Antiviral est le premier film de Brandon Cronenberg (fils de), présenté dans différents festivals (dont Cannes). J’ai eu l’occasion de le voir compétition officielle aux Utopiales 2012.

Comment j’ai tué mon père (ou pas)

Le premier élément qu’on peut remarquer avec Antiviral, c’est la réputation du père qui précède le fils. Ainsi, on peut lire “le film contagieux de Cronenberg” (quitte à semer la confusion), ou encore “sorti de l’esprit de Brandon Cronenberg”. Comme si on connaissait le réalisateur. En fait non. On ne le connait pas. Et quand on voit sa filmographie qui a suivi Antiviral, on est, apriori, pas près de le connaître.

Le deuxième élément qu’on peut noter, c’est le manque de crédibilité du postulat d’Antiviral. Des gens, prêts à payer des fortunes, pour se faire injecter des maladies contractées par des stars. On peine à y croire. Mais pourquoi pas.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’image est soignée. Le directeur de la photographie Karim Hussain, (qui a travaillé notamment sur le génial Théâtre Bizarre, 2012) livre ici un travail clinique, épuré, rien ne dépasse. A l’image de la perfection des stars, (qui ensorcèle les fans), toutes aussi belles et plastiques les unes que les autres.
Cela apporte au moins un paradoxe qui peut être intéressant. Les clients se déplacent dans un lieu magnifiquement lisse, fascinés par une beauté parfaite. Et paient une fortune pour avoir une sale tête, un corps malade.

Antiviral n’est ni un thriller, ni un film d’horreur. C’est une sorte de descente aux enfers, et lente, très lente. Comme si Cronenberg voulait s’assurer qu’on contemple bien l’esthétique du film.

Mets ta main devant ta bouche

Acteur de second plan, j’aurais vu Caleb Landry Jones dans le mauvais  Le dernier exorcisme de Daniel Stamm (2010).
Physique peu commun, frêle, blanc, il interprète ave brio le personnage de Syd, employé de la clinique, qui parait anesthésié de toute émotion. Syd s’injecte des virus pour les revendre. Problème: sans le savoir il va s’injecter le virus qui aurait soi disant tué la star du moment Hannah Geist (joué par Sarah Gadon, vue dans Cosmopolis de David Cronenberg, 2012).  Caleb Landry incarne bien la faiblesse qui gagne petit à petit un corps dont il perd le contrôle.

Antiviral reprend des thèmes chers à David Cronenberg: le corps. Ici, on est fan en possédant intérieurement une partie d’une personne que vous vénérez. Une autre façon de s’imaginer (ou tisser?) un lien fort avec une personne qu’on aime, mais qu’on ne peut atteindre.
C’est une réflexion intéressante, et inédite. Mais le basculement de Syd prend trop de place (et a finalement peu d’intérêt).

Une descente en enfer clinique, propre, qui fait d’elle une expérience plutôt unique au cinéma. Mais le visuel occupe tout l’espace, et on se détourne vite de l’intrigue.

Depuis, Brandon Cronenberg n’a pas fait grand chose. Il a peiné à convaincre. Il y a bien Possessor avec l’excellente Andrea Riseborough (Mandy de Panos Cosmatos), tourné en 2018, mais pas de date de sortie de prévue.

A suivre?

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One Comment

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