
Au premier abord, The Girlfriend se présente comme un thriller psychologique autour d’une belle-mère qui refuse immédiatement d’accepter la nouvelle compagne de son fils. Cherry apparaît d’abord comme une jeune femme instable et obsédée par Daniel, avant que le récit ne révèle progressivement que la véritable source du malaise se trouve ailleurs…
Dans cette production, les femmes occupent une place importante
Le talent de Robin Wright ne se limite pas au rôle de Laura, le personnage central de ma critique, elle participe activement à la fabrication de la série en réalisant trois des six épisodes et en occupant le poste de productrice exécutive !
Les trois autres épisodes sont mis en scène par la réalisatrice irlandaise Andrea Harkin, qui partage ainsi la direction artistique de cette mini-série. L’équipe d’écriture est elle aussi largement composée de femmes. Aux côtés d’Asher et Sheldon, on retrouve notamment Polly Cavendish, Helen Kingston, Smita Bhide, Ava Wong Davies et Isis Davis. Deux scénaristes, Matt Evans et Marek Horn, complètent l’équipe sur certains épisodes.
Je pense que la qualité de l’adaptation est aussi due à ça. Grâce à son récit en double point de vue, la série entretient longtemps le doute sur qui à raison et qui à tort, et finit par mettre en avant des motifs psychologiques complexes permis par un récit multi point de vue.
Au fil des épisodes, la série montre que les actes de Cherry sont largement provoqués par les manipulations de la mère de Daniel, qui lui fait croire que son fils est mort et va jusqu’à provoquer son licenciement. Peu à peu, le véritable sujet de The Girlfriend n’est plus la rivalité entre deux femmes, mais l’emprise psychologique qu’une mère exerce sur son fils adulte.

Une mère incapable de laisser son fils devenir lui-même
La série suggère que le relation toxique de Laura trouve son origine dans la mort de son premier enfant, Rose. Incapable de faire le deuil de cette perte, elle semble reporter tout son investissement affectif sur Daniel, aujourd’hui âgé de 28 ans.Daniel cesse alors d’être considéré comme un adulte autonome. Il devient le principal objet de l’équilibre émotionnel de sa mère, qui organise sa vie comme si elle lui appartenait encore.
Cette emprise apparaît dans une multitude de détails.
- Laura contrôle les vêtements de Daniel — le bleu domine sa garde-robe jusqu’à l’arrivée de Cherry, qui introduit le bordeaux, symbole discret de son individualité retrouvée.
- Lorsqu’il annonce vouloir devenir médecin en traumatologie, elle lui répond : « Ce n’est pas ce qu’on avait décidé », comme si son avenir professionnel relevait d’une décision commune.
- Après son accident, cette volonté de contrôle atteint son paroxysme. Laura l’emmène en Espagne afin de l’isoler de son entourage, manipule ses moyens de communication et finit même par le droguer pour maintenir son influence sur lui.
Pendant ce temps, son propre mariage s’effondre. Pourtant, elle ne semble jamais véritablement chercher à sauver sa relation avec son mari : toute son attention reste tournée vers Daniel, comme si aucune autre relation n’avait autant d’importance.
Pourquoi alors parler d’un climat incestuel ?
Pour comprendre cette dynamique, le concept de climat incestuel, développé notamment par le psychiatre Paul-Claude Racamier, est particulièrement éclairant. Contrairement à une idée reçue, ce terme ne désigne pas forcément un inceste « sexuel ». Il décrit un fonctionnement familial dans lequel les frontières entre les générations deviennent floues et où un parent investit son enfant d’une place affective qui n’est plus celle d’un simple lien parent-enfant.
Plusieurs caractéristiques de ce concept apparaissent dans The Girlfriend:
- Laura entretient une proximité émotionnelle envahissante avec Daniel et semble attendre de lui qu’il réponde à ses propres besoins affectifs.
- Elle supporte très mal qu’il construise une relation indépendante avec Cherry, qu’elle perçoit immédiatement comme une rivale plutôt que comme la compagne de son fils.
- Son besoin de contrôle dépasse largement la protection parentale. Elle intervient dans ses choix de vie, cherche à limiter son autonomie et culpabilise chacune de ses tentatives d’émancipation. Daniel peine alors à exister en dehors du lien qui l’unit à sa mère.
La série montre également une confusion entre affection et fusion. L’amour maternel est constamment associé à la possession, au contrôle et à la difficulté d’accepter la séparation pourtant normale entre un parent et son enfant devenu adulte.
Plusieurs fois on flirte quand même très très près de la sexualité, avec des démonstrations affectives anormales. Le montage mélange des intentions sexuelles avec l’incapacité de Laura à ne pas engager avec son fils. Vous comprendrez en regardant la série…
Une critique de la transmission bourgeoise
Cette logique ne concerne d’ailleurs pas uniquement Laura.
À travers plusieurs personnages issus du même milieu social, la série semble interroger une certaine conception bourgeoise de la famille, où les enfants restent des prolongements de leurs parents. Une scène de vacances l’illustre bien : la meilleure amie de Laura impose à sa propre fille de partager son lit..,et de passer son temps avec elle malgré son refus. Sans atteindre le même degré d’emprise, cette situation participe à montrer une culture familiale où l’autonomie des enfants passe après les attentes des adultes.
Je n’ai pas lu le roman original, mais pour moi la série mobilise consciemment la notion de climat incestuel pour constituer le véritable moteur dramatique de la série; qui aurait pu s’appeler « The mother 😱 »
