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[Critique] The people under the stairs

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Avec People Under The Stairs (Le sous sol de la peur), Wes Craven utilise le prétexte de le comédie horrifique, pour porter un regard critique sur le sujet des discriminations au logement et du racisme systémique. Malgré que peu de gens se rappellent de ce film sorti 1 an avant Candyman (et 5 ans avant Scream), le scénario soulève des problématiques toujours d’actualité…

People under the stairs est une comédie horrifique sortie en 1991 et réalisée par Wes Craven, à qui l’on doit par exemple : la saga Scream, Freddy les griffes de la nuit, la Coline à des yeux, L’emprise des ténèbres, Swamp thing.

Dans People under the stairs, le personnage principal est un enfant afro-américain qui se retrouve piégé dans une énorme maison qu’il est venu cambrioler. La maison devient une prison, comme dans Houseboud, il doit échapper à des parents fous, comme dans Parents et Serial mum. Le film a un petit côté Goonies car le héros de l’histoire est un enfant, et personnellement je le vois comme le Maman j’ai raté l’avion de l’horreur. 

Un film est bien plus qu’un film 

Comme beaucoup de cinéma teinté d’humour noir, l’oeuvre est en fait une critique sociale, qui aborde les problématiques de classe et de gentrification qui touchent les communautés racisées et pauvres des Etats-unis. People under the stairs est sorti 1 an avant Candyman qui aborde un peu les mêmes problématiques.

Wes Craven à obtenu une licence de littérature anglaise et une licence de psychologie bien avant de travailler dans le cinéma, et il nous offre un regard critique sur le sujet des discriminations au logement et du racisme systémique. Son film soulève des sujets toujours d’actualité…

Après la guerre civile, dans les années 30, les pouvoirs en place ont créé une cartographie raciste de l’immobilier : différentes zones d’habitations, avec différents prix, pour des gens “différents”. Comme les blancs étaient socialement acceptables, plus riches, et ayant plus de facilité à obtenir des prêts, ils pouvaient se permettre d’habiter dans de meilleures zones, dans de jolies maisons avec jardins, accéder à de bonnes écoles, être mieux desservis en commerces et transports.

Ils ont formé ce qu’ils appelaient des « racial covenants », inscrit légalement dans la constitution, interdisant aux personnes de couleur d’habiter dans ces quartiers. Si des afro-américains aménageaient près d’eux, le prix des maisons allait baisser et les familles de blancs ne pourraient pas revendre au “bon prix”, leur permettant de continuer à gravir l’échelle sociale. La série Them qui se déroule dans les année 50 explore aussi ce sujet en présentant une famille afro-américaine qui aménage dans une résidence pavillonnaire exclusivement habitée par des blancs. 

Le problème avec ces cartographies c’est qu’elles permettent encore de nos jours de perpétuer la discrimination au logement.

En 2019 Facebook a été accusé de faciliter la discrimination, en permettant aux annonceurs de cibler ou d’exclure des publics spécifiques des campagnes (par ethnies, par zones géographiques). Et bien que depuis, Facebook a supprimé cette possibilité, il a été constaté que les annonceurs pouvaient toujours discriminer en fonction d’intérêts tels que les réseaux de télévision de langue espagnole et des plages de codes postaux, comme précisé dans l’article de journal The Guardian

Des effets pervers sur la santé. Comme la vaste majorité des afro-américaines n’ont pas les moyens d’habiter que dans ces zones communautaires situées proche des industries, voire même de sites toxiques (construits avant les développements immobiliers mais aussi après, et ne respectant parfois pas les distances de sécurité imposées); ils sont aussi plus à risque d’être exposés à des maladies, des cancers…. Ils ne peuvent pas déménager car prisonniers de leurs prêts bancaires, ou ne trouvant pas de logements dans des quartiers abordables. 

