j’essaie !

Et puis des post it, des listes, des post it, des listes…

Réflexions sur le cinéma de genre

Dans ta vidéo sur le cinéma d’horreur tu t’intéresse à la mise en scène et à ce que celle-ci fait passer. Par exemple, sur La Féline tu notes sa portée féministe. Comment vois tu l’évolution de la portée féministe d’un film de genre au fil des époques?

C’est intéressant déjà de bien se rendre compte que les films avec une portée féministe ne datent pas d’hier. Il suffit de voir Häxan, la sorcellerie à travers les âges de B. Christensen(1922), ou Le renne blanc de E. Blomberg (1952).

Il est heureux de constaté que le cinéma de genre à souvent mis en avant des rôles féminins forts. Hélas, il est malheureux de constater le surnombre de personnages féminins qui sont, soit toujours en détresse et ont besoin d’un homme pour les sauver/protéger. Soit doivent souffrir (très souvent un viol d’ailleurs) pour finalement devenir forte .

Pour moi ce qui a vraiment changé, c’est déjà la libération de la parole de la femme et de sa légitimité. On peut voir de plus en plus de rôles féminins émancipés de leurs rôles mère/épouse/catin/victime.

Même si les différents mouvements féministes de datent pas d’hier (pensée pour Olympe de Gouge qui publia la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 et fut gillotiné deux ans plus tard), ils ont ces dernières années eu un véritable écho médiatique, et je l’espère une véritable prise de conscience collective.
C’est finalement un cercle: si la société change, la représentation des genres changent aussi. Et si les représentations changent, la société change.

On commence enfin à citer de plus en plus dans le mainstream des réalisatrices de film de genre, et ca ca fait plaisir !

Tu notes dans une vidéo que le jeu des acteurs est surjoué “même pour l’époque”. Comment arrives tu à fixer ton regard sur l’interprétation des acteurs ou actrices selon les époques?

Je parle en effet de certain jeu d’acteurs.rices, entre autres dans La Momie de Karl Freund sortie en 1932. Certaines scènes sont vraiment sur-jouées, une interprétation à la limite du muet. Sortie la même année, Les chasses du comte Zaroff de Ernest B. Schoedsack ou Freaks de Tod Browning nous offrent des interprétations beaucoup plus fines (deux films que je recommande d’ailleurs !).
Du coup je fonctionne en comparaison de ce qui se fait à l’époque et bien entendu, je fais aussi en fonction de mon ressenti, c’est assez subjectif.

Certaines personnes ont du mal avec les films anciens car justement , la mise en scène, l’interprétation, le rythme, sont très différents de la façon de faire aujourd’hui. 

Moi ça ne me dérange pas, j’aime beaucoup même, chaque époque et chaque pays à sa façon de faire.

Tu parles beaucoup de censure dans tes vidéos. Penses tu qu’elle devrait exister? Quel regarde portes tu sur celle d’aujourd’hui dans le cinéma de genre?

La question de la censure est super intéressante. Art et censure on toujours été étroitement liés, avec l’un influençant l’autre et vice versa.

Il ne faut pas oublier que la censure est imposée par un porteur de pouvoir, souvent étatique ou religieux. C’est la plupart du temps le haut de la pyramide. S’ensuit les producteurs, les distributeurs et jusqu’à l’autocensure.
Il existe plusieurs façons de censurer, de la plus radicale avec l’interdiction complète d’une oeuvre, à la plus discrète, avec un remontage ou un recadrage de plan .

L’histoire de la censure passée et actuelle est fascinante, car elle nous pose la question de la morale passée, présente, et donc future.

La censure pour moi, c’est réduire le champs du visible et de la liberté d’expression. 
Je n’accepte pas qu’un groupe dit « supérieur » décide pour les autres ce qu’ils peuvent dire ou voir. Le passé nous a montré que les actes de censures sont la plupart du temps pour: soit faire taire une opposition (la censure de propagande par exemple), soit pour garantir la moralité

Dans ce sens je suis contre la censure. Je suis consciente qu’il faut des règles, pour limiter les abus (comme l’appel à la haine, la protection des mineurs, …).mais il ne faut pas confondre devoir et pouvoir.

