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[ Dossier ] La femme forte et sa représentation

[ Dossier ] La femme forte et sa représentation

4-La femme guerrière

Alien, Terminator, Sucker Punch, Princesse Mononoké, Tank Girl…les femmes guerrières ne manquent pas. Personnellement j’ai grandi avec Ripley et Sarah Connor. Mes héroïnes d’adolescentes. Et à l’époque je ne me questionnais pas sur le fait que ça soit des femmes. Pour moi, c’étaient des personnages comme les autres. Tout simplement parce qu’elles avaient un vrai arc narratif.

La femme badass a donc des réelles capacités au combat. Ce qui en fait un personnage fort, du moins en apparence. Car on peut noter plusieurs bémols. Comme le syndrome Trinity (le fait qu’un personnage féminin soit plus fort que le masculin, mais finit par être là pour servir le héros). On peut noter ce cas dans Matrix évidemment, Harry Potter, Kick Ass et bien d’autres. Parfois, on peut non seulement constater le syndrome Trinity, mais en plus, le personnage féminin est ramené à une intrigue love interest, comme dans le 2ème opus des Gardiens de la Galaxie (dans ce cas, Gamora est en plus en rejet total).

Les tenues peu adéquates au combat posent aussi problème. Cela a pour conséquence de décrédibiliser les actions du personnage, mais aussi de le transformer en objet attirant pour le public masculin. Je suis encore dépitée de la course poursuite en talon face à un tyrannosaure dans Jurassic World.
Le traitement vestimentaire différent d’Harley Quinn dans Suicide Squad et Birds Of Prey en est l’exemple parfait.

A la fois, un personnage féminin associé à des caractéristiques masculines (comme Sarah Connor) a également ses limites. Car on retrouve la même problématique citée au dessus. Une femme n’a d’intérêt et ne peut qu’exister à travers des comportements masculins dominants.
Par ailleurs, si les femmes badass ne sont pas forcément victimes de viols, elles agissent pour se libérer d’une domination (Nikita, Batman le défi) ou parce qu’on les a d’abord attaquées sous une forme ou une autre (The Villaines, Lady Vengeance, Terminator).

Si je prends l’exemple de The Villaines (dont il faut saluer le splendide plan séquence au début), le personnage féminin est d’abord aux mains d’une agence de tueurs. Son père est tué, puis son mari, et elle doit se marier pour protéger sa fille. Enfin celle ci finit elle aussi par être tuée. Ici, c’est son foyer qui est attaqué, on retrouve la notion de mère sacrificielle. En tous cas, impossible dans ce film de connaître la personnalité, l’histoire ou les caractéristique de ce personnage. Elle n’existe qu’à travers sa famille et son désir de vengeance.

Justice!

Impossible de ne pas parler de Ripley dans la saga Alien. Elle est en apparence, non genrée. Ni sexualisée, ni masculinisée, et son personnage n’est pas concerné par des problématiques liées au fait que ça soit une femme.
Pourtant, son genre est rappelé plusieurs fois. La fameuse scène de la petite culotte, sa maternité (que ça soit via Newt dans Aliens, ou via le monstre dans Alien Ressurrection). Il y a aussi le début d’une idylle dans Alien 3, qui marque une hétérosexualité.
De manière plus générale, on note que l’intelligence artificielle s’appelle “Mother”, et que la naissance des aliens est proche de l’idée qu’on se fait d’une grossesse (voire d’un accouchement!).

Ces rappels participent à développer une empathie pour le personnage, et à donner une raison d’avancer dans cette lutte sans fin, voire sans espoir. Mais on il aurait pu y avoir d’autres enjeux moins genrés aussi.
L’intrigue avec Newt (la petite fille d’Aliens), ne réduit pas subitement Ripley au statut de mère et surtout, ce sont des enjeux qu’on peut voir aussi avec des personnages masculins. Je pense notamment au merveilleux Logan ou La Planète des Singes, Suprématie.
Concernant sa relation avec Clemens dans Alien 3, on sent qu’elle est dominante. Elle est consciente du passé de Clemens, et refuse de trop se dévoiler. Elle se sert de ces éléments pour garder le contrôle.

L’écoféminisme s’invite

Tank Girl est un personnage badass à part dans le cinéma d’action. Délurée, punk (donc associée à la marginalité), elle est animée par un désir de justice. Pas de love interest, pas de maternité, ici le personnage est humanisée à travers l’amitié et l’altruisme. Apprêtée (entre maquillage et coiffure fantaisie), elle est également libérée sexuellement. Une scène assez représentative de l’esprit de Tank Girl la montre en train de s’embellir…en utilisant des ciseaux pour faire des trous dans son collant. C’est une manière très claire de montrer que le personnage soigne son apparence, mais selon ses critères, et en renversant des objets associés à la féminité. Elle est dénudée, mais pas sexualisée à mon sens. Elle me fait beaucoup penser à Harley Quinn dans Birds Of Prey ou dans une autre thématique, Gwen Stefani. Cette chanteuse a toujours eu un côté excentrique (il faut voir les live de No Doubt dans les années 90!), tout en soignant particulièrement son image.

La volonté de Tank Girl de rendre l’eau accessible à tout le monde dans ce monde post apocalyptique, est liée à la notion d’écoféminisme

Par ailleurs, la volonté de Tank Girl de rendre l’eau accessible à tout le monde dans ce monde post apocalyptique, est liée à la notion d’écoféminisme. C’est une branche du féminisme qui établit un lien entre les comportements masculins toxiques (plus de guerres, plus de capitalisme, et même consommer plus de viande), et drames écologiques. Par ailleurs, on sait que les femmes sont plus touchées par les conséquences du dérèglement climatique (plus de difficulté à aller chercher de l’eau). Je vous conseille l’émission Des Couilles sur la table à ce sujet.
On retrouve une thématique similaire dans Mad Max Fury Road.

Le personnage de Rebecca Ferguson dans les Mission Impossible est aussi un personnage assez peu genré. Elle surtout montrée d’emblée comme aussi forte que Tom Cruise, en maintenant une ambiguïté sur ses intentions. On ne sait jamais de quel côté elle penche, elle reste complexe à identifier. Et elle s’avère être au final l’égal de Tom Cruise. Elle sert d’abord ses intérêts légitimes, et on n’assiste pas à un énième love interest.

Je vous conseille l’émission sur le sujet, du podcast “Actioner”.

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3 Comments

  1. Saïda

    C’est vrai qu’on oublie qu’il y a de nombreux style de femmes fortes et qu’il ne faut pas uniquement penser aux femmes guerrières (même si…les badass Connor et Ripley Sont et resteront mes favs).
    En tout cas encore un put’ d’article 🤘🏻👏🏻

  2. Pingback: ComicsDiscovery S05E14 : Tales from the crypt - James et Faye

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