Dolores est une YouTubeuse, qui défend un regard politique sur le cinéma. Elle a aussi coeur de partager ce qui l’a touchée dans une oeuvre, ou de défendre des films mal aimés ou méconnus.
Elle a accepté de partage son avis sur la cancel culture, la représentation au cinéma et le féminisme.

Qui est Dolores?

Peux-tu présenter ta chaîne?

D’abord merci beaucoup pour l’invitation à faire cette interview, je suis honorée et flattée !

Ma chaîne est née en 2014 (oui, 6 ans déjà!), mais sa naissance remonte dans le concept à beaucoup plus tôt que ça.
Durant mon adolescence, j’ai ouvert 4 blogs de critiques littéraires et de cinéma sur Skyblog (oui, je suis vieille à ce point là).
J’ai créé un profil SensCritique que j’avais pas mal alimenté, mais la forme écrite ne me satisfaisait jamais pleinement : j’étais frustrée par le manque de spontanéité, et c’est peut être parce que j’ai une pratique d’écriture fictionnelle d’un autre côté, mais je ne me suis jamais sentie très à l’aise dans l’écriture « journalistique ». J’avais l’impression que ma personnalité et surtout la subjectivité de mes avis ne ressortaient pas à l’écrit.

Et en 2014 j’ai découvert la chaîne de Durendal, et ça a été LA REVELATION. Je me suis donc lancée, et j’ai trouvé la forme parfaite à mes yeux. Je cherchais avant tout, à communiquer des avis subjectifs, car j’ai tendance à avoir des avis assez « différents » de ce que je peux lire, et surtout je souhaitais échanger avec des personnes qui n’ont pas le même avis que moi.

Cet aspect subjectif et très personnel, est toujours au cœur de ma ligne éditoriale.
Mais depuis quelques années; j’assume aussi beaucoup plus de parler de politique, de féminisme, de représentation au cinéma. J’en avais très peur au début de ma chaîne (et j’ai eu beaucoup de mauvais retours par rapport à ça, notamment une période de harcèlement qui a fait que j’ai pris un an de pause de la plateforme ).
Mais ça me semble être nécessaire au vu de l’apolitisation et du manque de conscience politique du milieu cinéphile en général.
J’aimerais qu’il ne soit pas nécessaire de dénoncer les biais, représentations et messages sexistes, racistes, transphobes, grossophobes, enbyphobes, homophobes. Mais hélas tant que les mentalités n’évolueront pas, tant que la société ne serait pas équitable, nous auront besoin de dénoncer ces travers.

Enfin, j’ai toujours eu à cœur de mettre en avant des « petits » films, des films peu distribués, peu vus…
J’ai la chance d’avoir toujours eu près de chez moi des cinémas qui distribuent des films improbables, alors je profite de ce catalogue varié avec beaucoup de plaisir. Je vois beaucoup de purges aussi, mais les pépites que j’ai pu voir grâce à ça, valent toutes les heures d’ennui !

Sur ma chaîne je parle aussi d’illustrations, de bullet journal, d’art. J’essaie d’enchainer une vidéo sur deux sur le cinéma, et sur la création. C’est un aspect très important pour moi car je suis illustratrice, et j’essaie de vivre de mon travail.
Avoir une chaîne sur un sujet double n’est absolument pas un problème pour moi ! 

Comment choisis tu les films à chroniquer?

Au début je m’orientais à 100% sur le cinéma d’actualité : j’allais voir un film, je le chroniquais, sur la base d’une formule simple type « vlog », même si je faisais des recherches et de l’écriture pour chacune de mes vidéos.
Mais ce processus me lasse de plus en plus, surtout que c’est une pratique ultra chronophage, et je me retrouvais par moment à n’avoir rien à dire de particulier sur un film. Je me forçais à allumer ma caméra quand même, ça donnait 5 minutes de vidéo creuse pour ne rien dire de particulièrement pertinent sur des films peu marquants.