Il faut continuer de mettre en garde, les images ne sont pas anodines. Je pense par exemple au jeune public, mais je suis contre les interdictions d’âge, ça n’a pas de sens. Il faut bien être vigilant avec ce que l’on regarde, ce que l’on écoute, et se que l’on montre.

Quel est ton monstre préféré? Pourquoi?

Je dirai Leatherface. L’ogre créé par Tob Hooper. Il m’effraie et me fascine.
Certain.ne.s me diront que c’est un homme et pas un monstre. Mais pour moi, il a fini par dépasser sa condition d’homme pour devenir un monstre du cinéma: un coté créature de Frankenstein, ogre moderne, croquemitaine sociétal. Il incarne quelque chose de très politique tout en étant un machine à cauchemar.

Au moment où le cinéma américain se tourne vers le futur (abandon du code Hays, émergence du nouvel Hollywood), Tobe Hooper et son monstre ne vont pas nous montrer le progrès. Ils vont nous figer sur place dans des territoires d’infamie, aride, hostiles, au sombre passé colonial et sudiste.

Leatherface est un ogre cauchemardesque engendré par la société, aussi malade que tourmenté. C’est un marginal rejeté, vivant à l’écart.
Il représente une Amérique abandonnée, une Amérique des oublié-es. Celle que l’on ne veut pas montrer, comme si en ne la regardant pas, cette autre Amérique allait disparaître.
Mais elle ne disparaît pas. Elle reste figée dans le temps, entre deux eaux.

Dans une certaine logique de survie les monstres accomplissent l’impensable.

J’aimerai beaucoup faire tout un dossier la dessus. Sur Leatherface et sur le cinéma de Tobe Hooper que j’aime beaucoup et qui est très riche, surtout sur son regard critique sur l’Amérique .

le monstre du cinéma de genre

Peux tu citer 3 films issu du cinéma de genre que tu as vu récemment et qui t’ont marquée? (en bien ou en mal).

Je vais choisir trois film que j’ai aimé, car j’ai plutôt tendance à oublier ceux que je n’aime pas.

Enemy de D. Villeneuve (2013). Je l’ai découvert grâce à la plateforme de « screaming français » Shadowz. C’est l’histoire d’un professeur universitaire qui se découvre un sosie. Un véritable double de lui même. Il décide alors de le suivre et de l’épier.
Un film mystérieux, plein de symboles, pas du tout dans le voyeurisme mais plutôt dans une introspection.  En plus c’est un film avec une belle esthétique. Je n’en dirais pas plus mais allez voir ca !

The endless de J. benson(2018), que j’ai découvert grâce à Laura fait genre. Dix ans après leurs départ d’une secte, deux frères décident de retourner voir la communauté après un étrange message qu’ils ont reçu.
Bien plus qu’un film de secte, c’est un film qui mélange efficacement les genres. Il est vraiment très surprenant. Mais à nouveau je ne veux pas trop en dire!

La plateforme de G Gaztelu-Urrutia(2019), film espagnol sortie en France sur Netflix durant le confinement. Ici nous sommes face à une dystopie horrifique, ou certain.ne.s citoyen.ne.s sont condamné.e.s ou décident d’être incarcéré-es dans une sorte de prison verticale. Chaque jour une plateforme rempli d’un festin culinaire passe à chaque étage durant quelques minutes, du haut vers le bas. Si chacun.ne. mange juste à sa faim, il y en à pour tout le monde.
Allégorie sociale plutôt facile, c’est un film que j’ai beaucoup aimé malgré tout. C’est une satire diablement efficace, simple mais maitrisée. Le film nous laisse sur plein de questions et c’est au spectateur d’essayer d’y répondre.

Que penses tu de la violence graphique dans le cinéma de genre? Celle qui n’est pas suggérée, et qui met le public face à des scènes parfois dures? As tu des exemples de films où elle te semble justifiée?

Je fais partie de ces spectateurs que la violence graphique ne rebute pas. 

J’aime quand elle à un sens ou bien au contraire quand elle n’en à pas du tout, et que l’absurde prend le dessus. Par contre, la violence graphique pour simplement le scandale, ou faire le buzz (on dit encore ça ?haha), je la trouve juste objet de marketing et je ne trouve pas ça intéressant.