Des écarts d’éducation : ces quartiers résidentiels ont des écoles presque exclusivement occupées part dess enfants afro-américains. Ces écoles sont moins financées, créant des différences dans l’éducation et les possibilités d’études ou d’emploi. Créant un cercle vicieux que l’on peut qualifier d’horrifique

Malgré le traité de « fair housing act » le sujet n’est pas du tout résolu comme l’atteste le remake de Candyman 2021. Quand arrive la gentrification, les promoteurs promettent aux habitants d’être relocalisés en faisant miroiter de meilleurs logements, des commodités plus facilement accessibles comme les transports en commun, etc…
Mais en réalité beaucoup de familles sont déplacées dans d’autre quartiers communautaires, et donc encore soumis aux aléas des propriétaires et corporations qui possèdent l’immobilier.

On en revient au sujet du film de Wes Craven : dans le scénario, les Robeson laissent décrépir leurs immeubles habités par des afro-américains, et tentent de les chasser en triplant leur loyer dans le but final d’avoir des locataires blancs à leur place …

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille ces articles : 

https://www.forbes.com/sites/dimawilliams/2020/06/03/in-light-of-george-floyd-protests-a-look-at-housing-inequality/

https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-09-09/in-candyman-the-horror-is-u-s-housing-policy

Les personnages et ce qu’ils incarnent

les sous sols de la peur

Fool : le fou

Fool (Pointdexter de son vrai nom) est le héros de l’histoire. Gamin de 11 ans, il incarne l’espoir inconscient de l’enfance face à des adultes plus réalistes/cyniques sur la société. Fool ne perd pas espoir et agit en héros

Ruby : le rubis 

Ruby est la grande sœur de Fool. Rubis, qui signifie “rouge” est la couleur associée depuis l’Antiquité à la passion et à l’amour. Dans le film on entend « Ruby’s babies » suggérant qu’elle a des enfants, et probablement se prostitue pour survenir aux besoins de sa famille. Cette simple phrase donne subtilement du contexte sur la pauvreté de la famille.

La mère de Foot et Ruby est malade du cancer. Personnage alité, on ne la voit que très rapidement. 

Leroy : le roi

Leroy est le “petit ami” de Ruby. Il décide que les Robeson doivent être cambriolés comme punition des injustices commises. Le personnage tire son nom de Paul LeRoy Bustill Robeson, qui  était un acteur-chanteur et militant des droits civiques afro-américain.

« Mommy » and « Daddy » Robeson : 

Les Robeson sont les antagonistes, propriétaires de l’immeuble dans lequel Fool et sa famille habitent. Ce qui est très intéressant dans le film, c’est qu’ils n’ont pas de prénoms. Et leur nom de famille a connotation afro-américaine. C’est presque comme si We Craven se moquait d’eux en leur niant une identité propre. Fun fact ils jouent tous deux dans la série Twin Peaks.

Alice : au pays des horreurs 

Alice est la “fille” de la famille Robeson. Douce et soumise elle semble carrément paumée dans cette maison/prison. Dans le film on l’entend dire « sometimes in is out » rappelant la chute d’Alice vers le pays des merveilles, pays sans queue ni tête.  

Roach : le cafard

Roach est un enfant qui vit dans les murs de la maison Robeson. Malin et rapide, il est increvable tel le cafard.

Prince : le prince 

Prince est le chien des Robeson. Comme son nom l’indique il est mieux traité, mieux nourrit, mieux aimé que les “enfants” Robeson.

Illustration de la décadence vampirique des propriétaires immobiliers  

La maison des Robeson, est une sorte d’immense blockhaus, isolé du monde. Il s’agit d’un ancien funérarium familial. 

Les personnages sont introduits dans une scène qui comporte deux éléments illustrant pouvoir et décadence : Daddy Robeson est présenté dans une scène de repas où il semble ingurgiter sa nourriture comme un seigneur médiéval, devant un feu de cheminée. Il est le landlord (propriétaire terrien), il est le lord (seigneur).
On apprend ensuite que dans le feu ne brûlent pas des bûches, mais qu’ils ont réutilisé le bois des bâtiments qu’ils ont laissé pourrir, pour ensuite les détruire et revendre, laissant au passage de dizaines de personnes à la rue. Ce feu est l’incarnation de leur pouvoir

Autre élément illustrant la décadence, la maison Robeson est tellement énorme qu’on peut vivre dans les murs, alors que des gens ne peuvent même pas se loger. La maison est très sale, on voit des tas de mouches mortes aux fenêtres, on voit la poussière accumulée et on ressent une atmosphère glauque. 