Maintenant, je traite aussi du cinéma d’actualité et de ce que je vais voir en salle, mais uniquement si j’ai des choses pertinentes à dire dessus, je ne me force plus.
Depuis que j’ai choisi de créer de « vraies » chroniques et de ne pas faire que du vlog, je me permets aussi de parler de films plus anciens, et c’est une vraie libération.
Avec ma chronique « 5 Bonnes raisons » j’aborde des films que je trouve injustement critiqués, mal aimés, ou pas assez mis en avant. Ça me fait plaisir de prendre la défense de ces films que j’aime, et que je trouve trop peu populaires, j’essaie donc d’en exposer les qualités. C’est aussi un vrai travail d’écriture et de recherche qui est très stimulant.

Avec ma toute nouvelle chronique « Ciné Pépites », je mets en avant des petits films – souvent du cinéma de genre, on va pas se mentir – qui ont été peu distribués, peu vus sur le sol français mais qui ont énormément de qualités.
Ce ne sont pas forcément des films parfaits, mais ce sont des films qui méritent le coup d’oeil et que j’ai envie de faire découvrir. J’y fais plus un travail d’analyse cinématographique pur.

Enfin, ma troisième émission « critique politique » est plus touche à tout, je réagis parfois à des sujets d’actualité (comme la nomination de Polanski aux Césars l’an passé). Parfois je critique des films (comme le film FORTE), parfois je réagis à des points précis sur un film ( comme avec Joker).
C’est une chronique un peu libre, qui ne prend pas toujours la même forme, mais qui me permets de rebondir sur des choses qui politiquement m’ont titillée.
Et puis j’adore faire des tops thématiques aussi, là c’est vraiment le moment où je me fais plaisir et où je parle de films que j’aime !

Le travail de YouTubeuse de Dolores

Quelle vidéo t’as pris le plus de temps? Pourquoi?

De très loin la « critique politique » sur FORTE.
Une fois que j’ai revu le film deux / trois fois, l’écriture a été plutôt facile.
Mais j’ai enchaîné des galères techniques au tournage et au montage : mon pied qui s’est cassé en plein tournage, mon lecteur de cartes SD qui a rendu l’âme, et mon logiciel qui n’arrivait pas à traiter la vidéo.
Sans compter des soucis d’exportation, de format, le son qui n’était pas synchronisé, et des centaines d’autres petites galères…
Et une fois sur Youtube, BIM, soucis de droits d’auteur ! C’est vraiment dommage parce que je n’arrive plus vraiment à apprécier cette vidéo, malgré le temps et l’énergie que je lui ai consacrée.
Avec le recul, je pense que j’aurais mieux fait de laisser le projet dormir quelques semaines, puis d’y revenir plus sereinement.
Je pense que certaines choses auraient pu être peaufinées au montage. Mais j’ai eu de supers retours sur ce format alors j’en suis contente !

De quelle vidéo es tu la plus fière? Pourquoi?

Je suis très contente de ma vidéo « 5 bonnes raisons » sur Le Roi Lion 2.
C’est une des vidéos où je suis le plus satisfaite de mon écriture et de mon rythme. Le dosage blague / légèreté, et passages plus sérieux fonctionnent bien, à mon sens. Je suis aussi super contente de mon analyse politique des représentations dans ce film, j’ai l’impression que je transmets vraiment bien ce que je voulais en dire.

J’ai parfois du mal à être claire dans mes idées, mon cerveau est un brouillard constant, et là je trouve que j’ai réussi à bien exposer mes arguments. Je suis aussi très fière de mon montage.
C’est une des vidéos qui m’a demandé le plus de travail de post production, mais je m’y suis beaucoup amusée. C’est dommage, ça ne fait pas partie des vidéos les plus vues de ma chaîne, loin de là. Le format « 5 Bonnes Raisons » ne prend pas vraiment pour le moment, alors que ce sont mes vidéos préférées.

Sur quel film portera le prochain ” 5 bonnes raisons”?

J’ai pleiiiiiiiiiiiiin d’idées pour les 5 bonnes raisons mais je ne sais pas encore à quel film je vais m’attaquer en premier : Brightburn – l’enfant du mal ? A Cure for Life ? The Vvitch ? La Dame en Noir ? Mon cœur balance… Aucun script n’est définitivement terminé mais ces 4 là sont bien avancés en tous cas ! 