Je vais essayer d’en énoncer quelques unes qui m’ont marquée. J’ai beaucoup ri devant Butcher, la légende de Victor Crowler( J. D. Moore, 2006), du gore fun décomplexé qui tourne à la dérision les codes du slasher.

La dernière maison sur la gauche (Wes Craven,1972), fait le portrait d’une époque très tourmentée. Le manque de moyens du film nous montre comment mettre en scène, dans le meilleur (et le pire) du réalisme fictionnel.

La scène de l’exécution dans American story X (T. Kaye, 1998) est très violente, frontale, sans concession. C’est un point de non retour dans le film, pour les protagonistes comme le spectateur.

Un chien andalou de Luis Brunel 1929, nous crève littéralement les yeux pour nous faire entrer dans un univers surréaliste.

Un film que tu aimes qui est détesté par la majorité?

Sans hésitation, Cannibal Holocaust sorti en 1980 et réalisé par Ruggero Deodato. Je sais que beaucoup de personnes détestent ce film à cause du massacre réel d’animaux. Et ils ont tout à fait raison. J’ai vu ce film et ces scènes sont atroces. Ce scandale a hélas été plus médiatisé que le propos du film qui est une critique de la déontologie journalistique et du pouvoir de l’homme blanc.

Pour autant je ne dirai pas qu’il faut avoir vu ce film. Si il ne vous tente pas , n’y allez pas. Et si vous voulez le boycotter, allez y.

Le film de genre qui t’a fait aimer le cinéma de genre?

C’est une question difficile. Je triche et je dirais La belle et la bête de J. Cocteau ET Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper.

Même si je pense que mon amour pour le genre a commencé par la lecture. Les contes et légendes avec leurs lots de monstres et de sang, puis la mythologie avec toute ces histoires glauques et passionnante,  enfin HP Lovecraft et EA Poe. 

Un monstre qui a été trop exploité dans le cinéma de genre et qui perd de son sens? Pourquoi?

Le vampire. Je trouve qu’on l’a transformé en un fantasme pour adolescent.e. et qu’il a perdu sa monstruosité. J’y vais peut être un peu fort, mais je trouve qu’il à perdu de son authenticité, un produit marketing de plus.

Bien entendu il y a de belles surprises comme What we do in the shadow qui m’a fait beaucoup rire et qui est très malin. Et surtout Morse qui pour moi est un film à voir absolument.

Le sous genre que tu préfères?

Je crois que je n’ai pas de sous genre préféré. Ca va vraiment être en fonction de mon humeur.

J’aime le slasher, le home invasion, autant que le folk horror ou le thriller horrifique.

 C’est souvent compliqué de mettre un film dans UN sous genre précis.
Les genres et sous genre se confondent, s’influencent, se mélangent, pour mon plus grand plaisir.

Leatherface est un ogre cauchemardesque engendré par la société, aussi malade que tourmenté

Suis tu la sphère YouTube? Quels types de formats/vidéos aimes tu regarder?

J’essaye de me tenir informée, mais ca va très vite, et il y a beaucoup de contenu !

J’aime beaucoup les formats qui se rapprochent du documentaire comme les vidéos de Cinéma et politique, Vidéodrome, ou Demoiselle d’horreur. Je trouve que ces vidéastes font du très bon boulot et que ce genre de qualité manque cruellement sur YT et ailleurs.

Le format plus court de Laura fait genre fais constamment évoluer ma watching list et ça j’adore !

J’aime beaucoup la chaine de Welcome to primetime Bitch qui arrive à nous faire entrer dans son univers.

Mais j’aime aussi les format plus long comme les vidéos de Alt236, qui se définit lui même comme « un explorateur d’univers fictif ». Je recommanderai la chaine de La grande Hanterie qui nous parle de cinéma et de littérature fantastique.

Quelle sera ta prochaine vidéo?

Il faut que je finisse mon anthologie en premier. J’ai déjà beaucoup (trop) d’envies pour la suite.

J’aimerai travailler sur la représentation du monstre par exemple. Montrer mon amour pour Vincent Price, faire des Regarde Encore..

Mais exclusivité rien que pour toi,  je travaille actuellement sur une collaboration avec Sarah du blog CinéClob que je vous conseille d’ailleurs !

Pour suivre 47:

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