Un trésor est apparemment enfoui à la cave. Ils sont littéralement assis sur une montagne de pognon. 

À la fin du film, le maquillage de Mommy Robeson est carrément grotesque, et les prises de vue filmées en clair-obscur font penser à des tableaux grotesques, illustrant décadence et déclin.

Représentation de « la famille parfaite » 

Chez les Robeson, qui sont très religieux c’est « un papa, une maman ».… En apparence du moins, puisqu’on apprend que Mommy et Daddy sont en réalité frère et sœur. Leur fille est le fruit d’un kidnapping, et d’autres enfants kidnappés ont fini à la cave. 

Wes Craven s’est inspiré d’un fait divers qu’il aurait lu en 1978 pour écrire ce film. A Santa Monica, en Californie, des policiers appelés sur une scène de cambriolage, ont trouvé une maison avec des serrures partout, et des enfants qui n’avaient jamais été autorisés à sortir. Elevés dans la maltraitance totale par leurs parents très religieux : enfants battus, soumis, attachés au lit, mal nourris, pas d’éducation, pas d’hygiène, maison pleine d’excréments et de sacs poubelle… 

Les auteurs du prétendu cambriolage (pas de preuve de cambriolage) étaient noirs d’après les gens qui ont alerté la police. On ne sait pas si cette information avait pour but de faire se déplacer les autorités via des biais racistes, mais cela semblait être un aspect pertinent pour Craven, qui à écrit dans ce scénario une parabole sur les relations raciales.

Pour en savoir plus sur ces merveilleux parents

Sex, drogue et chiens errants 

La famille de Fool quant à elle, habite dans un immeuble crasseux non entretenu par les propriétaires dont c’est la charge, ni par les locataires qui n’ont pas les moyens. C’est basiquement une “crackhouse” où viennent s’entasser drogués, prostituées et chiens errants. 

Problématiques de la famille noire et pauvre  

L’appartement de Fool et de sa famille est tout petit, composé de petites pièces aux murs défraîchis.  

Sa mère est alitée à cause d’un cancer, et n’a visiblement pas de quoi se soigner. On sous entend que sa soeur se prostitue, et Leroy est devenu un voleur accompli pour survivre.

On est pile dans les problématiques de la final girl noire dont j’ai déjà parlé dans un article sur les écarts de représentations entre héroïne blanche de quartier résidentiel et héroïne noire du ghetto.

Des éléments horrifiques au coeur des préoccupations sociales

La famille :

D’un côte c’est pauvreté et maladie. La famille c’est la pression de trouver de l’argent pour subvenir aux besoins. 

De l’autre, c’est fanatisme religieux et inceste. Le fait qu’ils s’appellent «Mommy» et «Daddy» à longueur de temps est encore plus effroyable quand tu sais qu’ils sont frère et soeur…

La maison : 

Remplie de pièges et de passage secrets la maison incarne la perdition. Les enfants Robeson sont enfermés à la cave, dérobés aux yeux de tous, comme si ils n’existaient pas comme si Mommy et Daddy n’avaient rien à se reprocher. (Les enfants de la cave ont quand même la télé, ils peuvent se divertir devant des trucs sympa comme la guerre du Golfe…)

Le cannibalisme :

Il est suggéré dans le film que les Robeson sont aussi un peu cannibales. Quand Fool veut lui vendre des cookies Mommy dit « we watch what we eat very carefully » (on surveille ce qu’on mange avec précaution) suggérant qu’ils n’ont pas le même régime alimentaire que tout le monde et qu’ils surveillent leurs proies. Plus tard dans le film quand Daddy dépèce le cadavre de Leroy, on le voit marcher un truc et sa bouche est pleine de sang, visiblement il aime bien grignoter pendant qu’il travaille. 

La religion : 

Dans la maison des Robeson se trouve une pièce qui fait office de chapelle : des gros cierges, un Jesus cloué à la croix, des pages de livres religieux aux murs (ainsi que des photos d’enfants, si c’est pas glauque ça…). 