L’univers cinéma de Dolores

Peux tu citer 3 personnages de films à qui tu t’es particulièrement identifiée?

J’ai fait un test récemment, et il paraît que je ressemble à Kate Pearson dans This is Us, une série que je regarde pas donc je suis incapable de dire si c’est vrai xD.

Je m’identifie beaucoup à Mégara, le côté grande gueule qui met les pieds dans le plat, mais qui a un petit cœur tendre qui bat sous cette carapace d’acier… Ouais je crush sur elle à mort, et je pense que j’ai grave envie de lui ressembler.
Mais au fond je suis plus Belle, la meuf gentille et sage, qui juge pas les gens, et essaie de les comprendre avant d’agir (ce qui me gonfle parce que je la trouve fade au possible, mais c’est vrai qu’on se ressemble de caractère).

Je pense que j’ai un peu de Red ou de Taystee dans Orange is the New Black, ces personnages très protecteurs, qui pensent « en meute », et sont prêtes à beaucoup de sacrifices pour les personnes qu’elles aiment.
Je me reconnais beaucoup dans ce genre de caractère sacrificiel et protecteur. Un peu comme Cersei Lannister aussi.

Red dans Orange is the new Black

Étrangement, je me reconnais beaucoup plus facilement dans les caractères de méchants typiques de fictions et d’héroic fantasy. Ces personnages ont tendance à fonctionner par « cercles d’affinité », et à faire passer l’intérêt de leur cercle avant tout. Je fonctionne beaucoup comme ça dans ma vie, j’ai un côté très « louve », on touche pas à mes potes.
Il y a des sujets et des personnes qui sont sacrées, et je suis prête à déclencher des guerres pour protéger les personnes que j’aime.
Je me retrouve vachement plus là dedans, que dans l’espèce d’universalisme souvent benêt – et très dépolitisé – des héros et héroïnes lambda de fiction. (Mais surtout des héros hein, les héroïnes au cinéma sont déjà si peu légion…)

Quel(s) film(s) peux tu regarder encore et encore? Pourquoi?

Est ce que la réponse va surprendre beaucoup de monde ? LA MOMIE & LE RETOUR DE LA MOMIIIIIIE, évidemment !
Ce sont mes films réconforts et chouchou par excellence, je les connais par cœur mais je les regarde au moins deux fois par an.

Sinon quand j’étais au lycée je regardais une fois par semaine THE WALL d’Alan Parker, qui est toujours à ce jour mon film préféré. Je me suis calmée et ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu, mais je suis toujours prête à le voir avec plaisir.
Enfin, je ne dis jamais non à un Mad Max Fury Road, que j’ai dû voir aussi une bonne dizaine de fois depuis sa sortie.

Quelle histoire aimerais tu voir à l’écran?

J’adorerais voir une VRAIE transcription fidèle des mythes et légendes égyptiens (non non Gods of Egypt ça ne compte pas).
En fait je suis étonnée de voir que malgré la richesse de cette culture, on a très peu de films qui se déroulent en Egypte, et que souvent on se contente d’étudier son prisme historique.
Imaginez la légende d’Horus, d’Osiris et d’Isis sur grand écran, ça serait époustouflant !

Dans la même idée, j’adorerais voir une série de films Everworld, ou une série tout court d’ailleurs ! C’est une saga littéraire d’heroic fantasy pour ados que j’avais adoré. Toutes les mythologies antiques (greques, aztèque, japonaise, égyptienne, viking….) s’affrontent pour qu’il n’en reste qu’une, et un groupe d’humains se retrouve propulsé au cœur de ces batailles. Ce serait grandiose ! (Faut vraiment m’imaginer en train de taper sur mes joues d’excitation à cette idée avec des paillettes dans les yeux xD ).

J’adorerais aussi voir une nouvelle version de L’Homme qui Rit qui rende vraiment hommage à Victor Hugo (aka mon auteur favori de tous les temps). Il y a eu un remake en 2017 vraiment moyen.
Le classique de Leni de 1928 est excellent, j’adorerais voir un film dans le même esprit, avec nos moyens visuels actuels, des couleurs sublimes, de grands tableaux romantiques reproduits au cinéma…
Je pense que cette histoire a le potentiel de produire un chef d’oeuvre, et que toute la problématique sur l’apparence, le pouvoir de la beauté et de la jeunesse, est plus qu’actuelle.

Représenter de manière générale, la différence, par la présence d’un alien, c’est un trope vu et revu au cinéma.

Le dernier film qui t’a traumatisée?

J’avoue que RELIC m’a hantée pendant des jours, mais on ne peut pas parler de traumatisme. Plutôt de soulagement, c’est un film qui a eu un effet cathartique, libérateur sur moi. Il aborde des sujets auxquels je suis très sensible avec beaucoup de brio et de sincérité.

Sinon je pense qu’une de mes dernière grosses flippes c’est le personnage de HAL – et surtout sa mort  – dans 2001 l’Odyssée de l’Espace. Je n’avais jamais vu ce film et je l’ai rattrapé pendant le confinement : quelle C L A Q U E. J’ai littéralement bavé d’admiration devant, parce que j’avais la bouche ouverte tellement je n’en revenais pas de ce que j’étais en train de voir xD
Bref, du coup, la scène de la mort de H A L m’a vraiment foutu la trouille, et j’y ai pensé avec horreur et malaise pendant plusieurs jours.
Je prévois d’ailleurs un petit top thématique sur ma chaine sur les scènes horrifiques et terrifiantes dans les films qui ne sont pas des films d’horreur, et cette scène y sera clairement. 

Comment décides tu quel films à aller voir?

En général je me bloque une journée par semaine pour enchainer 4 / 5 visionnages. J’adore ces journées là (je les appelle des «marathons ciné »), et je me sens plus ‘concentrée’ sur les films, si je les enchaîne.
Du coup mon choix de films dépend de deux facteurs : si le pitch me plait… Et son horaire !

Je dois avouer que parfois je vais voir des films au pif juste pour combler un trou entre deux séances, et je me laisse surprendre par des films que je pensais pas aimer. C’est comme ça que j’ai découvert Seules les Bêtes l’an passé, qui a terminé dans mon top de l’année par exemple. J’essaye au maximum d’éviter de voir les bandes annonces parce que je me projette trop une idée de ce que sera le film,. Je suis souvent déçue ou déstabilisée dans mon attente, je n’y vais pas de manière neutre. Le pitch, l’affiche, l’horaire, et pas plus

La vision politique de Dolorès

Dans ta critique de Vivarium tu notes qu’utiliser la métaphore de l’autisme à travers le prisme des aliens est une représentation psychophobe. Peux tu expliquer en quoi? De quelle manière pourrait on renouveler ces représentations?

Je ne saurais pas dire historiquement où remonte ce cliché, mais représenter de manière générale la différence par la présence d’un alien, c’est un trope vu et revu au cinéma.
Quand on est autiste, on se sent toujours « bizarre », hors norme, et on nous traite tout au long de notre vie d’alien- ou, en tous cas, comme un alien.
Représenter l’autisme par un extraterrestre, c’est une solution de facilité, alors que nous ne venons pas d’une autre planète : on est ici, on est réel.le.s, et si vous ne nous comprenez pas, c’est peut être que vous ne faites pas assez d’efforts pour ça.

Nous traiter d’aliens, ou sous le prisme d’une métaphore d’aliens dans les films, c’est ôter notre humanité, notre présence. C’est aussi ôter la responsabilité sociale à la non intégration des personnes autistes : « ce sont des aliens donc pourquoi faire des efforts pour les intégrer ? Ils sont « bizarres » de base et incompréhensibles, dans leur essence, dans leur être même, alors pourquoi s’embêter à tenter de comprendre ce qui nous échappera forcément ? »

Je ne suis pas si je suis très claire dans ce raisonnement, mais je trouve que c’est beaucoup trop facile de partir du principe qu’on est « bizarres » et qu’on serait incompréhensibles par défaut.
Après je ne jette pas la pierre aux personnes autistes qui se définissent comme des aliens, qui retournent le stigma pour en faire une force. C’est une position politique forte et tout à fait louable.
Je jette la pierre aux représentations éculées et clichées, qui nous déshumanisent et nous font passer pour des êtres « extras » alors que nous sommes juste humains. 