La religion est prétexte aux punitions et châtiments corporels : bain bouillant purificateur, coups de ceinture… C’est l’exutoire de Daddy et un prétexte pour le défoulement du pervers sadique.

Par l’application des dogmes et punitions religieuses les Robeson essayant de recréer une famille parfaite, se dédouanant complètement d’avoir kidnappé et torturé des enfants.

Ps : la mère de Wes Craven était apparemment fondamentaliste chrétienne, je ne sais pas a quel point il l’a bien vécu ou pas…

La police : 

La police souffre de biais racistes. Quand ils sont appelés 2 fois au domicile des Robeson, la police fait un travail assez superficiel et ne soupçonne pas les Robeson car ils font partie de la même classe sociale et de la même ethnie. Après avoir (mal) fouillé la maison pour retrouver les enfants, il prennent un petit café et des biscuits tranquillou, et puis s’en vont, bonne soirée, bisous.

Des éléments de comédie 

Même si c’est un film d’horreur il y a un aspect comique dans People under the stairs.

Le fait que le personnage principal soit un enfant, le film s’inscrit dans la case aventure horrifique comme les Goonies ou Stand by me. Comme dans Maman j’ai raté l’avion, la maison est pleine de pièges ce qui donne prétexte à des scènes comiques. Il y a une scène ou un personnage touche la porte électrifiée et le jeu d’acteur est hyper exagéré ce qui fait plus penser à un gag qu’a une réelle souffrance. Quand les escaliers de la cave se rétractent, Fool ne se blesse pas, c’est plus toboggan qu’un piège mortel. 

Un autre élément que je trouve comique c’est que quand Fool va faire du repérage pour le cambriolage, il est déguisé en scout, et en anglais faire du repérage se dit « scouting ». C’est un peu meta, ça me fait marrer, quel coquin ce Wes !

Le personnage de Daddy serait vraiment terrifiant s’il n’était pas constamment ridiculisé. Visiblement il aime se déguiser en « la crampe » (costume de bondage en cuire) quand il qui chasse Roach à coup de fusil dans la maison.
Dans toutes ces scènes de chasse, on entend coach rigoler dans les murs comme si on était dans un dessin animé. D’ailleurs Daddy avec son fusil me fait un peu penser à Elmer Fudd, le chasseur qui rate toujours Bugs Bunny.

Tout au long du film, Daddy s’en prend plein la gueule, chaque attaque contre lui est filmée comme un cartoon avec des réactions exagérés et des prises de vue donnant un effet somme toute comique qui rappellent un peu Evil dead. Wes Craven utilise bien l’humour noir contre le caractère grossier, ridicule, avide et violent du personnage.

De l’importance de rester un enfant rebelle

C’est l’esprit de défiance de Fool qui en fait un héros. Il refuse de se soumettre aux figures d’autorité représentées par les adultes. Roach dans le même esprit, et malgré qu’on lui ait coupé la langue, continue à échapper à ses bourreaux en restant vif d’esprit et agile dans les murs. 

A la fin du film, Fool parvient à s’échapper. Dans un élan de courage propre à sa caractérisation, le personnage saute par la fenêtre pour s’enfuir. Alice, terrifiée n’ose pas sauter et reste prisonnière de la maison. Mais Fool revient libérer Alice, qui trouve enfin le courage de s’opposer à Mommy. 

Se faire justice soi-même pour un happy ending

Comme la police ne fait rien pour les aider, tout le ghetto vient chez les Robeson pour demander réparations contre les conditions de logement dont ils sont victime, et l’exploitation de leur misère à des fins de gentrification. La dernière scène du film illustre la solidarité du peuple contre le dominant

Fool de son côté libère le trésor et les richesses sont redistribuées, l’histoire finit bien, c’est la fête !

Au delà de tous les sujets horrifiques qu’il soulève, People under the stairs est un film qui se regarde facilement. C’est super bien rythmé, avec plein de suspens et péripéties. Je vous encourage à le regarder, d’autant plus qu’apparemment Jordan Peele souhaiterai produire un remake…. 

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