Comment définirais tu un personnage féminin fort?

C’est une bonne question. Déjà je me demande pourquoi on doit préciser « personnage féminin fort » ou « femme forte », comme si c’était une exception. Une femme n’est elle pas forte en elle même, ne porte elle pas déjà de la force en elle ? La terminologie en elle même me dérange.

Un personnage féminin fort c’est surtout une histoire de sincérité pour moi. Si le personnage est écrit comme un être humain sensible, complexe, sincère, que l’on sent de la part des auteurs une volonté de lui donner de l’épaisseur, ce sera toujours un personnage fort, peu importe ses caractéristiques.
Mais ça vaut peu importe son genre. Finalement, je pense que c’est surtout ça que j’attends d’un personnage féminin « fort » : qu’il soit écrit comme un personnage tout court.
Et que s’il y a des problématiques liées à son genre, que ce ne soit pas un trait d’écriture forcé et artificiel.

Attention, introduction d’un exemple cliché : si Ellen Ripley a tant marqué les esprits en tant que « femme forte », c’est surtout parce qu’à la base elle a été écrite comme un homme. Lorsque dans les suites, ils ont décidé d’intégrer des problématiques plus « genrées » (le rapport mère /fille dans le deux, et le rapport aux tensions masculines / féminines dans le 3), je trouve qu’il l’ont fait avec finesse : ces problématiques sont liées à son genre, mais étoffent Ripley et développent des problématiques de fond féministes intéressantes.

Je trouve que le souci avec les personnages féminins c’est surtout qu’ils sont souvent « mono facette » : c’est une « fille » et ça suffit à en faire sa définition principale. Mathieu Sommet avait très bien résumé cette problématique quand il avait décidé de virer son personnage féminin de SLG, car elle se résumait à être « une fille », et à penser à travers son genre, là où tous ses autres personnages avaient des qualités, des défauts, des passions… Si une femme est écrite comme n’importe quel autre personnage, elle sera forte par défaut.

La France est trop percluse dans cette espèce de mentalité puante de la « séduction à la française », qui a aussi été beaucoup véhiculée par le cinéma et donc par les professionnels du milieu, qui ne voient pas le problème ou font semblant de ne pas le voir.

Tu n’hésites pas à mettre les pieds dans le plat concernant le féminisme dans l’art. Que penses tu de la cancel culture?

Ça me fait énormément rire toutes ces polémiques autour de la « cancel culture », comme si le boycott était un phénomène nouveau.
Aussi loin que remonte ma culture des polémiques politiques (post révolution française je dirais), j’ai toujours entendu parler du boycott comme phénomène d’organisation politique.
Dans une société capitaliste, s’engager à ne plus consommer pour telle ou telle raison un produit de telle ou telle marque, s’engager à ne plus se rendre à tel ou tel événement, a été un mode d’action très répandu, en tous cas depuis le XVIIIè siècle.
Les polémistes du dimanche qui viennent chialer sur la cancel culture qui empêcherait certaines œuvres ou projets d’exister, feraient bien de revoir leurs classiques. Car ce que l’on nomme grossièrement la cancel culture ce n’est rien de plus qu’une nouvelle forme de boycott, une nouvelle forme de manifestation sociale, une nouvelle forme d’organisation de riposte.

Je serais bien curieuse de savoir quels projets artistiques ou quel.s auteur.ice.s a souffert de la « cancel culture », au point de voir son œuvre détruite, de ne plus avoir le droit de s’exprimer.
Si on prend le cas d’un Xavier Gorce par exemple, soi disant victime de la cancel culture, je rappelle que le type a choisi de démissionné, et que son dessin a fait le tour du web.
J’aurais tendance à penser que la cancel culture en tant que telle n’existe pas, c’est un concept inventé pour hurler au scandale de nouvelles voix qui s’expriment. 

Penses tu que le female gaze est la réponse au male gaze?

Si par « réponse » on entend « réaction », je dirais que non. Le female gaze a toujours existé, même si peu mis en avant, peu montré. Ce n’est pas une « création » pour répondre au male gaze, et ce serait donner encore trop d’importance au regard masculin, que de penser que son pendant féminin existe grâce – ou à cause – de lui.

Par contre si par « réponse » on entend « solution », là je dis un grand oui ! Le female gaze, qui commence à être étudié, théorisé, montré, est une excellente réponse au sens de solution au male gaze. Déjouer les regards objectifiants, virilistes et machistes en mettant en avant les perceptions féminines est une excellente chose.
La seule chose qui m’inquiète serait la création d’un imaginaire commun féminin et essentialiste, comme si, par essence, toutes les femmes sentaient et voyaient la même chose. Je me méfie beaucoup des dérives essentialistes, qui peuvent tomber dans des formes de transphobie, dans de nouvelles définitions enfermantes de la féminité.

Portrait de la jeune fille en feu

Malgré une avancée sur la prise de conscience du manque de représentation des minorités, force est de constater que la majorité des oeuvres qui sortent, on reste sur des schémas classiques.
Qu’est ce qu’il faudrait pour changer la donne?

Plus de personnes issues de minorités dans les productions, directions, distributions de films, bref, dans les rôles forts des métiers du cinéma.
Même si j’ai vu d’excellents films féministes ou LGBT+ portés par des hommes ou des personnes hétérosexuelles, je suis persuadée que la normalisation de ces sujets ne peut que passer par une normalisation de la présence de ces personnes là à des plus hauts postes.

Aujourd’hui, les films qui traitent de ces sujets vont le traiter comme un sujet à part entière, comme une identité propre au film. Le film LGBT ou féministe est un sous genre du cinéma à lui tout seul. Si on parle d’une personne en fin de vie, on va parler d’un drame.
Si l’on parle d’une personne en fin de vie homosexuelle, on va parler d’un film LGBT. Et il est important que ces catégories existent, et que ces problématiques soient traitées à part entière !
Mais si l’on veut que ça bouge, il faut que ces sujets deviennent normalisés. Mais ça commence à bouger, je ne me fais pas trop de souci pour l’avenir de ce côté là, je suis plutôt positive. Même si il y a beaucoup de mouvements réactionnaires, la majorité des personnes se rend bien compte qu’ajouter du féminisme ou des personnages LGBT à l’intrigue ne modifie en rien la qualité de l’oeuvre qu’ils regardent. Et ça n’empêche pas de continuer à proposer en parallèle du cinéma militant, qui parle de sujets politiques de manière plus profonde.

Rafiki

Comment expliques tu que le cinéma français n’ait pas encore fait son #metoo?

Beeeen quand on voit les réactions des professionnels du milieu, entre les réacs comme Catherine Deneuve et son droit à importuner, les « on peut plus rien dire » du côté de Bedos et les antiféministes comme Maiwenn qui disent qu’elles aiment que les hommes les suivent dans la rue, je me dis qu’on est pas prêts d’y arriver !

Je pense que la France est trop percluse dans cette espèce de mentalité puante de la « séduction à la française », qui a aussi été beaucoup véhiculée par le cinéma et donc par les professionnels du milieu, qui ne voient pas le problème ou font semblant de ne pas le voir.

Même quand on parle de pédophilie, ce qui devrait choquer tout le monde, on trouve encore des personnes pour les défendre, c’est une horreur ! Il faut plus d’Adèle Haenel, d’Aissa Maiga & de Celine Sciamma en France pour faire bouger tout ça, mais on va y arriver petit à petit !

La vision de Dolores sur YouTube

Les drama sur le YouTube ciné sont récurrents, notamment sur la notion de cinéphilie/cinéphage. Comment définirais tu ces termes? Qu’est ce que ces drama disent du YT ciné?

Une fois j’ai un pote qui m’a dit que je n’étais pas cinéphile, j’étais cinévore, parce que je vais au ciné 4 / 5 fois par semaine et je n’ai pas selon lui, le temps de bien apprécier les films.
J’avoue que je ne comprends pas du tout ces catégorisations, les définitions, les limites entre un « vrai bon cinéphile » et un « faux cinéphile ». Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on sera critiqué pour notre manière de regarder, d’aimer les films. Je ne comprends pas du tout.

Pour moi y a un gros problème de mépris de classe dans la notion de cinéphilie, qui remonte même à la notion de culture en tant que telle. Est ce que je suis en train de lire du Bourdieu en ce moment sur le sujet et que ça influence sans doute mon discours ? Totalement !
Mais il n’empêche, je suis sidérée par la prétention qui peut exister dans ce milieu & par la mauvaise foi qui y règnent. La différence d’avis – et je parle bien d’avis, pas de choses puantes comme la transphobie ou le racisme – semble ne pas pouvoir exister.
Il faut se conformer à un mode de pensée unique, et si tu OSES ne serait-ce qu’élever la voix contre tel ou tel réalisateur tu es placé-e au pilori. Surtout quand tu es une femme, et ose exprimer un avis féministe sur un film porté aux nues, étrangement.

J’imagine qu’il existe la même chose dans n’importe quel milieu où l’on iconise et idéalise des personnes. Les égos prennent la place de la raison. J’essaie de me tenir à l’écart des dramas, ça ne m’intéresse pas, et même si c’est rigolo de bitcher sur tel Youtubeur qui a dit de la merde, j’essaie de garder ça à des cercles privés. Etaler le caca en place publique ça ne m’intéresse vraiment pas.

Du coup je ne réponds pas vraiment à ta question parce que j’avoue que pour moi, cinéphile, cinévore, cinéphage, c’est un peu de la branlette de mouche tout ça. J’essaie de soutenir les personnes qui aiment le cinéma, débattre avec les personnes intéressées, partager ma passion, faire découvrir de nouvelles choses, de nouveaux points de vue. Le jugement sur les bonnes manières d’aimer le cinéma je les laisse aux boomers.

Par contre je trouve TRES inquiétante une espèce de nouvelle vague de critiques cinés / YT  réactionnaires, profondément anti féministes, qui semble être un phénomène nouveau qui prend de l’ampleur. Ça va de pair avec la fascisation de la société dans sa globalité,. Mais cette nouvelle doxa prend une telle ampleur, qu’il est encore plus difficile d’exister en tant que femme – et féministe, ou politisée en général – sur les réseaux cinéma.

Quelles chaînes/blogs/podcasts/revues cinéma aimes tu suivre?

Attention, pavé incoming : je suis BEAUCOUP de personnes.

Je sais pas si tu connais un blog qui s’appelle « Bon Chic, Bon Genre ? » c’est un blog dont je lis chaque billet avec avidité, tu devrais y faire un tour c’est vraiment sympa 😉

Sinon j’adore lire les articles ciné et livres de Liam Dubruel, son pseudo est M.Popcorn et il écrit sur « le coin des critiques cinés ». J’aime son ton très sensible, je trouve qu’il a quelque chose de très doux, et j’aime sa manière d’aborder les films par le cœur. En plus de ça c’est une très belle personne à suivre sur les réseaux sociaux, j’adore échanger avec lui.

J’aime beaucoup la chaine de TheDate 29 malgré le fait qu’il sorte peu de vidéo, c’est dommage. C’est très bien écrit, il y a une analyse politique & des rapports de domination, représentations et sociétaux dans ses films. Ses avis sont super pertinents.

Évidemment,j’adore Welcome to Prime Time Bitch. Je ne suivais pas son travail de blogging, mais j’adore sa chaîne Youtube : c’est souvent drôle, très bien écrit, le montage est fouillé, et c’est au service du cinéma de genre, des nanars aux chefs d’œuvres, ça a tout pour me séduire ! 

Une des chaînes au concept les plus intéressants c’est Demoiselles d’Horreur. Quand j’ai découvert cette chaîne j’ai eu le sentiment de tomber sur une mine d’or. L’idée de cette chaîne est d’analyser les personnages féminins dans les films d’horreur… Et c’est GENIAL. Si bien écrit, si pertinent au niveau politique, si intéressant et fin ! Ça fait partie des rares chaînes où j’ai activé la cloche pour suivre tout le contenu.

Dans le cinéma de genre toujours, j’adore Laura Fait Genre, je découvre toujours énormément de films grâce à elle. Evidemment 100% ciné de genre, mon genre préféré au cinéma, ça me séduit beaucoup ! Elle poste très souvent, et les rendez vous réguliers sur sa chaîne rythment mon mois.

Après c’est dommage il y a une chaîne qui est un peu en standby, c’est celle de Jeremystere. Je le suis sur les RS, et on échange beaucoup. Il est très pertinent et politisé dans ses avis, et ses dernières critiques sur sa chaine sont super intéressantes, mais je ne sais pas si la chaîne va continuer.

Evidemment une des chaînes les plus pertinentes, importantes et utiles de tout Youtube c’est celle de Cinéma et Politique. HEUREUSEMENT que cette chaîne existe, et que ça fait du bien au paysage audiovisuel !

J’aime beaucoup la chaîne de Laura PopCorn, c’est ma chaîne « feel good ». Je regarde beaucoup ses vidéos en déjeunant, c’est ma dose de bonne humeur pour la journée, je la trouve sympathique et elle transmet super bien son amour pour ses films et séries préférés !

Une chaîne qui m’inspire beaucoup, et qui crée des vidéos que j’aurais aimé créer, c’est celle de Sweetberry. Les Symbolik sont des vidéos passionnantes sur des analyses thématiques, symboliques et sémantiques de films. J’essaie toujours de distiller ce genre d’analyses dans mes propres vidéos, et j’espère arriver à son niveau d’écriture un jour !

Après, j’aime toujours autant le concept « vlog », critique posée à chaud de films : je suis la chaîne de Morgan et son Ciné, Capitaine Critik, JuDeMelon… La team « CaptainWatch » en somme!:)

Après dans les « gros bonnets », j’adore évidemment Karim Debbache (qui n’aime pas cette personne ?). Les vidéos de NotSerious sont à hurler de rire, il a l’air extrêmement sympathique ! J’adore aussi le travail de Bolchegeek, une analyse marxiste et politique du cinéma, c’est oui ! Et je suis toujours Durendal avec beaucoup de plaisir.

Je suis sûre que j’oublie des tonnes de personnes, je suis abonnée à une centaine de chaînes Youtube alors j’ai forcément oublié plein de personnes, j’en suis désolée… Mais voilà en tous cas les personnes dont je ne rate aucune vidéo, même si je ne commente pas forcément !

Comment vois tu l’évolution de ta chaîne?

Pour l’instant j’aimerais surtout consolider mes acquis, sortir régulièrement mes émissions et arriver à garder un rythme constant d’une vidéo par semaine.

Je suis plutôt satisfaite de mon année passée pour ma chaîne alors pourvu que ça continue comme ça ! Idéalement j’aimerais bien sûr vivre de mon travail sur Youtube & de mes illustrations, donc je mets tout en œuvre pour ça.
J’ai un Tipee et un Utip pour que les personnes me soutiennent, j’ai quelques dons ponctuels donc c’est déjà positif ! Actuellement je ne fais pas assez de vues pour monétiser ma chaîne. Ce serait un beau pas en avant pour 2021 d’arriver à monétiser Youtube !

Parfois je suis triste de mon manque de visibilité, on va pas se mentir, quand tu passes une nuit blanche à monter une vidéo qui fait 200 vues ça fait mal au cœur. Surtout que je n’hésite pas à faire des vidéos très longues, de 45 min / 1h.
Mais je me dis que le travail finira par payer, qu’un jour j’aurais la visibilité que je mérite, je suis plutôt positive et même si ça fait vantard je crois en moi ! 🙂

Pour suivre Dolores:

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